ECOVOX

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Dossier
FOI CHRETIENNE ET ENVIRONNEMENT

Points abordés :

L'évangile doit s'assumer sur chaque front de combat

Ambition novatrice

Environnement et théologie en Afrique : Restituer a l'homme sa vocation de "prêtre de la création"

L'actualité de " Esaïe 24"

Au nom de dieu

La doctrine de la création

La dimension écologique de l'évangile

Djininga Dingamyo : "il faut être soutenu par une certaine spiritualité"

L'église chrétienne au service de la nature

Tokombéré : un environnement tres chretien

La nature vaut-elle l'homme ?

 

L’ACTUALITE DE "ESAIE 24"

Dans la mentalité populaire, l’on a souvent tendance à penser et croire que l’environnement est une invention de l’ère post-industrielle. Il est certes vrai que c’est le phénomène de la sécularisation, double du rationalisme et du développement industriel qui ont exacerbé les questions de l’environnement et de l’écologie. Mais à bien observer les choses et dans la perspective du judaïsme ou du christianisme, l’on remarque non sans surprise que cette préoccupation remonte à la chute dans le jardin d’Eden. Et le chrétien est constamment interpellé par le paradoxe du développement humain qui dévaste, annihile, tue l’homme et la nature. L’histoire de la création et de la Rédemption est parcourue de bout en bout par la question de l’environnement.

Au nom de la civilisation, du développement et peut-être du bien-être et de l’épanouissement de l’être humain, nous assistons aujourd’hui à une dévastation systématique du cosmos, mettant paradoxalement en danger l’homme, la nature et des milliards d’autres formes de vie humaine, animale, végétale et minérale du monde. Pour les chrétiens, cet élan effréné de dévastation est une entreprise de spoliation du grand don que Dieu a fait à lui-même et à l’homme, à savoir la création du monde.

ŒUVRE IMMENSE

Dans la perspective biblique, l’univers forme structurellement un tout indivisible et ne tient que par son ensemble. Le grippage d’un seul des éléments constitutifs de ce tout affecte automatiquement la structure globale. Après avoir discipliné les ténèbres et les eaux, Dieu a créé la lumière, le ciel, la terre, les végétaux, les luminaires, les animaux vivants selon leur espèce et, enfin, l’homme et la femme (Gén. 1, 1-28). Toute cette œuvre immense et incommensurable constitue, à la fin, un sujet de grande joie, d’intense satisfaction, mais aussi de grand émerveillement de la part de Dieu et de la créature. C’est ce qu’exprime le "Et voici, cela était très bon" de Genèse 1, 31.

Au centre de la déstabilisation de cette entreprise fascinante, conçue et gracieusement générée par Dieu, se trouvent non seulement l’homme et le serpent, mais aussi et surtout un des maillons capitaux de l’environnement : l’arbre du milieu du jardin, son fruit et ultérieurement les feuilles du figuier (Gén. 3, 1-7 citée au sens littéral et non fondamentaliste). Cette opération de destruction, engagée par l’homme sous l’instigation du serpent et focalisée ici autour du concept de désobéissance, n’est pas seulement spirituelle. Elle est également éthique, socio-relationnelle et surtout environnementale : l’homme use de l’arbre, non à des fins nutritionnelles comme Dieu le lui avait recommandé au chapitre I, 29-30a, mais pour assouvir ses instincts et assumer honteusement les conséquences de sa folie de grandeur et de sa quête de divinisation (Chap. 3, 7).

VISION HOLISTIQUE DE L’UNIVERS

L’intervention humaine sur la nature a contribué efficacement à la dégrader. Mais pour le chrétien, l’esprit demeure. Car la création n’est pas encore achevée, ni accomplie. Si elle l’était, elle ne souffrirait plus des douleurs de l’enfantement de Romains 8 : 19-22. Si avec le Christ, nous sommes co-héritiers du Royaume de Dieu, nous ne pouvons véritablement l’être qu’en étant co-créateurs avec Dieu dudit Royaume (Rom. 8, 17). C’est l’ignorance ou l’oubli de la vision holistique de l’univers dans la conception, l’élaboration et l’application de la philosophie du développement qui est à l’origine des questions environnementales qui nous accablent.

La destruction de l’écologie et de l’environnement est l’œuvre des hommes en général, mais aussi de certains chrétiens qui, sur la base d’une lecture et d’une interprétation erronée de Genèse 1, 28, se sont lancés à l’assaut du cosmos pour le dénaturer. Or, contrairement à ce que ceux-ci pensent, le "soyez féconds (…) assujettissez la terre…" s’inscrit dans la logique de l’image de Dieu qui est en l’homme. Et le "Et voici, cela était très bon" est la formule conclusive et consécratoire de l’œuvre créatrice de Dieu. Ce qui voudrait dire que même si dans son ensemble tout l’univers n’est pas créé à l’image de Dieu, il n’en reflète pas moins la Sainteté de Dieu, sa gloire et sa magnificence. Autrement dit, tout ce qui a trait à la création ou qui y est fait devrait l’être dans le sens de la gloire de Dieu et dans un élan de consécration.

Le chrétien a donc le devoir de vénérer la vie autant que le cadre et l’espace dans lesquels elle est vécue. Même si toutes les créatures vivantes ne sont pas sacro-saintes et inviolables, la vie humaine, au moins, doit l’être et son cadre d’expression respecté. La vénération de la vie et celle de la nature passent par la louange et l’exaltation de Dieu. Et il est certain que dans presque tous les courants de pensée chrétienne, la nature est sacrée et est l’instrument de la direction de Dieu avec l’homme, de la Rédemption et de la transcendance de ce dernier. La sainteté, elle se vit et se découvre à travers la préservation de la nature intacte. Ainsi, l'éthique sociale est directement tirée des œuvres et des manifestations du monde naturel.

L’Eglise et le chrétien sont, en Jésus-Christ, le sacrement du salut du monde. Mais la vie sacramentelle de l’Eglise n’est pleine que quand celle-ci intègre en son sein l’environnement naturel qui est le reflet de l’Amour et de l’Alliance de Dieu. La pollution de l’eau est une entorse grave portée au dessein rédempteur de Dieu en Jésus-Christ. Il en est de même de la terre, si elle ne peut plus produire le pain et le vin.

SENS DE RESPONSABILITE

En tant que sacrement de salut du monde dans sa totalité, le chrétien ne doit ménager aucun effort pour intensifier le sens de responsabilité de tout homme à l’égard de la nature et élargir l’horizon des préoccupations humaines sur ce sujet. Car, parce que les hommes sont passés par dessus les instructions du Seigneur et rompu l’engagement qui les liait à Dieu pour toujours, la terre, souillée, se consume sous la malédiction de Dieu et ses habitants portent la peine de leur faute et dépérissent. La crise de l’environnement aujourd’hui, c’est l’actualité de Esaïe 24 : 5 – 6.

Par Jean Samuel HENDJE TOYA

Pasteur

EEC, Briqueterie I, Yaoundé

 

 

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