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Quelle alternative à la
société civile invertébrée ?
Professeur MOUKOKO Priso
Si la société civile est un gadget idéologique destiné à distraire la galerie africaine pendant que l'Occident est à table, elle doit être combattue. Vigoureusement et sans concession.
Au début des années 1960, la fin du système colonial en Afrique a, en gros, coïncidé avec l'irruption, aussi fracassante qu'inattendue au niveau des masses, d'un terme (concept ?, slogan ?) nouveau, venu d'Occident : le développement, aussitôt suivi de son inévitable jumeau : le sous-développement. Jusqu'à la fin des années 1950 en effet, personne ne parlait vraiment, au grand public en tout cas, de développement nécessaire pour les pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Sud. Et presque personne ne se fixait pour tâche, chrétienne, musulmane, animiste ou autre, de "développer ces pays". Bien plus, on se demandait, dans "le monde civilisé", si ces "contrées lointaines et inhospitalières" faisaient vraiment partie du monde.
Faillite du développement
Seulement voilà : depuis au moins les années 1980, la faillite du "développement" est notoire et avérée. A tel point qu'en Afrique Noire notamment, des dizaines de millions de gens reprennent à nos frères maliens, à propos du développement, la fameuse boutade créée dans la seconde moitié des années 1960 au Mali, à propos du "socialisme malien". Nos frères maliens disaient alors : "socialisme là même, il faut qu'il finisse aussi, et qu'on passe à autre chose ; il y a eu le colonialisme, il est fini ; il y a eu l'indépendance, elle est finie ; maintenant il y a le socialisme, il faut qu'il finisse aussi et qu'on fasse autre chose ".
C'est que l'Afrique est en effet fatiguée du "développement" qui sous-développe en permanence, fatiguée du "développement" qui chaque jour appauvrit toujours plus S'ils veulent changer vraiment leur situation pour l'améliorer, ils sont obligés de se battre d'abord, sur le terrain politique pour conquérir le pouvoir d'état, le pouvoir politique en priorité. Une fois que cela sera réalisé, ils se serviront de ce pouvoir pour conquérir le pouvoir économique. Le contraire n'est pas vrai, comme le montrent les 40 ans de soi-disant indépendance qui viennent de s'écouler en Afrique.
Depuis bein longtemps, les classes dominantes en Occident veulent unifier le monde sous leur commandement. Pour celui qui a des yeux pour voir, et des oreilles pour entendre, nous assistons aujourd'hui, à une accélération du procès d'occidentalisation du monde.
Face à cette situation, notre objectif fondamental doit être la libération véritable de nos peuples et de notre continent. A la suite de quoi, nous pourrons alors construire de véritables relations d'amitié non hypocrites avec tous les peuples du monde entier.
Dans cette optique, nous devons nous opposer aux tentatives de détruire l'Etat, entendu comme forme d'organisation sociale qui, dans les conditions historiques actuelles, peut seul nous donner les moyens de réaliser des progrès dans le cadre stratégique de marche vers l'unité politique de l'Afrique et vers une véritable Renaissance Africaine. Au moment même où l'Etat subsiste en Occident, nous devons rejeter les tentatives de réduire notre organisation sociale à une "société civile" totalement invertébrée, particulièrement lorsqu'elles viennent de ceux-là même qui soutiennent les dictatures les plus acharnées dans nos pays.
En refusant de distinguer d'une part, un Etat démocratique, panafricain et populaire, et d'autre part un Etat de dictature cynique, le premier soutenu par le peuple, et le second soutenu par l'Occident, on tente de nous faire rejeter tout Etat. Et alors, à la place, on nous conseille une société civile invertébrée, de surcroît infiltrée de partout par les mêmes dans la mesure où elle n'est pas effectivement l'émanation du peuple, mais une créature de ceux qui dominent.
Renaissance Africaine
C'est pourquoi la stratégie politique et organisationnelle des Peuples Africains, dans leur combat pour l'unité africaine, pour la Renaissance Africaine, doit intégrer trois (3) composantes indissociables : (1) des Etats démocratiques, décentralisés autant que possible et nécessaire, populaires, panafricains, pétris de la volonté d'aller vers une authentique Renaissance Africaine ; (2) des partis politiques solides, démocratiques, populaires, panafricains et révolutionnaires ; (3) un vaste mouvement de masse indépendant à la fois des partis et des gouvernements qui seul, peut donner un sens véritable à l'expression "société civile" en Afrique aujourd'hui et dans les années à venir, s'il conjugue ses luttes avec celles des deux composantes précédentes (syndicats puissants de lutte, associations qui ne se limitent pas au "solidarisme" étriqué des deuils et des ripailles mensuelles).
En bref, le fait même que le Fonds de Misère Instantané et ses accolytes, se démènent pour convaincre les peuples africains qu'ils doivent se fier à une "société civile" invertébrée, doit pousser nos compatriotes à travers le Continent à rester vigilants.