ECOVOX

Le testament de Mgr Isidore de SOUZA Archevêque de Cotonou.
Quelques temps avant sa mort, survenue le 12 mars 1999, nous avions rencontré Mgr de Souza pour un entretien. Les propos de cet homme d'Eglise béninois qui présida la première Conférence Nationale ent Afrique tiennent lieu de testament politique.
ECOVOX : A partir de votre riche expérience, quel est le rôle de l'Eglise
dans les mutations socio-politiques, surtout dans nos pays où la démocratie
piétine ?
Mgr de Souza : Il me semble que nos Eglises en Afrique ont à la fois un rôle de promotion humaine, de cons-cientisation et de développement. Nous nous adressons à des hommes, des femmes, des jeunes, des enfants qui ont des préoccupations précises. Notre message est à la fois religieux et humain. Il doit apporter aux hommes un peu plus d'être, à défaut d'un peu plus d'avoir. Tout ce qui intéresse l'homme intéresse l'Eglise et l'Eglise est là, à côté de l'homme, mieux, avec l'homme, pour qu'il grandisse en humanité et en divinité.
ECOVOX : Que répondez-vous à ceux qui estiment qu'en vous mêlant de politique, des élections, des droits de l'homme, etc. vous outrepassez votre champ d'action ?
Mgr de Souza : Entre les hommes d'Eglises
que nous sommes, ou plutôt entre l'Eglise et l'Etat, les relations peuvent
être neutres, " laïques ", chacun restant dans son domaine,
mais ce peut être aussi des relations de collaboration pour le bien-être
de tous les hommes ou de tension. Notre engagement est universel. Notre engagement
n'écarte aucun domaine de la réalité humaine. Nous sommes appelés
à intervenir partout où l'homme se trouve touché dans sa dignité
et sa liberté. Comme Jésus, nous devons être aux côtés
de ceux qui sont dans le besoin, qui souffrent ou qui ont soif de liberté.
ECOVOX : Mais est-ce que l'hom-me d'Eglise n'outrepasse pas là son rôle ?
Mgr de Souza : Ceux qui appartiennent aux rouages de l'Etat et de la politique peuvent avoir l'impression que nous outrepassons nos droits et nos devoirs, surtout quand nous les ramenons à leurs obligations éthiques et sociales. En fait, nous sommes le prolongement du Christ. Nous sommes obligés d'avoir un engagement universel. Lorsque le Pape parle du mariage, de la limitation des naissances, du SIDA , il y en a qui estiment qu'il s'occupe de ce qui ne le regarde pas. Ceux-là n'ont pas compris que tout ce qui est humain nous intéresse et comporte des aspects moraux et spirituels. Par conséquent, la politique aussi nous intéresse.
ECOVOX : Vous avez présidé la première conférence en Afrique qui est demeurée une expérience originale de transition démocratique. Avec le recul, pensez-vous que cette conférence était nécessaire ?
Mgr de Souza : La conférence nationale était nécessaire, compte tenu de la situation économique, politique et sociale . Sur le plan politique, on avait opté pour un régime marxiste-léniniste qui avait échoué. Les fonctionnaires n'étaient plus payés depuis 9 mois. Sur le plan économique, c'était l'impasse. A l'extérieur, on se moquait de nous. Il y avait une honte à être béninois. Il fallait donc s'arrêter, confesser les échecs et changer le cap. La conférence nationale, pour toutes ces raisons, était nécessaire.