ECOVOX

Par Eugène FONSSI
Ecologie pour tous
On n'arrête pas le progrès, c'est connu. Dans le domaine de la recherche scientifique et particulièrement des biotechnologies végétales, des bonds significatifs ont été enregistrés au courant des 25 dernières années. Depuis l'avènement du premier organisme transgénique en 1973 jusqu'à nos jours, le génie génétique a marqué de nombreux points qui suscitent approbation chez les uns, réprobation chez les autres. La plante transgénique, grande trouvaille de cette branche de la recherche, se trouve au cur de la controverse. Quelle est son identité et pourquoi pose-t-elle problème ?
La plante transgénique est une plante dans laquelle ont été introduits des gènes étrangers soit pour accroître sa capacité à résister aux insectes, soit pour augmenter sa résistance aux herbicides, soit encore pour lui permettre de se défendre contre certains antibiotiques. Dans le premier cas l'on parlera d'un gène insecticide, dans le second d'un gène de résistance à l'herbicide et dans le troisième cas d'un gène de résistance aux antibiotiques dont par exemple l'ampicilline. Dans l'état actuel de la recherche, ces manipulations ont été effectuées avec succès sur des dizaines de plantes dont le maïs, la betterave, le coton, le soja, le colza, le tabac, le melon, pour ne citer que les plus familières.
Mais ces réussites dont les industries agrochimiques sont fières ne comportent-elles pas des risques au triple plan écologique, de la consommation humaine et animale et des pratiques agronomiques ?
Au plan écologique, les risques, sans être formellement circonscrits, ne sont pas nuls. Dans le cas du colza par exemple, la transmission du gène aux plantes sauvages par fécondation est possible. Le " flux de gènes " dans ce cadre peut contribuer non seulement à l'élargissement de la palette des nouveaux caractères au niveau des plantes non transgéniques, mais surtout introduire de nouvelles variétés de plantes différentes de celles obtenues à travers la biotechnologie. A moins de mettre en place un système de contrôle et de surveillance de la propagation des gènes ajoutés pour, sinon en annuler l'impact, du moins en réduire les effets sur les autres plantes. Mais là encore rien n'est gagné d'avance car la machinerie de la vie est tellement complexe qu'il est difficile de prévoir la nature des interactions entre les nouveaux gènes et leur environnement cellulaire, la cellule ainsi modifiée et l'organisme, le nouvel organisme et l'écosystème.
Quant à la consommation humaine ou animale, des tests ont prouvé que la nouvelle protéine produite par la plante transgénique ne présente pas de danger. Cependant, certains biochimistes se montrent circonspects vis-à-vis de ces tests qui ont été effectués dans des laboratoires industriels. Ils estiment que les résultats obtenus sont loin d'être neutres, car les industriels ont plus intérêt à commercialiser leurs produits et donc à séduire l'opinion qu'à dire la vérité. D'où la nécessité d'être prudent car de plus en plus, des voix s'élèvent pour affirmer que " la création ou l'aggravation d'allergies est un des risques les plus évidents de l'alimentation transgénique ".
Pour ce qui est de la pratique agronomique, il est supposé que l'utilisation des OGM permettra de réduire significativement la consommation des insecticides chimiques du fait de la production par la plante transgénique d'une toxine insecticide. Mais pour bien des experts, une telle supposition relève moins d'un argumentaire scientifique que commercial car la résistance des plantes transgéniques aux " insectes peut favoriser le développement d'insectes résistants aux toxines synthétisées " et donc nécessiter une utilisation d'insecticides plus adaptés. Même remarque en ce qui concerne l'épandage d'herbicides. En effet si certaines plantes transgéniques sont résistantes à un herbicide, il convient de se demander comment les agriculteurs vont s'y prendre pour désherber leurs champs après y avoir cultivé ces plantes. A ce sujet, un spécialiste note : " La gestion des repousses (issues de graines transgéniques tombées à terre), nécessiterait l'utilisation ou le développement d'autres herbicides pour en faciliter le contrôle ". La culture transgénique augmente donc nécessairement la complexité des pratiques agronomiques.
On le voit bien : si les plantes transgéniques constituent pour les biotechnologies végétales une avancée notable, il n'en demeure pas moins qu'elles posent plus de questions qu'elles ne donnent de réponses. Face aux risques divers qu'elles sont susceptibles d'induire, la vigilance doit être de mise dans nos pays habitués à subir sans réagir la déferlante des technologies nouvelles.
1973 : Premier organisme transgénique.
1983 : Première plante transgénique : un tabac.
1994 : Première plante transgénique autorisée à être
commercialisée aux USA : une tomate.
2 février 1995 : Loi Barnier relative au renforcement de la protection
de l'environnement. Elle institue le principe de précaution relative à
la dissémination des organismes génétiquement modifiés.
27 novembre 1995 : Première plante transgénique autorisée
à être cultivée en France : un maïs (Novartis).
5 février 1998 : Le Ministre français de l'Agriculture Louis Le
Pensec autorise la commercialisation de trois variétés de maïs
transgénique de la société Novartis.
25 septembre 1998 : Un arrêt du Conseil d'Etat suspend le commerce
du maïs transgénique.
Gène : Elément de la cellule conditionnant la transmission
et la manifestation d'un caractère héréditaire bien déterminé.
O.G.M : Organisme génétiquement modifié
Transgénique : Se dit d'une plante dont les gènes ont été
modifiés non pas par croisement comme cela se faisait traditionnellement
mais par introduction directe de nouveaux gènes.
Génie génétique : Technique de modification du programme
génétique de certaines cellules vivantes
Biotechnologie végétale : Science qui améliore les végétaux
en apportant à leur patrimoine génétique de nouvelles propriétés.
"Flux de gènes" : Propagation de gènes étrangers
dans une flore " sauvage "
Novartis (Suisse) : L'un des rois de l'agrochimie avec un capital estimé
à 26 milliards de FF. Produit de la fusion Ciba Geigy et Sandoz. Leader
de l'industrie pharmaceutique et numéro un mondial du phytosanitaire.