ECOVOX

Controverse :
Par François TRON
La nature souffre partout du même manque de respect. Face à cela, la pensée écologiste n’a t-elle pas une dimension universelle ? Mais individuellement, sommes-nous tous conscients de notre responsabilité dans la dégradation de l’environnement ? Sommes-nous conscients de la possibilité et du devoir que nous avons de réagir et d’agir pour l’environnement ?
Le pavé dans la mare du Club de Rome a posé les bases d’une pensée globale visant au-delà de la simple croissance économique, un développement harmonieux de l’humanité dans son environnement. En Occident, les connaissances liées à la nature et à son fonctionnement ont été anéanties par des décennies d’industrialisation et de déracinement des populations dans leur attraction vers les grands centres urbains. L’agriculture intensive, en hissant le paysan sur son tracteur, l’a coupé de la terre. Et les guerres ont déplacé les populations meurtries. De façon générale, le progrès technologique, dans la fascination qu’il exerce sur l’esprit humain, l’éloigne des vérités et du bonheur naturel de la Vie. Et si ces problèmes ne sont pas spécifiques à une région donnée, le Nord aujourd’hui, dans sa quête du bien-être, tente de retrouver le chemin des lois naturelles.
Au Sud, souvent les populations rurales pensent avoir dans leur culture la protection de la nature. Pourtant, ce sont ces mêmes populations qui sont responsables du déboisement au sahel, de la disparition du gibier en forêt et le développement industriel, libéré de tout contrôle environnemental, est encore bien plus sauvage et destructeur qu’au Nord.
La mondialisation n’apporte certes pas que le meilleur d’une civilisation immigrante et le Nord est souvent accusé de piller et polluer le Sud, sans états d’âme. Certes les Européens jouent un rôle majeur dans le saccage des forêts et l’exploitation du pétrole camerounais. Mais que fait le Cameroun contre cela ? L’oppressé doit-il se laisser faire, voire accueillir ses agresseurs avec tous les honneurs ? Lorsque le Sud ne veut pas réagir face à ces agressions, le Nord ne perçoit que sa tolérance au saccage et son incapacité à l’action.
Malgré cela, le Nord se soucie de la qualité de ses produits de consommation : les aliments que je mange ont-ils été produits en respectant l’environnement ? Les vêtements que je porte sont-ils confectionnés dans le respect des droits des enfants et des conditions élémentaires de sécurité de travail ? Ainsi les groupes de pression de la société civile (consommateurs, philosophes, écologistes, humanistes…) prennent de l’importance dans la régulation des marchés et les systèmes de production. Ainsi du thon "Dolfin safe" pêché au Mexique pour la consommation des USA dans les 80’s, de l’Agriculture biologique "sans produits chimiques" en Europe aujourd’hui et peut-être du bois tropical "certifié durable" demain. Encore faut-il que toutes les parties jouent le jeu.
Souvent, il est reproché au Nord de dépenser des sommes colossales pour la protection de quelques espèces qui paraissent aux yeux des populations miséreuses comme insignifiantes, voire même nuisibles. Mais il faut comprendre que cela répond à une certaine demande et un devoir du Nord qui a par ailleurs les possibilités et la volonté d’agir en faveur de ces espèces. La plupart des pays ont signé en 1992 la convention de Rio sur la biodiversité. Qui peut alors se permettre de laisser disparaître des espèces sur son territoire ou sa zone d’influence ? De plus, comment savoir que ce qui ne paraît pas utile aujourd’hui ne le sera pas demain ? Le besoin universel de conserver la diversité génétique de la création trouve sa plus belle expression dans les plantes médicinales. Et si seul le Pygeum africana du Cameroun a atteint une notoriété internationale, ne pourrait-il pas y avoir d’autres végétaux connus des seuls guérisseurs traditionnels qui pourraient bénéficier de la même attention demain ?
