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Pipeline Tchad-Cameroun :
Une course d’obstacles
Les obstacles semblent se multiplier sur le chemin de ce qui devait être le plus vaste chantier de la décennie 90. Prévus pour démarrer en fin 1998, puis en début 99, les travaux du pipeline Tchad-Cameroun font du surplace. A cause de la mobilisation des mouvements écologistes qui ne semblent toujours pas convaincus par les nombreuses études d’impact ; à cause des hésitations de la Banque Mondiale, parrain financier du projet ; à cause des réaménagements au sein du consortium TOTCO/COTCO, maître d’œuvre de l’oléoduc.
En octobre 1999, Elf et Shell ont annoncé leur décision de "réexaminer leur position" au sein du consortium ; autrement dit, de se retirer. Certes, un autre montage financier a permis l’entrée à leur place de deux autres sociétés : une américaine, Chevron 25 % du capital et l’autre, malaysienne, Petronas, qui a souscrit 35 % du capital). Mais ces derniers temps, on a assisté à une radicalisation des ONG internationales qui continuent de faire campagne contre le projet. Fin janvier, le parlement européen a enfoncé le clou en demandant la suspension des crédits publics européens destinés à ce projet, "en attendant que les exigences sociales et environnementales soient garanties". Ces crédits portent sur un montant de 44 milliards d’euros. Sans faire dans la diplomatie, les députés européens se déclarent " vivement préoccupés par la situation des droits de l’homme dans les deux pays (le Cameroun et le Tchad) et par l’effet déstabilisateur que le projet pourrait avoir". Ces garanties concernent la protection des populations autochtones, la compensation aux personnes déplacées, la protection de l’environnement dans les zones traversées par l’oléoduc, la prévention des rejets d’hydrocarbures, le respect des droits de l’homme et le réinves-tissement local d’une partie des recettes issues du projet.
Sur ce dernier point, le Tchad a pourtant fait un effort considérable en mettant en place un Collège de surveillance des ressources pétrolières, composé de magistrats, d’élus locaux et de représentants d’ONG. Un mécanisme précise l’utilisation des ressources générées par l’exploitation pétrolière qui seront affectées dans quatre domaines prioritaires : la santé, les routes, l’éducation et le développement régional. Chose inédite, une partie des ressources sera bloquée pendant 25 ans pour les générations futures et sera obligatoirement destinée aux secteurs prioritaires, sous le contrôle du FMI et de la Banque Mondiale.