Reportage
LE MAL DU SIECLE FAIT PEUR
" Les
personnes dont les noms suivent, qui ont, avec insistance, publiquement
ou individuellement, affirmé que j’avais le SIDA, ont, jusqu’au
2 Octobre 2000, pour dire au Directeur Général du CENER
le médecin, le laboratoire d’analyses médicales, la date
des examens... qui ont établi que j’étais atteint par
cette maladie (...). Passer ce délai, il n’y aura ni discussion,
ni négociation. J’assumerai les conséquences qui adviendront
en cas de non réaction ". Dans les couloirs et les
ascenseurs de la Cameroon Radio and Television (CRTV) et du Ministère
de la Communication, le visiteur peut lire cet " ultimatum "
d’un célèbre journaliste assistant à huit (8) de
ses aînés " célèbres et arrogants "
(sic). Le plaignant a cru devoir saisir sa hiérarchie (CRTV et
MINCOM), les services secrets camerounais et deux cabinets d’avocats
de ce problème.
Cette
démarche jurico-policière fournit des indications sur
sa détermination à poursuivre ses " bourreaux ",
en même qu’il suscite des interrogations sur les raisons profondes
de son extrême fébrilité. Aurait-il réagit
de la même façon si l’on disait qu’il était atteint
de tuberculose, de cancer ou de syphilis ? Sûrement pas. Notre
homme a peur, très peur. Il est effrayé, comme tous les
autres compatriotes, par ce " virus de la honte ",
cette " maladie du siècle " qui ne
laisse aucune chance. Peut-être que son état physique lui
donne des hallucinations : nous savons que, comme l’a si bien affirmé
une prostituée de Kribi au cours d’une enquêté menée
par l’Institut de Recherche et des Etudes de Comportements (IRESCO)
en 1996, " quand on nous présente des images de sidéens
à la télé ce sont toujours des personnes maigres,
chétives et tout ". Il n’est pas exclu que le confrère
soit convaincu avec cette fille de joie que " si je vois un
(...) robuste qui n’a pas l’air maladif, je sais qu’il n’a pas le SIDA.
Il peut avoir d’autres MST, mais pas le SIDA ".
Cette
déclaration traduit parfaitement le déficit d’information
du public. Très peu de Camerounais savent qu’un porteur de VIH
présente toujours des symptômes. Que non! On peut être
infecté par le virus du SIDA et avoir l’air en très bonne
santé. Comme l’on peut présenter des symptômes qui
font penser au SIDA sans pour autant être atteint (maigreur, palus
repétitif, diarrhée continue ...). Le danger est donc
réél, permanent, invisible et insaisissable. C’est la
raison pour laquelle une extrême prudence est conseillée
à celles ou à ceux qui veulent se mettre complètement
à l’abri.
Malheureusement,
cette prudence est largement influencée par un certain nombre
de facteurs socioculturels. L’utilisation du préservatif est
sujette à caution: soit parce qu’il est gênant et/ou diminue
le plaisir ", soit parce qu’il est difficile à utiliser,
soit parce que " ça reste très souvent dans
le vagin après l’éjaculation du partenaire masculin ",
soit parce que " ça contient des substances qui irrite
le vagin ", etc. A ces difficultés s’ajoutent les persenteurs
psychologiques qu’il faut absolument surmonter pour se procurer un préservatif
- on éprouve une honte à l’acheter au vu et au su d’un
tièrs -; la réticence de certaines partenaires à
utiliser le condom, la peur d’une mauvaise interprétation (doute
sur la moralité et manque de confiance) du partenaire en cas
d’exigence des rapports sexuels protégés, etc.
Toutefois,
une bonne une frange par un certain de la population reste vraiment
méfiante : " Je crois qu’on devrait toujours utiliser
le préservatif chaque fois que l’on a un rapport sexeul (...)
parce que l’on ne peut pas préjuger de l’état de santé
de son partenaire " ou " parce que la confiance
n’exlut pas la méfiance " ou encore " si
l’on doute du partenaire ". Cette catégorie a certainément
une perception plus élevée du risque d’infection par le
VIH/SIDA. Cette perception est liée soit à l’influence
de l’éducation - formelle ou informelle -, aux antécidents
médicaux où à la connaissance des expériences
des tiers: " le SIDA existe parce que notre cousine infirmière
nous en parle très souvent "; ma meilleure amie est
morte de SIDA. Je ne veux pas être la prochaine victime ".
Plusieurs
autres Camerounais cultivent une indifférence totale face à
cette maladie. Selon des observateurs et/ou des chercheurs, cette situation
est due à l’ignorance ou la naïveté, à l’insuffisance
ou à la non pertinence des informations en la matière,
et, pourquoi pas, au fatalisme transformé en vison personnelle
de la vie. Certains ignorent jusqu’à l’existence et les modes
de contamination du SIDA. D’autres se montrent répulsifs aux
campagnes de sensibilisation. Ceux-ci ne croient pas à l’existence
du fléau ou en émettent quelques doutes. Toute mobilisation
autour participerait d’une " stratégie de promotion
de l’utilisation des préservatifs pour des fins purement mercantiles,
pour des fins de limitation des naissances dans les pays à la
démographie galopante, ou tout simplement pour " décourager
es amoureux ". L’on a tendance à croire ici que les
images des adultes ou d’occidentaux - soi disant infectés - diffusées
sur les écrans de télévision sont des " histoires "
ou des " affaires de blancs ".
Au-delà
de la polémique que l’on peut entretenir autour de cette pandémie,
il y a lieu de relever l’ampleur de la tâche du gouvernement camerounais
et de l’ensemble des parties prenantes à la lutte contre le SIDA.
La solution passe nécessairement par l’adoption et l’application
rigoureuse d’un plan stratégique capable de vaincre les réticences
et de convaincre les plus sceptiques des effets désastreux du
VIH. Les actions à travers les médias ou au niveau global
ne suffisent pas. Il faut développer de nouvelles approches adaptées
aux contraintes sociales, culturelles et économiques.
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La
parole un spécialiste :
Jean Jacques Akamba, Biologiste des Hôpitaux, Epidémologiste