En Afrique de l’Ouest et centrale, si la préservation de l’environnement est mal comprise et acceptée, surtout en ce qui concerne la protection de quelques espèces emblématiques (rhinocéros, éléphant, gorille…) et de leur habitat, il faut reconnaître que l’Afrique orientale et australe a su en tirer un parti très bénéfique. Les éléphants, pour ne citer qu’eux, encore considérés au Cameroun comme ennemis des paysans à cause des ravages occasionnés sur les cultures, sont devenus la première source de revenus dans de nombreuses localités. Le développement du tourisme et de l’économie autour des parcs et réserves et de leur abondante faune permet d’envisager une gestion concertée et durable des ressources. Il est intéressant ici de souligner l’initiative des CAMPFIRE (Communal Area Managment Programm For Indigenous Ressources), menée par le WWF et les USA au Zimbabwe et en Zambie notamment.
Le principe de base des CAMPFIRE, qui fonctionnent depuis près de 15 ans, est de donner aux communautés rurales (soutenues et suivies par les experts de ces programmes) les droits de gestion et d’utilisation des ressources naturelles (faune, végétaux, sols, eau…) pour leur propre bénéfice et de créer ainsi les incitations pour les conserver.
Soyons donc persuadés que l’homme peut tirer profit d’un environnement qu’il respecte et avec lequel il vit en harmonie. La pensée réductrice qui voudrait faire croire que l’hom-me, dans sa recherche de satisfaction des besoins élémentaires (alimentation et santé), ne peut pas se préoccuper de son environnement, ne cherche d’autre but que celui de se dégager de ses responsabilités en se coupant d’une nature qui l’effraie parce qu’il ne la connaît et ne la respecte pas.
Par ailleurs, ne croyons pas trop facilement que la protection de l’environnement soit le simple combat acharné et idéaliste d’amoureux des animaux déçus et dégoûtés de l’industrialisation et des illusions qui l’entourent.
L’environnement est notre cadre de vie de tous les jours : notre logement et notre façon de l’aménager et de le décorer ; nos villes et villages et notre façon de dresser leurs plans ; notre campagne et notre façon de la maîtriser et de la valoriser. Libre à nous de vivre dans un taudis, un bidonville ou un désert. Nous avons aussi le choix de laisser la place à la vie et à son rayonnement autour de nous, dans notre environnement.
Ceux qui ont choisi la facilité, la médiocrité et la fatalité se sont détournés de la Vie. En sont-ils responsables pour autant ? La confusion et la tromperie que ne manqueront pas de semer, pour quelques profits individuels et égoïstes, les forces occultes de certains dirigeants industriels, économiques et politiques prennent place à côté de l’i-gnorance, de la cupidité et de l’intolérance. Sachons donc nous remettre en cause dans nos malheurs et notre condition sur laquelle on se complaît à se plaindre. Le discours environne-mentaliste est présent sur toutes les lèvres, mê-me dans les plus profonds villages africains. Mais bien peu comprennent et admettent leur propre responsabilité et possibilité d’action. Pourtant de nombreux acteurs de la société, ONG notamment, sont sur le terrain chaque jour pour ouvrir les yeux aux gens, leur faire comprendre, les responsabiliser et leur donner les moyens d’agir.
L’Homme a cette capacité et cette force de maîtriser le vivant jusqu’à modifier sa matrice fondamentale. Il peut détruire comme il peut faire vivre et renaître. Son pouvoir l’amène ainsi à réduire les forêts équatoriales en déserts et à transformer les déserts en oasis. De la conception qu’il a de son existence dépendra la nature de ses actions. On ne naît pas tueur ni accoucheur ; mais nous avons tous des yeux pour voir, des oreilles pour entendre et un cerveau pour réfléchir ; que l’étincelle de la Vie nous atteigne et nous pourrons regarder, écouter et comprendre. Enfin arrive le changement et l’action.
La Nature a sa place à nos côtés et la reprend discrètement sitôt que l’homme lui cède un peu de son territoire. Les places polluées et sinistrées ne méritent que les rats et les pestes ; mais si nous lui donnons la chance de s’installer dans un cadre favorable, nous verrons fleurs, oiseaux chanteurs et papillons réapparaître pour le plaisir et l’émerveillement de tous, celui de nos enfants d’abord.
Je réclame donc, pour l’environnement et l’épanouissement de chacun, des arbres pour nos poumons, des fleurs pour nos sourires et des oiseaux pour nos rêves.