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Barre Editoraial

Aide alimentaire au Cameroun :

NOTRE POLITIQUE AGRICOLE EN QUESTION

De prime abord, nous voulons nous indigner de la manière superficielle (concision ?) dont les problèmes aussi épineux, tels que l’aide alimentaire, l’autosuffisance alimentaire, l’encadrement des paysans, le choix de la politique agricole et l’adéquation formation-emploi des cadres, ont été traités ( ?). Et il ne serait pas prétentieux de notre part d’affirmer qu’un tel conglomérat de problèmes soulevés peut trouver solution, de façon satisfaisante, dans un article de journal, encore moins être l’apanage des seuls techniciens de l’agriculture.

La question qui nous vient à l’esprit, en ce qui concerne l’autosuffisance alimentaire, est celle de savoir si la production alimentaire du Cameroun lui permet d’être autosuffisant. Malgré tous les aléas qui relativisent les rapports et les classements des organismes internationaux, nous soutenons, et de façon péremptoire, que l’autosuffisance alimentaire au Cameroun ne fait pas l’ombre d’un doute. Cependant, l’augmentation et la distribution des denrées alimentaires dans notre pays se heurtent à de nombreux obstacles.

Le manque d’infrastructure freine non seulement l’écoulement et la répartition du surplus des régions à forte production vers celles à faible production, mais aussi et surtout les échanges de produits alimentaires entre diverses localités de production visant à varier l’alimentation des populations et lutter par là-même contre la malnutrition. La non-application des techniques, technologies et équipements relatifs au conditionnement, traitement, stockage, transformation et conservation des denrées entraîne d’énormes pertes. Autre obstacle : l’inexistence d’un marché incitatif. Les prix pratiqués pour les produits alimentaires sont bas et fluctuants, par manque de normes de commercialisation, de débouchés et d’informations. Ce qui amène les jeunes ruraux à abandonner les plantations, au profit des emplois plus lucratifs dans les secteurs secondaires et tertiaires.

En 1973, le Gouvernement a lancé le programme de la "Révolution verte" et créé la Mission de Développement des Cultures vivrières (MIDEVIV) et le Fonds National de Développement rural (FONADER). Pourquoi ? Parce que l’approvisionnement des centres urbains en vivres était devenu irrégulier. Jusqu’à cette année-là, les cultures vivrières ne bénéficiaient d’aucun soutien particulier de la part des politiques. Toute l’assistance dont l’agriculture camerounaise a bénéficié depuis l’indépendance était comme vous le signalez bien orientée vers les produits de rente (Cacao, Café, Coton, etc.). L’autosuffisance alimentaire a donc été acquise grâce aux efforts propres des paysans et non à une quelconque "assistance" ou encadrement de qui que ce soit.

Que dire de l’aide alimentaire dont l’auteur est choqué de "constater que le tonnage (…) va croissant au Cameroun, alors que la formation des agronomes se poursuit… " ? Il nous semble important de faire une mise au point : l’octroi d’une aide alimentaire à un pays ne signifie pas nécessairement que ce pays n’est pas autosuffisant du point de vue alimentaire. Et même si les techniciens de l’agriculture étaient des "producteurs" au sens premier du terme, l’augmentation de la production agricole ne serait pas fonction du nombre de producteurs, ni de celui des encadreurs.

Pour le cas d’espèce, l’aide que reçoit le Cameroun est constituée, pour la plupart, des rations fortifiées destinées au plus nécessiteux (pauvres, handicapés, malades, élèves…) et non à la population "normale". Pour l’instant, seul le volet Education est fonctionnel. Le Cameroun étant en pleine récession économique depuis 1987 (date officielle de la reconnaissance de cette crise), les subventions financières allouées par l’Etat aux différents internats et cantines scolaires se font de plus en plus rares. L’Etat est donc obligé de recourir aux produits alimentaires reçus sous forme d’aide pour pallier ce manque. Avec la persistance de cette crise, il ne fait aucun doute que cette demande d’aide ira croissant… pour la population estudiantine. La précision est de taille.

Autre point d’achoppement : l’encadrement des paysans comme moteur du développement. Nous disons qu’un bon encadrement des paysans peut conduire à une autosuffisance alimentaire, voire un développement agricole. Mais il est tout a fait inexact de soutenir qu’il puisse nécessairement entraîner un développement d’un pays. Car, contrairement au développement agricole qui vise essentiellement l’accroissement de la production agricole, le développement rural cherche plutôt à améliorer les conditions de vie des masses rurales. Le développement d’un pays, quant à lui, est un phénomène indivisible. Ce d’autant plus qu’il est à la fois économique, social, moral, culturel ; et requiert la participation de tous. En admettant que les techniciens de l’agriculture aient assuré l’encadrement des populations et promu l’autosuffisance alimentaire – puisque c’est ce qui semble être votre préoccupation- , cela n’aboutirait pas automatiquement au développement du Cameroun.

En réalité, le véritable problème (solution ?) réside dans notre politique de développement agricole. Il est urgent de la repenser. Il s’agira pour les décideurs d’associer largement les techniciens de l’agriculture à la conception et à l’élaboration d’une nouvelle stratégie ; sans toutefois oublier de prendre en compte les aspirations des paysans et les facteurs externes qui conditionnent le succès des opérations sur le terrain. Dans tous les discours politiques actuels, l’on ne cesse de parler d’une nouvelle politique agricole. Ce schéma a-t-il été suivi ?

Vous avez beau demandé aux agronomes de se décravater, de retrousser leurs manches et de se mettre à l’œuvre. Nous vous répondons que le problème est ailleurs et reste entier. Paradoxalement, c’est vous qui le dites si bien dans votre article (et nous ne sommes pas loin de croire que cette phrase n’est pas de vous) : "l’histoire enseigne que le développement est largement dépendant du degré auquel les sociétés parviennent à valoriser leurs ressources humaines et à se doter d’institutions fortes et efficaces…". Traduction : la pauvreté ne provient pas du tout d’une absence de ressources humaines et/ou naturelles, mais de leur sous-utilisation.

Emmanuel TCHASSA

 

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