|
Ndjodo Nga Théophile, Ingénieur forestier/Economiste
de formation,
Iil est consultant auprès de la BAD, de l'OAB, de l'OIBT
et de l'Union Européenne. Il est actuellement chef
de service à la Direction des Forêts du MINEF.
Il est chargé de l'étude et de la planification
des projets de Coopération internationale, en étroite
collaboration avec les organismes internationaux (GTZ, WWF,
UICN...)
Au regard de l'évolution des différents
concepts et des conventions internationales relatives aux
questions forestières d'une part, et des réalités
économiques camerounaises d'autre part, le
gouvernement a jugé opportun de procéder à
un réajustement de sa politique forestière afin
de mieux l'adapter à la nouvelle donne.
Le Gouvernement camerounais s'est engagé
dans une réforme profonde du secteur forestier afin
de se doter d'instruments de base nécessaires pour
une gestion moderne de ses ressources forestières.
Ces réformes se sont concrétisées par la
création d'un Ministère de l'Environnement et
des Forêts en 1992, l'élaboration et la promulgation
d'une nouvelle loi forestière en 1994 et de son décret
d'application en 1995 ; la mise sur pied d'un plan de zonage
partiel du territoire forestier méridional.
Toutes ces réformes ont été
traduites en termes opérationnels à travers un
programme d'action
forestier national (P.A.F.N.) lequel expose les actions,
mesures et stratégies à mettre en uvre à
court et moyen terme pour atteindre les principaux objectifs
définis par la politique forestière. La nouvelle
politique de développement forestier du Cameroun peut
se présenter comme composante prioritaire de la stratégie
nationale de promotion des activités économiques
en milieu rural. Pour cette raison, elle intègre les
préoccupations relevant des autres domaines telles
que le plan d'utilisation des terres (plan de zonage), les
orientations de la politique de développement agricole,
le Plan National de gestion Environ-nementale, le Plan Energétique
National pour ce qui a trait au bois énergie .
Les grandes orientations, ainsi que les
objectifs et stratégies retenus, portent une attention
particulière sur deux notions clés : la protection
de l'environnement et l'aménagement durable des ressources
forestières. Il a été défini et retenu
cinq grandes orientations : assurer la protection du patrimoine
forestier et participer à la sauvegarde de l'environnement
et à la préservation de la biodiversité ;
améliorer le niveau de participation des populations
rurales à la gestion des ressources tout comme le niveau
d'intégration des activités d'exploitation des
ressources ligneuses dans la politique du éveloppement
rural afin qu'elle contribue à élever le niveau
de vie des populations locales ; mettre en valeur les ressources
forestières en vue d'augmenter la part con-tributive
du secteur dans le P.I.B., tout en conservant le potentiel
productif ; assurer le renouvellement de la ressource par
la régénération et le reboisement, afin de
pérenniser le potentiel et dynamiser le secteur forestier
en mettant en place un système institutionnel efficace
et en faisant participer tous les intervenants dans la gestion
du secteur.
L'élaboration du P.A.F.N. s'est faite
sur la base d'un large processus consultatif. Les autorités
publiques se sont préoccupées au départ de
recueillir les attentes des populations vis-à-vis des
orientations de la nouvelle politique forestière afin
de les intégrer si possible dans le plan d'action.
L'administration forestière s'est fait un devoir de
prendre un certain recul vis-à-vis du concept traditionnel
de l'arbre pour pouvoir embrasser la forêt dans son
ensemble ; c'est-à-dire une entité perçue
comme un écosystème aux multiples produits et
aux multiples utilisations et dont l'exploitation des ressources
induit parfois des intérêts contradictoires et
même conflictuels entre les différentes parties
prenantes que sont l'administration, les opérateurs
économiques, les mouvements écologistes, les populations
locales.
L'amélioration des conditions de vie
des populations riveraines constitue d'ailleurs un des objectifs
essentiels de la Nouvelle politique forestière. Pour
cette raison, leur participation au processus de prise de
décision et aux opérations d'aménagement
pour un partage juste et équitable des bénéfices
découlant de l'exploitation forestière peut apparaître
comme l'une des grandes innovations de la nouvelle loi portant
Régime des Forêts, de la Faune et de la Pêche.
Il en est également des femmes. La
nouvelle politique forestière reconnaît leur importance
et les
définit comme un groupe cible à privilégier
dans le processus de gestion participative. Les femmes,
surtout en milieu rural, sont les principales utilisatrices
des ressources forestières. Elles sont, en outre, dépositaires
des connaissances relatives au développement de la
plupart des végétaux ligneux et non ligneux. Les
différentes stratégies développées avant
la conception du P.A.F.N. n'avaient presque jamais pris
en compte ni les aptitudes manégériales, ni l'expérience,
ni les connaissances des femmes du milieu forestier. Elles
ont même souvent été écartées soit
au niveau de l'accès à certaines ressources et
à la propriété foncière.
On peut affirmer sans se tromper que le
présent programme traduit la volonté du Cameroun
dans son effort de développement durable du secteur
forestier. Il a été conçu en harmonie avec
les différentes initiatives de planification nationale,
susceptibles d'influencer la gestion des ressources forestières,
notamment le plan de gestion de l'environnement, le plan
d'ajustement structurel agricole, le plan énergétique,
le plan du développement industriel ; il traite de
tous les aspects de gestion durable des ressources et de
la biodiversité forestière ; il prend en compte
toutes les fonctions et composantes de la forêt.
Ce programme se veut un instrument de solidarité
nationale et internationale. En associant les
populations et les opérateurs économiques dans
son élaboration et sa mise en uvre ; en tenant
compte des nouveaux concepts, stratégies et conventions
internationales portant sur les forêts ; en faisant
prendre conscience aux uns et aux autres que : l'utilisation
durable et "écologiquement viable" des forêts
tropicales, et la recherche des solutions aux problèmes
environnementaux, posent aujourd'hui une problématique
globale qui ne peut être résolue qu'à l'échelle
internationale et planétaire.
Pour la mise en uvre dudit programme,
le Cameroun a créé un Fonds Spécial de Développement
Forestier alimenté par une partie des recettes fiscales
provenant du secteur. Toutefois, malgré cet effort
manifesté par le gouvernement pour son financement,
l'on se rend compte que la mise en uvre de ce dernier
ne sera possible qu'en cas de soutien international ; d'où
l'intérêt de la Table Ronde Internationale à
l'adresse des donateurs tenue à Yaoundé du 19
au 21 mars 1996. Cette rencontre a donné l'occasion
au Cameroun de présenter son nouveau programme forestier
aux bailleurs de fonds afin de susciter leur adhésion
et solliciter éventuellement les financements additionnels.
|