ECOVOX

Conservation des eaux et du sol :
La participation
comme impératif
Samuel WAFO
Le Programme CES II-Cameroun a organisé du 29 novembre au 2 décembre dernier, un atelier régional sur les méthodes participatives de protection des eaux et du sol.
Mercredi, 1er décembre 1999, 10h20. Le mini-bus trans-portant un des trois groupes de participants à l'atelier serpente la route bitumée qui mène à Fundong, chef-lieu du département du Boyo, province du Nord-Ouest. Le soleil est radieux. Température : 24° à l’ombre. Depuis la sortie de la ville de Bamenda, la quasti-totalité des pairs d’yeux consomment la verdure chatoyante qui domine les collines de la région. Subitement, le guide arrête le chauffeur et lance : "Regardez-bien. Le propriétaire de cette villa a dépensé énormément d’argent pour faire un mur de soutènement. Malheureusement, ce mur a cédé. Il lui a fallu recourir à cette plante que vous voyez pour stopper l’érosion et les éboulements".
Cette plante, très peu connue, c’est le vetiver. A cause de son efficacité dans la conservation des sols et des eaux, les responsables et autres animateurs du Programme CES II encouragent sa vulgarisation dans cette zone au relief très hostile et à haut risque. Plusieurs parcelles de démonstration (à Belo, Fundong, etc.) ont été créées par les paysans innovateurs, avec l’appui technique du CIPCRE et des chercheurs, dans le but de convaincre les uns et les autres de la pertinence de ses vertus. "Je suis surpris par son efficacité dans la stabilisation du sol. C’est une plante magique", avoue Paul Onibon, socio-pastoraliste béninois. "Je vais prendre un échantillon pour l’expérimenter au Burkina", déclare Fidèle G. Hien, agro-écologue.
L’expérimentation et la vulgarisation de cette plante se font à travers une approche dite de "Développement Participatif Technologie" (DPT), qui permet d’appuyer les paysans dans des innovations prioritaires (visant la conservation des eaux et du sol) qu’ils auront eux-mêmes identifiées et dont ils auront éprouver la pertinence par rapport à leurs besoins réels. Au cours d’une plage spécialement aménagée, les séminaristes ont échangé sur l’application du DPT dans les pays africains couverts par le programme CES II : Cameroun, Burkina Faso, Tunisie, Ethiopie, Zimbabwe...
Il ressort des discussions que la mise en oeuvre du DPT connaît des difficultés liées soit à la conjoncture, soit à la culture locale. L’unanimité a cependant été faite autour du fait que l’efficacité d’une telle démarche réside dans quatre facteurs. Premièrement : l’organisation d’un véritable lobbying sur les politiques agricoles. Il s’agira ici d’instaurer un dialogue franc entre les acteurs de développement, paysans, chercheurs, ONG, organisations des producteurs, etc.) et les décideurs (ministères de l’Agriculture, des Pêches et des Industries animales, de l’Environnement et des Forêts ; des bailleurs de fonds, etc...). Deuxièmement : la réduction de l’influence négative des relations de différence (genre, âge, prospérité, éducation...) sur les innovations. Troisièmement : l’encouragement du passage de l’individuel au collectif, à travers un processus d’identification et d’organisation des paysans innovateurs bien mené. Quatrièmement : la flexibilité des rapports entre paysans innovateurs, chercheurs et vulgarisateurs que sont les ONG.