ECOVOX

B.P. 1256, Bafoussam/Cameroun

Tél. 44 62 67 - 44 66 68/ Fax 44 66 69 E-mail : ecovox@wagne.net


Barre Carrefour

Conflits et écologie en Afrique :

La géopolitique d'un chaos

Par Yves-Alexandre Chouala


Angola, Congo, République Démocratique du Congo, Rwanda, Burundi, etc. l'Afrique apparaît aujourd'hui comme une terre en feux, sur fond de pillages de ressources.

Les dynamiques conflictuelles en cours en Afrique, à l'heure où dans le monde la vogue est à la "paix démocratique" sont un indice de la difficile transition du continent vers la nouvelle temporalité internationale construite autour de la mondialisation. A l'ère du "nouvel ordre mondial", l'Afrique offre l'image d'un "cocktail conflictuel", d'un cimetière des droits de l'homme et d'une terre oubliée des exigences fondamentales de la sauvegarde de l'écosystème. La liaison est aisée et inéluctable entre conflits armés, massacres à grande échelle et destructions massives de l'environnement.

L'Afrique est une terre en braise. Les conflits africains de la période post-parti unique relèvent de ce que les stratèges appellent déjà des "conflits atypiques" ou de "troisième type". Il s'agit de conflits ni internes ni inter-étatiques. Ils s'inscrivent concomitamment dans les deux registres. Ils n'ont pas d'ennemis objectifs, les victimes de ces conflits sont d'abord des civils, les femmes et les enfants étant les catégories les plus touchées. Pillages, casses, viols, tueries sommaires à grandes échelle sont les principaux modes d'expression de ces conflits. Ces conflits sont en outre le fait d'entrepreneurs politico-militaires qui en font des itinéraires d'accumulation et des trajectoires de positionnement politique.

L'Afrique centrale est aujourd'hui le foyer le plus ardent et le plus étendu de ces nouveaux conflits. L'Angola, la R.D.C, le Congo, le Rwanda, le Burundi, l'Ouganda sont un continuum conflictuel. En moins d'une décennie on peut déjà y compter plus de 5 millions de morts, des milliers de cas de viol, un pillage systématique et d'envergure considérable, de gros dommages sur l'environnement. En Angola des mines anti-personnelles sont répandues dans la verdure menaçant sérieusement la génération végétative. Les bombardements intenses de l'aviation de la coalition régionale Kabila à l'Est du Zaïre ont un effet de destruction massive des plantations, parcs, habitations, usines, commerces. Brazzaville est devenu aujourd'hui "un cimetière à ciel ouvert" où des centaines de corps en décomposition désoxygènent l'air et rendent la respiration quasi-insupportable. On sait par ailleurs que la chute des obus, des avions de guerre abattus etc., calcine tout ce qui se trouve aux alentours.

En Sierra Léone, les massacres, les mutilations alternent avec les actes de pyromanie qui ont des répercussions très néfastes sur l'écosystème. Les mêmes réalités sont celles de l'Ethiopie et de l'Erythrée . Au Lesotho, Maseru naguère belle capitale est aujourd'hui une ville sinistrée qui a subi des bombardements, des liquidations physiques et des destructions infrastructurelles et environnementales profondes.

Les dynamiques conflictuelles s'accompagnent de déplacements massifs des personnes qui doivent se nourrir, se chauffer, s'abriter. L'Est de la RDC est maintenant un espace rasé pour les multiples activités de survie des milliers de réfugiés Hutus qui ont fui le pays devant l'avancée des troupes du FPR. Toujours dans ce territoire, les soldats Ougando-Rwandais se livrent à un pillage désordonné des ressources aurifères, diamantifères sans oublier la mise en coupe réglée et anarchique de nombreuses essences de bois des forêts sous le contrôle de leurs soldats. Les rebelles du RUF en Sierra Léone, de l'Unita en Angola contrôlent et exploitent les territoires sous leur contrôle.

Dans des contextes de conflits, des politiques environnementales sont impossibles puisque les préoccupations des hommes au pouvoir tournent essentiellement autour de leur survie politique. La préoccupation pragmatique de la restauration de la souveraineté et de l'autorité de l'Etat légitime toute entreprise politique, y compris celle qui contribue à l'extraction désordonnée de nombreuses ressources. La violence symbolique de "l'effort de guerre" empêche ici toute manifestation des Ecologistes qui, s'ils s'entêtent, seront liquidés pour "haute trahison".
Au total, les conflits armés, par nature, sont porteurs de violations massives de droits de l'homme et destructions de l'environnement. Sous les "tristes tropiques", ces problèmes prennent une dimension dramatique eu égard à l'ampleur des conflits et des massacres. L'hypothèse des conflits africains comme " conflits environnementaux " a même été avancée : ils sont la conséquence de la dispute des ressources des territoires par les groupes sociaux qui se sont armés. D'où la conviction selon laquelle les conflits finiront en Afrique lorsqu'il n'y aura plus de ressources à disputer. L'écologie politique devrait alors dans ce contexte se creuser elle-même, s'auto-regarder afin de tirer meilleure partie de ces situations inédites et délicates qui l'interpellent. C'est un enjeu et un défi.

 

[Home][Sommaire]


© WAGNE: Find the african NGO's and companies by www.wagne.net E-mail : wagne@wagne.net