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Oxygène
Le melting pot
James AKIKA
Il est de ces mots qui vous donnent des mots de tête, le tournis. Société civile en est.
On en parle partout autour de vous, dans les bars, dans les bureaux, dans les taxis, dans la rue. Le prêtre, le pasteur et l'imam en chaire, le président national et le ministre à la tribune, l'opposant aux meetings, le prof à l'amphi. La presse en fait ses choux gras, les colloques et autres séminaires leur thème favori.
Société civile. Tout le monde l'invoque, la provoque, la convoque. Tout le monde lui confie des tâches, lui dédie ses soucis et ses rêves. Selon les humeurs et les définitions, on applaudit ou l'on crache dessus. Elle devrait faire ou être ceci ; elle n'a pas fait ou été cela. Bravo ! A bas ! Elle doit aider le gouvernement à sensibiliser les populations sur le sida, la salubrité, l'inscription sur les listes électorales, la scolarisation des filles Elle aurait dû descendre dans la rue pour protester contre les victoires volées, le ravalement des salaires, l'emprisonnement d'un journaliste, la "disparition" des 9 de Bépanda, le racket policier, etc .
La Société civile voit tout, sait tout, peut tout. Elle est partout, mais on ne la voit nulle part, sauf parfois à la télé, chez les Blancs. Elle ne fait rien. Elle en fait trop. Bravo ! A bas !
Tout ça pour la Société civile ! Si elle était un gouvernement, difficile de dire à quel niveau se situerait sa cote de popularité dans les sondages, et quelle serait l'espérance de vie de son mandat.
Qui est-elle ? Qui n'est-elle pas ? Vous croyez que c'est la partie de la société qui n'est pas religieuse, pas militaire, pas politicienne, pas institutionnelle ?
Prenez donc un haut-parleur, publiez un communiqué, distribuez des tracts, convoquez la Société civile à une rencontre avec des émissaires de la Banque Mondiale, par exemple. Un stade de foot n'y suffira pas. Vous verrez la ruée. Tout le monde sera là : le curé, le pasteur et l'imam, le militaire, le militant et le chef de parti, le député et le conseiller municipal, le délégué du gouvernement et le ministre, le magistrat et le DG, le journaliste et le bayam-sellam, le SG de ministère et le chef traditionnel
Mais oui ! Ne sont-ils pas tous, l'un et chacun des autres, membres de l'une des innombrables Organisations non gouvernementales (ONG) plus ou moins utiles, qui se disputent l'espace économique social et citoyen dans notre cité ? Voici la Mutuelle d'entraide, le comité paroissial ou de développement. Voilà l'association des ressortissants du Canton X, des anciens du Collège Y. Et le club sportif de l'arrondissement 6, la ligue de défense des Droits de l'homme, de la nature, de la femme, de l'enfant, des handicapés, etc. Et l'union des journalistes ou des écrivains On n'aura jamais fait le tour.
L'ONG, pour de vrai, constitue la passerelle moderne idéale, le passeport gratuit à destination de la Société civile, cet Eden fleuri de l'infiltration, cette auberge espagnole où chacun apporte ce qu'il veut y trouver, cette Tour de Babel où chacun parle sa langue. Melting pot, on vous dit !
Avec ça, bonjour Cacophonie ! Vive l'instrumentalisation, les manipulations et les confusions en tout genre !
Société civile ? Ne vous en faites pas : Dieu, Lui au moins, y reconnaît toujours les siens