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Lutte contre le braconnage :
La volonté peut-être, mais pas les moyens

Le récent séminaire sur le braconnage, organisé au Palais des Congrès de Yaoundé au mois d’août 1999, a rappelé une vérité de Lapalisse. La carence des moyens de lutte contre l’extermination des animaux trahit la volonté gouvernementale d’enrayer ce fléau. Pour combien de temps encore…

Makénéné est une bourgade du département du Mbam et Kim. Mais surtout un arrêt pour les voyageurs de l’axe lourd Yaoundé – Bafoussam qui veulent se rafraîchir ou calmer leur faim. Le car qui ramène les volontaires américains du "Peace Corps" dans la Capitale en ce samedi du mois de septembre ne déroge pas à la règle. En descendant du véhicule pour se perdre dans la foule des voyageurs, William se réjouit à l’idée qu’il va manger ce qu’il n’a de cesse d’apprécier depuis son arrivée au Cameroun : la viande de brousse.

Derrière les assiettes débordant de gigots frits, des vendeuses clament des noms pour attirer la clientèle : "Porc-épic, pangolin, singe, hérisson, vipère, perdrix…moins cher!". William achète un morceau de porc-épic qu’il mord à belles dents. Au moment de remonter dans la voiture, il lance à ses compagnons qui ont fait comme lui : "It’s very nice". Il en est ainsi tous les jours à Makénéné et ailleurs, dans les "circuits" et les marchés des grandes villes.

Le séminaire national sur l’élaboration des stratégies de lutte contre le braconnage organisé au mois d’août à Yaoundé a fait le même constat : "les animaux sont quotidiennement abattus, boucanés, vendus et transportés vers les centres urbains pour écoulement". Dans cette ruée vers la "viande de brousse", pourtant plus onéreuse que le poulet, le bœuf ou le porc, aucune localité ni espèce n’est épargnée. La chaîne de responsabilité et de complicité va des autorités administratives aux commerçants, en passant par les forces de l’ordre, les gardes forestiers – qui sont souvent de mèche avec les braconniers, s’ils ne le sont pas eux-mêmes…

Face à la gravité du phénomène qui s’étend jusque dans les aires protégées, le séminaire de Yaoundé a fait des recommandations et proposé des stratégies pour lutter contre le braconnage. Elles portent sur la sensibilisation de tous les acteurs directement ou indirectement impliqués, le contrôle de la vente et de la distribution des armes et des munitions, la création de nouveaux parcs nationaux, le recrutement du personnel… Une manière de traduire la volonté des autorités camerounaises de lutter contre le braconnage.

A la clôture du séminaire, M. Sylvestre Naah Ondoua, ministre camerounais de l’Environnement et des Forêts, a eu cette interrogation pathétique : "Comment pouvons-nous protéger efficacement la faune et les aires protégées lorsque des populations riveraines sont enclavées et incapables d’écouler vers les centres urbains leur production (…), lorsqu’elles manquent d’alternatives concrètes aux activités défavorables à la conservation de la biodiversité" ? Traduction : C’est la pauvreté qui a transformé les chasseurs camerounais en braconniers. Il faut des moyens pour les sortir de la brousse où ils recherchent le gibier pour la survie. D’où viendront ces moyens ?

Braconnage intensif et organisé

(...)Selon les estimations empiriques de Jean-Paul Boyogueno, conservateur de la Réserve Forestière du Dja, près de 2000 bêtes sont tuées chaque mois dans la réserve   antilopes, singes, potamochères, rats de Gambie, pangolins… Ces régions isolées et encore couvertes de forêt sont réputées au Cameroun pour l’abondance de leurs animaux. Pour les Camerounais, rentrer d’un voyage de ces provinces du Sud et de l’Est sans viande de brousse relève de la pingrerie. Mais constate le conservateur "le gibier se fait rare autour des villages. Il faut s’enfoncer profondément dans la forêt pour espérer attraper quelque chose. Les espèces intégralement protégées tels les primates (gorille, chimpanzé, magistrat…), le pangolin géant, certains oiseaux comme la fauvette du Dja et le Picatharte chauve du Cameroun sont les plus menacés".

De la chasse au carnage. L’une des principales causes de l’intensification du braconnage est la demande sans cesse croissante des grandes villes en viande sauvage et autres trophées de chasse (peaux, défenses, plumes, crânes…). Pour augmenter les prises, les méthodes ont évolué. De la traditionnelle chasse à l’aide de lances et de pièges en matériel végétal, on est passé aux pièges avec des câbles d’acier interdits par la réglementation. Certains chasseurs utilisent des armes à feu qu’ils obtiennent parfois illégalement. D’autres fabriquent eux-mêmes des calibres rudimentaires. Des réseaux de trafics de cartouches et d’autorisation d’achat de celles-ci se sont développés. A Yaoundé, dans les gares routières à destination de l’Est et du Sud, les paquets de cartouches se bradent entre
3000 et 5000 FCFA.

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