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La société civile dans l'initiative PPTE
Robert NANTCHOUANG

L'Initiative Pays Pauvres Très Endettés (IPPTE) est une opportunité à saisir par la société civile. Qui ne doit pas, au risque de passer pour le dindon de la farce, mal négocier cette chance historique. Elle a par conséquent besoin de technicité dans ce nouveau jeu dont elle doit comprendre les règles.

Au cours des années 80, plusieurs pays en développement ont été engagés dans les programmes de réformes économiques appuyés par les institutions financières internationales, et appelés Programmes d'Ajustement Structurel (PAS). On les a aussi qualifiés de programmes de première génération. Vers la fin du siècle dernier, si les économies de quelques pays d'Asie ayant appliqué le PAS ont réussi à retrouver le chemin de la croissance, il n'en a pas été de même pour la plupart des pays africains. Bien au contraire, à l'aube du 21ème siècle, la situation économique de l'Afrique subsaharienne ne pouvait laisser indifférente la communauté internationale.

Réformes de seconde génération

Des voix se sont élevées dans le monde (aussi bien au Sud qu'au Nord) contre le PAS dans leur ensemble, et pour revendiquer soit une conversion de la dette, soit une annulation totale de celle-ci. Si les institutions de Bretton-Woods se sont défendues, elles ont quand même reconnu que l'application des PAS n'avait pas toujours donné les résultats escomptés, et que le lourd fardeau de la dette entravait le bon déroulement des programmes économiques. Aussi une initiative en faveur des pays pauvres très endettés (IPPTE) a-t-elle été prise (décembre 1996), afin d'apporter une aide exceptionnelle aux pays appliquant des programmes de réforme appuyés par la FMI et la Banque Mondiale, mais pour lesquels les mécanismes traditionnels d'allégement de la dette se sont avérés insuffisants. Très vite cette initiative a été renforcée par un nouveau programme économique se substituant à l'ancienne Facilité d'Ajustement Structurel Renforcé (FASR). Ce nouveau programme porte le nom de Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC), et est dit programme de seconde génération. Si ce programme exige la bonne application de la FASR, il innove sur plusieurs points :

En Octobre 2000, le Cameroun a été déclaré éligible à l'IPPTE, et a donc entrepris un programme de réformes de seconde génération. Ce programme, qui impose une association étroite de la Société Civile, n'est-il pas une autre révolution, après celle des années 90 qui a vu l'avènement du pluralisme politique ?

Même si avant le discours de la Baule, il y avait dans l'air des germes d'un désir prononcé de changement, l'on peut dire que l'annonce du pluralisme politique était une surprise. Dix ans après, alors que le processus démocratique n'est toujours pas achevé, et les blessures du changement démocratique non encore cicatrisées (l'expression de "démocratie apaisée" est à la mode), l'on propose à la Société Civile un autre changement. Celle-ci pourrait manifester quelque doute quant à la bonne foi de ceux qui font une telle proposition, et s'estimer en droit d'exiger des comptes à ceux-là qui, hier, n'ont pas su gérer le patrimoine national, et qui aujourd'hui l'invitent à collaborer. Ce serait un droit fort légitime.

Le gouvernement pourrait, pour sa défense, rappeler quelques faits marquants comme :

Ces démarches sont louables, mais elles appellent encore plus d'effort de la part du gouvernement (derrière lequel se profile l'ombre des bailleurs de fonds) qui devrait prendre réellement conscience de l'existence d'une couche sociale capable de contribuer efficacement à ce nouveau programme. L'on peu citer en exemple l'Eglise chrétienne, dont l'engagement se manifeste à travers ses différentes œuvres : éducation, santé, morale. Ces trois œuvres ne constituent-elles pas la moelle épinière de ce programme ?

Participation à la vie civique

De son côté, la Société Civile devrait s'habituer à une autre forme de participation à la vie civique, différente de "l'opposition" ordinaire. Pour cela, des requis seront indispensables, au rang desquels la confiance en soi, mais surtout une certaine compétence technique en vue de comprendre le fonctionnement de l'appareil administratif, d'identifier les besoins sociaux, pour en tirer des idées de projets, qui seront par la suite traduites en véritables projets. L'exercice sera peut-être difficile au début, et le temps qui lui est accordé un peu court, surtout si l'on focalise l'attention sur le point d'achèvement dont le délai (deux ans ?) approche si vite. Les acteurs engagés dans la lutte contre la pauvreté ont le devoir de l'aider, et de façon efficace. Ce serait une preuve de leur bonne foi. Quelques préoccupations urgentes demeurent, qui interpellent tous ces acteurs :

La balle est du côté de la Société Civile, qui pourrait céder à la tentation de mordre la main tendue. Une telle tentation est même très forte. Cependant, la raison devrait l'emporter sur la passion. La construction d'une nation exige calme et pondération. Elle devrait plutôt serrer cette main, et si celui qui la tend est un ami, le plaisir sera là, de saluer un ami, et de construire avec lui. Si par contre cette main est celle d'un adversaire, pourquoi ne pas le saisir, en acceptant franchement le bras de fer ? Le jeu en vaut la chandelle et il faut le jouer à fond.

 

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