ECOVOX

B.P. 1256, Bafoussam/Cameroun

Tél. 44 62 67 - 44 66 68/ Fax 44 66 69 E-mail : ecovox@wagne.net


Dossier
FOI CHRETIENNE ET ENVIRONNEMENT

Points abordés :

L'évangile doit s'assumer sur chaque front de combat

Ambition novatrice

Environnement et théologie en Afrique : Restituer a l'homme sa vocation de "prêtre de la création"

L'actualité de " Esaïe 24"

Au nom de dieu

La doctrine de la création

La dimension écologique de l'évangile

Djininga Dingamyo : "il faut être soutenu par une certaine spiritualité"

L'église chrétienne au service de la nature

Tokombéré : un environnement tres chretien

La nature vaut-elle l'homme ?

 

DJININGA DINGAMYO :

"IL FAUT ETRE SOUTENU PAR UNE CERTAINE SPIRITUALITE"

M. DJININGA DINGAMYO est un ingénieur agro-économiste d’origine tchadienne. Sollicité en 1987 par le Diocèse de Maroua-Mokolo pour diriger le projet agricole de l’Hôpital privé catholique de Tokombéré, M. DJININGA a donné un souffle nouveau à l’encadrement des paysans, des groupements et des jeunes qui vivent dans un environnement subissant une dégradation très rapide. Sympathique et surtout très disponible, il a accepté de nous parler des activités de la Maison du paysan de Tokombéré.

A L’AFFUT : Qu’est-ce qui justifie votre engagement actuel pour la protection de l’environnement dans cette région du Cameroun ?

DJININGA DINGAMYO : Je crois que si l’on veut aider les gens à se maintenir, la première des choses à faire, c’est de protéger leur environnement. Voilà ce qui justifie notre engagement. Voilà ce qui justifie notre engagement. Et pour abattre le travail que nous faisons ici, il faut être soutenu par une certaine spiritualité. Chaque fois, nous nous demandons comment, nous, les chrétiens engagés dans cette mission, allons faire pour aider les populations. Nous pouvons bien leur enseigner les méthodes agricoles. Mais cela ne permet pas de maintenir les écosystèmes. Il faut favoriser l’augmentation de la production, le maintien de la fertilité des sols ou l’infiltration des eaux parce que l’eau, c’est la vie.

En fait, tout cela participe d’un ensemble. Une fois qu’il n’y a plus de terre ou d’eau, tout ce qui reste à faire, c’est de partir. C’est ce qui explique notre investissement auprès des populations qui connaissent beaucoup de problèmes d’environnement. Notre tâche, c’est de les amener à comprendre le phénomène de la dégradation de l’environnement et à mettre en place avec eux - notre principe, c’est de travailler avec les populations parce qu’elles y ont une part de responsabilité – une stratégie de protection de l’environnement, de la réflexion à l’action.

A L’AFFUT : Votre engagement était-il une initiative personnelle ou une instruction de l’Eglise ?

D.D . : L’Evêque de Maroua – Mokolo a demandé à une équipe de techniciens de son diocèse de se pencher sur le problème foncier qui se pose avec acuité dans la région. Et le problème foncier est dans l’acquisition d’une parcelle. Il est donc dans la lutte pour que les paysans deviennent propriétaires des terres parce que celui qui n’est pas le propriétaire d’un lopin de terre ne peut le protéger. Il est également dans les techniques culturales, dans les techniques d’aménagement, etc. C’est pourquoi nous avons privilégié la mise en place du projet agricole.

A L’AFFUT : Quelle a été la réaction des paysans face à votre combat pour la préservation de la nature ?

D.D. : Nous avons eu beaucoup de problèmes au départ. Lorsque nous avons entrepris par exemple l’animation sur la construction des biefs, les populations ont été réticentes. Elles étaient habituées à s’adresser au Gouvernement pour des choses qu’elles pouvaient réaliser, moyennant un peu de sacrifice. Elles ont frappé à toutes les portes sans succès, et nous ont finalement relancé. Comme on dit chez nous, quand tu n’as pas d’aliment, tu te contentes du sein de la grand-mère.

A L’AFFUT : Qu’en est-il de l’aménagement des terres ?

D.D. : Nous nous sommes tout simplement appuyés sur ce que les populations avaient l’habitude de faire en montagne. Celles-ci cultivaient déjà en terrasse et utilisaient les pierres pour tout protéger. Mais une fois arriver en plaine, elles ont abandonné la technique parce que tout est plat. Mais une fois qu’on leur a montré que l’eau creuse le sol, elles ont peu à peu compris qu’il y a un danger et qu’il faut agir par la construction des diguettes. Les paysans nous ont vu le faire à la Maison du paysan et au collège Baba Simon, et ils sont allés reprendre chez eux.

A L’AFFUT : Il y a certainement eu des problèmes dans le domaines de l’agroforesterie…

D.D. : Oui. Parce qu’on est venu perturber leur manière de faire. Les populations connaissent déjà l’agroforesterie traditionnelle. Mais les services publics sont venus leur demander de tout modifier. Et le forestier est considéré ici comme le gendarme du bois, l’homme qui pénalise lorsqu’on coupe un arbre qu’on a soi-même planté. Face à cette situation conflictuelle, il a fallu aller vers les paysans et leur expliquer qu’il est important de planter beaucoup d’arbres, aussi bien dans les champs qu’autour des cases. Aujourd’hui, nous travaillons avec eux en partenaires.

A L’AFFUT : Quelle est la stratégie de protection de l’environnement dans le projet agricole dont vous êtes en charge ?

D.D. : Notre principale démarche, c’est d’aller vers les gens, leur parler de ce problème d’environnement, en fonction des spécificités de chaque localité. Nous voyons avec les paysans ce qu’il faut faire pour résoudre leurs problèmes. Nous utilisons les diapositives et nous leur montrons les expériences des pays comme le Burkina Faso et le Mali. Il faut d’ailleurs un dispositif audiovisuel pour leur permettre de vivre l’expérience des autres et de voir comment ils se sont organisés pour combattre tel ou tel fléau.

A L’AFFUT : A qui s’adressent particulièrement vos sessions de formation ?

D.D. : Notre volet formation s’adresse à plusieurs catégories. La première, ce sont les vieux. Nous les formons en deux ou trois jours. Surtout, nous les emmenons dans les champs pour voir comment on construit les diguettes et les biefs. La deuxième catégorie, ce sont les femmes. Elles produisent le plus de déchets à la maison. Il est par conséquent important de leur montrer comment fertiliser les champs en utilisant ces déchets pour faire du compost. La troisième catégorie, ce sont les jeunes agriculteurs. Nous les formons à la Maison du paysan et ils ont l’obligation d’appliquer et de vulgariser ce qu’ils ont appris dans les domaines de l’eau, de l’aménagement des terres, de l’agroforesterie. Nous organisons d’ailleurs des voyages d’études et d’échanges à leur intention. La dernière catégorie, ce sont les élèves du Collège BABA Simon. De la sixième en quatrième, ils font la pratique sur le terrain. Et en classe de troisième, nous leur dispensons des cours sur la gestion des exploitations agricoles. Les écoles constituent pour nous un site privilégié. Car, ce sont les élèves qui prendront la relève plus tard.

Propos recueillis par

MOUSSI DEMTCHA

 

 

[Home][Sommaire]


© WAGNE: Find the african NGO's and companies by www.wagne.net E-mail : wagne@wagne.net