Interview :Jean Jacques Akamba,
Biologiste des Hôpitaux
Epidémologiste
Qu'est qui explique selon vous, le regain d'intérêt de
la communauté internationale et des autorités camerounaises
pour la lutte contre le SIDA ?
Au Cameroun, l'augmentation très rapide de la maladie a fini par
susciter un engagement politique du Gouvernement. Le pays est rapidement
passé d'un pays à faible prévalence de 1985 à
1990 ( 0,5 - 2%) à un pays à prévalence moyenne 7,2%
et l'augmentation de ce taux de prévalence continue. Le nombre
de cas de SIDA notifié s'est multiplié pour se situer aujourd'hui
à plus 20.000 cas cumulés depuis la découverte du
1er cas. Sur le plan mondial, l'infection à VIH n'épargne
aucun continent et n'est pas circonscrite à une région malgré
la variation de la répartition de la maladie. Si celle-ci évolue
en Afrique, le continent le plus touché de l'heure de manière
inéluctable, son évolution se poursuivra dans les autres
continents.
Il existe une polémique sur les origines réelles du
SIDA. Selon vous quelles sont elles ?
Il existe une théorie selon laquelle le VIH serait sorti des
laboratoires Américains de recherche et inoculé aux militaires
Américains envoyés en Afrique et notamment au Zaïre
(RDF ). A partir de ces militaires Américains vivant au Congo,
l'infection à VIH se serait répandue dans le monde.
Il existe une théorie de l'origine Africaine du SIDA à partir
des primates ( HTLV ).
Il existe aussi une théorie de l'origine portugaise de VIH ( VIH2
) que l'on aurait identifier pour la 1ère fois dans les anciennes
colonies portugaises d'Afrique. ( Cap Vert, Angola, Guinée Bissau,
Sao Tomé et Principe etc.).
Toutes ces théories sont défendues par des logiques qui
très souvent finissent par une coloration plutôt politico-raciste
que scientifique, au risque de perdre le sens véritable de la question
qui doit continuer à tourner autour des moyens de lutte contre
cette infection.
Certains observateurs dénoncent très souvent ce qu'ils
appellent une manipulation des statistiques du SIDA à des fin idéologiques.
Qu'en pensez -vous ?
Dans la mesure où nous vivons dans un monde beaucoup plus braqué
sur les intérêts économiques et engenomiques que sur
le devenir de l'humanité, il serait un peu naïf de ne pas
penser à cet aspect du problème. Seulement si cette manipulation
des statistiques est réelle elle peut profiter aux pays victimes
en ce sens que les populations prendront véritablement conscience
et lutteront efficacement contre un mal dont l'ampleur serait exagéré,
tandis que ceux des pays qui ne sont pas victime de cette manipulation
se conforteront de leur situation enviable pour la cause et se laisseront
endormir pendant la maladie se propage dans leurs société.
Personnellement je pense que les chiffres avancés sont en déçu
de la réalité vécue en Afrique ; ceci est vrai tout
au moins pour le Cameroun. Tout les cas de SIDA ne sont pas déclarés
comme tels.
Quelles sont les statistiques les plus récentes que vous disposez
en matière de SIDA ?
- Plus de 20.000 cas cumulés déclarés au Cameroun
- Taux moyen de prévalence 7,2%
- Tranche d'âge la plus affectée 15-45 ans
- Plus de 30.000 de cas de SIDA dans le monde
- Presque 24.000 en Afrique au Sud du Sahara.
Quelle est l'évolution actuelle des recherches sur le traitement
du SIDA ?
La recherche sur la traitement du SIDA n'a toujours pas abouti. Néanmoins
la combinaison aujourd'hui de trois molécules anti- retro virales
( tri thérapie ) a des bons résultats. Cette association
permet de réduire la charge virale et bloque la réplication
du virus.
Que pensez-vous de l'indifférence ( ? ) de la communauté
scientifique internationale sur les propositions thérapeutiques
émanant des chercheurs Africains ( modernes et traditionnels )
?
Je pense que le problème réside d'une part sur une question
de méthodologie, de la démarche dans la recherche et d'autre
part sur l'attribution de la paternité d'un éventuelle découverte
et par ailleurs sur le manque des moyens ( équipements, finances
chez les Africains.
Y a-t-il lien entre fort taux de prévalence et l'état de
développement d'un pays ?
Le constat est patent : les taux de prévalence élevés
sont surtout fréquents dans les pays en développement ou
pauvres. Existe t- il un lien entre l'état de pauvreté (
au sens large) et le SIDA ? Je crois que oui. Existe-t- il un lien entre
la pauvreté et le développement ? tout les pays dits développés
sont fort heureusement dits riches.
En quoi le SIDA peut- il entraver le développement économique
d'un pays ou d'une région ?
En détruisant les hommes (sens large) appelés à
travailler pour le développement du pays ou d la région.
Les hommes sont la première richesse d'un pays. Sans les hommes,
il n'y a pas de développement. Le SIDA frappe les jeunes (élèves
et étudiants) , les adultes
(hauts cadres, et moyens, les ouvriers etc.)
Que dites- vous à ceux qui pensent que la publicité
faite autour de la prévention du SIDA par l'utilisation du préservatif
est immorale et vise plutôt le développement du marché
plastique ?
Ceux - là ont le choix de mettre en pratique cette publicité
ou de ne pas le faire. Dans tous les cas, la prévention de l'infection
à VIH ne passe obligatoirement par le port du condom. Celui-ci
est la dernière solution conseillée lorsqu'on ne peut pas
s'abstenir ou (2) être fidèle à un partenaire fidèle
non infecté. Donc publicité du condom oui ; obligation de
son utilisation non ; l'individu reste maître de ou des moyens de
prévention à adopter.
Malgré les ravages que cause le VIH/SIDA, quelques compatriotes
continuent de croire que ce virus relève de l'imaginaire. Que pouvez-vous
dire pour les convaincre du contraire ?
Ceux qui le disent sont pour un grand nombre les profanes c'est à
dire les non professionnels de la santé. Pour ces raisons, ceux
qui pensent le SIDA est imaginaire n'ont pas de raison de penser le contraire
pour les autres maladies que sont la malaria le diabète , la sinusite
etc.
Les Camerounais atteints du SIDA, bénéficient-ils d'un
bon encadrement psychologique et sanitaire ?
L'encadrement psychologique et sanitaire des camerounais atteints de
SIDA demeure insuffisant à mon humble avis.
Quelles sont les perspectives d'avenir par rapport à la lutte
contre ce fléau au Cameroun ?
Les perspectives d'avenir pour la lutte contre ce fléau au Cameroun
devrons être pendant longtemps encore, l'engagement des communautés,
l'engagement du gouvernement, l'aide des pays riches.
Entretien mené par
Samuel WAFO
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