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Barre Editoraial

Une autre Afrique est possible
Pasteur Jean-Blaise Kenmogne, Directeur Général du CIPCRE

Janvier 2001. Porto Alegre au Brésil. C'est là que s'est tenu le premier Forum Social Mondial (FSM) dont la proclamation, "Un autre monde est possible", sonne encore dans nos esprits comme une invite à dépasser les contradictions du présent pour bâtir un autre avenir.

Plus que le reste du monde, l'Afrique est empêtrée dans de multiples dysfonctionnements. L'on avait espéré un peu naïvement que la pluie des indépendances viendrait purifier ce continent de tous ses maux. Erreur. Elle est venue noyer la semence d'une Afrique nouvelle dans le doute et l'exaspération.

Trente ans plus tard et au lendemain de la chute du mur de Berlin, la démocratie se profile à l'horizon, autorisant à nouveau l'espoir chez les peuples africains. Mais très vite, le pouvoir kaki reprend du galon, la zizanie du terrain, la dictature du service. Un certain passé fait de combines et de ruse rattrape les mœurs politiques. Le climat social en prend un coup et l'économie s'en va à vau-l'eau. Les ajustements structurels à répétition, une immense lassitude et une mondialisation à sens unique cernent notre quotidien, s'ils ne domptent pas jusqu'à notre raison et ne précarisent pas notre existence.

Pourtant et fort heureusement, derrière ce décor tourmenté, de nombreuses organisations voient le jour à l'aube des années quatre vingt dix : des fondations aux lobbies d'entrepreneurs en passant par les syndicats, les associations de consommateurs, les organisations humanitaires, les mouvements sociaux de jeunes et de femmes, les organisations professionnelles, environnementales, des droits de la personne…, c'est toute la géographie sociale qui est en pleine mutation. Du coup, la classe politique au pouvoir et l'opposition ne sont plus les seules à occuper le champ du développement, ni à traiter les questions de citoyenneté et de dialogue social.
L'ouverture d'espaces alternatifs d'actions citoyennes, de médiations et de lobbying est porteuse d'un rêve longtemps caressé, celui de l'émergence d'une société civile africaine véritable. De sa virtualité à son actualisation, le chemin sera sans doute encore long. Mais déjà les bruissements de sa gestation sont perceptibles partout : dans tous les secteurs d'activités comme dans tous les pays, l'on voit des résistances s'organiser en dehors de la chape de plomb de la hiérarchie, des groupes de pression se créer, des solidarités se nouer, de nouvelles formes de représentation se constituer et de responsabilité s'affirmer.

Mais pour que le phénomène de la société civile s'enracine et se crédibilise en Afrique, il nous faut créer au sein de nos associations des espaces de démocratie, fédérer nos efforts dans une dynamique de réseau et offrir des alternatives concrètes aux pratiques sociales et de développement en vigueur. C'est le prix à payer pour échapper à la crise qui guette toute initiative de transformation sociale. Après la crise des indépendances et celle de la démocratie, la société civile africaine nous offre-t-elle aujourd'hui l'opportunité de construire une autre Afrique ou, une fois de plus, une nouvelle occasion pour retomber dans la "raque de l'histoire" ? A nous d'éviter la deuxième éventualité et de faire en sorte que la première se réalise.

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