ECOVOX

Conflits et écologie en Afrique :
Par Yves-Alexandre Chouala
Angola, Congo,
République Démocratique du Congo, Rwanda, Burundi, etc. l'Afrique
apparaît aujourd'hui comme une terre en feux, sur fond de pillages de ressources.
Les dynamiques conflictuelles en cours en Afrique, à l'heure où dans
le monde la vogue est à la "paix démocratique" sont un indice
de la difficile transition du continent vers la nouvelle temporalité internationale
construite autour de la mondialisation. A l'ère du "nouvel ordre mondial",
l'Afrique offre l'image d'un "cocktail conflictuel", d'un cimetière
des droits de l'homme et d'une terre oubliée des exigences fondamentales
de la sauvegarde de l'écosystème. La liaison est aisée et inéluctable
entre conflits armés, massacres à grande échelle et destructions
massives de l'environnement.
L'Afrique est une terre en braise. Les conflits africains de la période
post-parti unique relèvent de ce que les stratèges appellent déjà
des "conflits atypiques" ou de "troisième type". Il
s'agit de conflits ni internes ni inter-étatiques. Ils s'inscrivent concomitamment
dans les deux registres. Ils n'ont pas d'ennemis objectifs, les victimes de
ces conflits sont d'abord des civils, les femmes et les enfants étant les
catégories les plus touchées. Pillages, casses, viols, tueries sommaires
à grandes échelle sont les principaux modes d'expression de ces conflits.
Ces conflits sont en outre le fait d'entrepreneurs politico-militaires qui en
font des itinéraires d'accumulation et des trajectoires de positionnement
politique.
L'Afrique centrale est aujourd'hui le foyer le plus ardent et le plus étendu
de ces nouveaux conflits. L'Angola, la R.D.C, le Congo, le Rwanda, le Burundi,
l'Ouganda sont un continuum conflictuel. En moins d'une décennie on peut
déjà y compter plus de 5 millions de morts, des milliers de cas de
viol, un pillage systématique et d'envergure considérable, de gros
dommages sur l'environnement. En Angola des mines anti-personnelles sont répandues
dans la verdure menaçant sérieusement la génération végétative.
Les bombardements intenses de l'aviation de la coalition régionale Kabila
à l'Est du Zaïre ont un effet de destruction massive des plantations,
parcs, habitations, usines, commerces. Brazzaville est devenu aujourd'hui "un
cimetière à ciel ouvert" où des centaines de corps en décomposition
désoxygènent l'air et rendent la respiration quasi-insupportable.
On sait par ailleurs que la chute des obus, des avions de guerre abattus etc.,
calcine tout ce qui se trouve aux alentours.
En Sierra Léone, les massacres, les mutilations alternent avec les actes
de pyromanie qui ont des répercussions très néfastes sur l'écosystème.
Les mêmes réalités sont celles de l'Ethiopie et de l'Erythrée
. Au Lesotho, Maseru naguère belle capitale est aujourd'hui une ville sinistrée
qui a subi des bombardements, des liquidations physiques et des destructions
infrastructurelles et environnementales profondes.
Les dynamiques conflictuelles s'accompagnent de déplacements massifs des
personnes qui doivent se nourrir, se chauffer, s'abriter. L'Est de la RDC est
maintenant un espace rasé pour les multiples activités de survie des
milliers de réfugiés Hutus qui ont fui le pays devant l'avancée
des troupes du FPR. Toujours dans ce territoire, les soldats Ougando-Rwandais
se livrent à un pillage désordonné des ressources aurifères,
diamantifères sans oublier la mise en coupe réglée et anarchique
de nombreuses essences de bois des forêts sous le contrôle de leurs
soldats. Les rebelles du RUF en Sierra Léone, de l'Unita en Angola contrôlent
et exploitent les territoires sous leur contrôle.
Dans des contextes de conflits, des politiques environnementales sont impossibles
puisque les préoccupations des hommes au pouvoir tournent essentiellement
autour de leur survie politique. La préoccupation pragmatique de la restauration
de la souveraineté et de l'autorité de l'Etat légitime toute
entreprise politique, y compris celle qui contribue à l'extraction désordonnée
de nombreuses ressources. La violence symbolique de "l'effort de guerre"
empêche ici toute manifestation des Ecologistes qui, s'ils s'entêtent,
seront liquidés pour "haute trahison".
Au total, les conflits armés, par nature, sont porteurs de violations massives
de droits de l'homme et destructions de l'environnement. Sous les "tristes
tropiques", ces problèmes prennent une dimension dramatique eu égard
à l'ampleur des conflits et des massacres. L'hypothèse des conflits
africains comme " conflits environnementaux " a même été
avancée : ils sont la conséquence de la dispute des ressources des
territoires par les groupes sociaux qui se sont armés. D'où la conviction
selon laquelle les conflits finiront en Afrique lorsqu'il n'y aura plus de ressources
à disputer. L'écologie politique devrait alors dans ce contexte se
creuser elle-même, s'auto-regarder afin de tirer meilleure partie de ces
situations inédites et délicates qui l'interpellent. C'est un enjeu
et un défi.