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PHILIPPE Vasset (Auteur)
Source : Jeune Afrique Economie N° 1996 du
13 avril 1999
La Banque mondiale n’assure que 3% du financement
de la construction de l’oléoduc entre le Tchad et
le Cameroun, mais elle détient les clés de
ce projet. Selon le montage adopté, ele devrait prêter
46 millions de dollars à N’Djamena et 69 millions
de dollars à Yaoundé afin de leur permettre
d’acquérir des parts dans les sociétés
d’exploitation, la Tchad Oil Transportation Company (Cotco).
Pour le consortium pétrolier – composé de
l’Américain Exxon (40%), du britannique Shell (%)
et du français Elf (20%) –la Banque sert non seulement
de caution politique et environnementale, mais surtout de
caution financière pour les établissements
bancaires susceptibles de lui avancer des fonds.
Le rôle central de la Banque permet
de comprendre pourquoi la construction de l’oléoduc
a pris tellement de retard : la liberté de mouvement
de l’institution est réduite par toute une série
de contraintes liées à sa mission. En premier
lieu, tout projet approuvé par la Banque doit respecter
un certain nombre de critères environnementaux auxquels,
pour le moment, l’oléoduc Doba-Kribi ne répond
pas complètement. Ensuite, la Banque mondiale doit
s’assurer que les revenus du pétrole serviront au
développement du Tchad et du Cameroun.
Ces conditions sont en passe d’être
remplies. Le 13 janvier, l’un des responsables du projet
à la banque mondiale, Philippe Benoît, a expliqué
que la banque et ses partenaires "avaient le sentiment
d’avoir fait beaucoup de progrès". Suite aux
critiques émises contre la stratégie environnementale
et le plan de compensation pour les personnes déplacées
élaboré par le consortium pétrolier,
plusieurs modifications au projet initial sont entrain d’être
négociées. Quant au contrôle des dépenses,
une loi actuellement débattue au Parlement tchadien
devrait empêcher toute dilapidation des dividendes
du pétrole. Ce texte prévoit, en effet, de
rétablir les revenus du pétrole entre la santé,
l’éducation, les infrastructures et le développement
rural (80%), le budget de l’Etat (15%), et préfecture
du Logone oriental où se trouvent les champs de Doba
(5%). Un comité de dix membres serait également
mis en place pour surveiller l’utilisation des dividendes
pétroliers.
À ces problèmes structurels
est venue s’ajouter une difficulté conjoncturelle :
la chute des cours. Le pétrole de Doba étant
actuellement évalué à 8 dollars le
baril, plusieurs investisseurs se demandent s’il est raisonnable
d’investir 3,5 milliards de dollars dans un projet qui en
rapportera à peine le double. Cette dégringolade
des prix est également une mauvaise nouvelle pour
le gouvernement tchadien : il est prévu que
les diverses taxes payées par les pétroliers
soient suspendues en cas d’affaissement brutal des cours.
Or les prix du pétrole ne sont pas près de
remonter ; dans un rapport sur le " Marché
global des matières premières " publié
début février, la Banque mondiale prévoit
un baril à 13 dollars en 1999.
Malgré cette conjoncture des
plus sinistres, le Tchad dispose de deux atouts pour relancer
l’intérêt des investisseurs. D’une part, l’exploitation
des champs de Doba prendra de vingt-cinq à trente
ans. Or personne ne peut dire quels seront les cours du
pétrole en 2020. D’autre part, l’oléoduc Doba-Kribi
doit non seulement permettre d’évacuer le pétrole
de Doba, mais également celui d’autres champs situés
plus à l’Est. Plusieurs découvertes importantes
ont déjà été faites, et seul
l’oléoduc permettrait d’exploiter les ressources
de ces champs. Le Tchad doit donc miser sur le long terme
pour qu’enfin le pétrole de Doba coule jusqu’à
Kribi.
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