ECOVOX

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Dossier
FOI CHRETIENNE ET ENVIRONNEMENT

Points abordés :

L'évangile doit s'assumer sur chaque front de combat

Ambition novatrice

Environnement et théologie en Afrique : Restituer a l'homme sa vocation de "prêtre de la création"

L'actualité de " Esaïe 24"

Au nom de dieu

La doctrine de la création

La dimension écologique de l'évangile

Djininga Dingamyo : "il faut être soutenu par une certaine spiritualité"

L'église chrétienne au service de la nature

Tokombéré : un environnement tres chretien

La nature vaut-elle l'homme ?

 

Environnement et théologie en Afrique :

RESTITUER A L’HOMME SA VOCATION DE "PRETRE DE LA CREATION"

Voilà une préoccupation capitale. Elle peut ouvrir de nouveaux horizons à la Théologie Africaine. Il s’agit, en effet, de savoir comment articuler la recherche d’un christianisme africain avec la sauvegarde de la création. Si les questions d’environnement ne sont pas un luxe pour les pauvres, comment parler de Dieu à partir de l’univers des ordures où nous vivons tous les jours dans ces villes qui tendent à devenir une véritable poubelle ?

Ce qui est en jeu, c’est la révélation de Dieu au quotidien. Il faut aujourd’hui procéder à une reprise du sens de l’Evangile à partir de l’intelligence des réalités auxquelles nous sommes confrontés tous les jours. C’est depuis les sols dont la dégradation s’accélère qu’il nous faut essayer de dire Dieu en Jésus-Christ. Le sujet est vaste. Peut-être le théologien africain devra-t-il chercher à porter un nouveau regard sur le milieu où nous sommes, en tenant compte des sociétés et des cultures où les montagnes et les fleuves, les arbres et l’eau, les animaux et les oiseaux sont chargés de symboles. Nous vivons notre foi d’Africain au sein de ces réalités. Nous ne pouvons donc pas les négliger lorsque nous nous mettons à l’écoute de Dieu. Le théologien devra soumettre à un nouvel examen ce qu’on a appelé "l’animisme africain", compte tenu des liens que l’homme entretient avec un monde qui parle. Il faut reprendre en compte la terre qui a des résonances plus vastes d’ordre symbolique et religieux.

Cette recherche s’impose dans les Eglises où nous avons hérité d’un christianisme qui, à la suite du judaïsme, a désacralisé la nature et contribué, en un sens, à la crise écologique dans le monde occidental. Pour le théologien indigène, le défi à relever est celui d’une intelligence du christianisme qui assume les valeurs de la tradition africaine. Au moment où la vie de l’homme dépend du sol, de l’eau et de l’air, il nous faut instaurer un véritable dialogue avec les religions du terroir dans un contexte socioculturel où l’homme trouve dans ce qui l’entoure un partenaire avec lequel il peut entrer en communication.

En définitive, nous devons relire le récit de la création à partir des repères où l’homme est un microcosme situé au centre du monde qui, en lui, même, possède une valeur absolue. A la lumière de cette expérience fondamentale, peut-être le théologien africain est-il mieux placé pour restituer à l’homme sa vocation particulière de "prêtre de la création", c’est-à-dire l’intermédiaire par lequel Dieu se manifeste à la création et la rachète. Ainsi, à partir de Jésus-Christ qui récapitule tout en lui-même comme le disait Saint Irénée, nous devons nous interroger sur la manière dont nous vivons la nouvelle création qui inclut un rapport spécifique avec "tous les êtres vivants qui sont avec nous" (Cf. Gen. 9 : 8 – 10).

Ici, j’entrevois l’urgence d’une redécouverte des dimensions cosmiques du drame du salut. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est ce fait : les questions d’environnement ne sont pas extérieures à la foi et à la vie de l’Eglise. Face à la crise de l’environnement, ce qui est en cause, c’est notre relation avec la terre dont l’héritage est promis aux "doux" (Mt.5,4). Le chrétien ne peut rester indifférent là où "la terre gémit et dépérit" (Is. 24, 4-6). A travers les pollutions qui prolifèrent, comment ne pas penser à la rupture de l’alliance (Is. 24, 4-6) dans la mesure où depuis Noé, l’homme doit "garder en vie avec lui même" (Gen. 6,19) "tous les vivants" que Dieu aime et dont il s’occupe (Ps. 145,16) ?

A partir des forêts qu’on pille et détruit, et de l’air qu’on empoisonne, nous apprenons que le péché n’est pas une affaire simplement interne à la vie humaine. C’est une affaire très grave qui atteint l’univers matériel lui-même. Le péché a une dimension écologique. C’est ce que Saint Paul nous rappelle dans sa lettre aux Romains. "Toute la création gémit dans les douleurs de l’enfantement jusqu’à présent" (Rm. 8,22).

Ce texte interroge en profondeur le théologien africain dans les lieux de la terre où "la création gémit". Il nous faut saisir les dimensions de cette souffrance en cherchant à mieux comprendre l’état de notre environnement. Les yeux de la foi perçoivent ici le soupir de la création, compte tenu des formes de violence et de destruction où les forces vitales et les groupes d’intérêt sont à l’œuvre. Il y a, ici une dimension du péché du monde. Mais il nous faut aussi souligner la dimension écologique de l’Evangile. Car, la création vit dans l’attente de la délivrance. Ce qui se cherche, c’est une théologie de soupir de la création qui soit en même temps une théologie de la libération. Pour sauver la vie, il faut aujourd’hui libérer la terre de l’expérience écologique de la douleur.

Ainsi, le théologien africain se trouve devant de nouveaux champs de réflexion et de recherche. Il lui faut revenir au rapport de l’homme avec l’arbre, l’eau, l’air et le sol pour mieux saisir les enjeux du salut en Jésus-Christ. Observez attentivement la place centrale des réalités matérielles dans la liturgie de l’Eglise. Je pense à l’eau et au feu. Voyez comment, au début du monde, l’Esprit planait sur les eaux. Et surtout, regardez le crucifié : l’arbre est inscrit dans le drame du salut. Tout cela invite à une lecture pertinente de l’Evangile à partir de la crise actuelle de l’environnement. Au moment où les chrétiens et les Eglises commencent à comprendre que l’engagement en faveur de la justice est une dimension de la prédication de l’Evangile, pourquoi ne devraient-ils pas se mobiliser pour résister à ce qui menace la vie dans les villages et les villes où la "création gémit" ?

Par Jean Marc ELA

Prêtre, théologien, sociologue et

Professeur à l’Université de Yaoundé I

 

 

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