L'AFRIQUE ET LE SIDA
Les chiffres
sont effrayants. Un peu plus de 34 millions d'adultes et d'enfants étaient
porteurs du VIH/SIDA à travers le monde. 94% environ d'entre
eux vivent dans les pays en développement: près de 25
millions en Afrique Subsaharienne (soit 74% du total mondial). Soit
une augmentation de 6 millions an quatre ans (ils étaient 19
millions en 1996. Les taux d'infection par le VIH nouvellement acquise
en Afrique est plus élevé chez les jeunes hommes et les
jeunes femmes âges de 15 a 24 ans. Des enfants nés porteurs
du VIH dans le monde, plus de 90% sont nés en Afrique noire.
La plupart de ces enfants développent le Sida et meurent au bout
de quelques années. Aujourd'hui, ces chiffres sont restés
sur un plateau, ont augmenté de moitié ou ont tout simplement
doublé selon les régions et/ou les pays.
Trois zones géographiques
-où on recense presque 90% de porteurs du VIH- peuvent être
retenues : l'Afrique Centrale et de l'Est avec 37% de tous les cas d'infection
actuels sur le continent (Cameroun, Ethiopie, Rwanda, Soudan, Ouganda
et RDC) ; l'Afrique Australe, avec un nombre similaire de cas (Bostwana,
Malawi, Mozambique, Afrique du Sud, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe); enfin
l'Afrique de l'Ouest avec 15% (Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Ghana,
Nigéria). Dans certains pays (Afrique Centrale et de l'Ouest),
les épidémies de VIH traversent une phase intermédiaire,
pendant laquelle entre 1 et 10% de femmes fréquentant les centres
de grossesse en milieu urbain sont séropositives. Si quelques
pays ont encore un taux de prévalence du VIH relativement bas,
il faut dire que ces taux augmentent à un rythme exponentiel
au Cameroun et au Nigéria, deux pays qui, au début de
la pandémie, étaient relativement épargnés
.
La fréquence
des maladies sexuellement transmissibles (MST) encourage les infections
concomitantes par le VIH pour deux principales raisons. Primo : le VIH
et certains MST ont des modes de contamination similaires. Secundo:
les MST constituent une porte d'entrée propice au VIH. Comme
les MST, la transmission du VIH/SIDA chez les jeunes et les adultes
est surtout consécutives aux contacts hétérosexuels
: plus de 85% de prostituées de Nairobi sont atteintes. Les femmes
en période d'activité génitale et les enfants continuent
d'être les principales victimes de la propagation du VIH par transfusion
sanguine. Selon des chercheurs, les jeunes femmes présentent
un risque anormalement plus élevé de contracter précocement
le VIH. Et pour cause: l'âge d'initiation sexuelle est de plus
en plus jeune chez les filles (15 ans en moyenne) et la tendance des
jeunes femmes à avoir des rapports avec des hommes plus âgés
dans le cadre du mariage ou en échange d'argent ou d'autres avantages
en nature. Des étude récentes dans plusieurs populations
africains ont révélé que " la probabilité
que les filles de 15 à 19 ans soient séropositives était
de cinq à six fois plus grande que chez les garçons du
même âge " (ONUSIDA, 1999, Le point sur l'épidémie
de SIDA).
Au départ,
les citadins et ruraux établis le long des principaux axes routiers
étaient les premières à être affectés.
Actuellement, les centres urbains et de commerce affichent une prévalence
nettement plus élevée que les zones rurales. Les bouleversements
politiques, sociaux et démographiques majeurs, qui ont secoués
l'Afrique noire en cette fin de millénaire, ont provoqué
de grands déplacements des populations, des vagues successives
de migration et une urbanisation rapide et incontrôlée.
Autrement dit, " l'amélioration des systèmes de transport
et de communication, le développement des échanges et
la création de programme de développement à grande
échelle ont stimulé le mouvement de jeunes hommes et de
jeunes femmes à l'intérieur et au-delà des frontières
nationales. Les conflits ouverts, les catastrophes écologiques
ou naturelles, les guerres larvées ont également forcé
des millions d'Africains à abandonner leur domicile et dans certains
cas, à se tourner vers des moyens de survie comportant des pratiques
sexuelles à haut risque. Les conséquences des troubles
politiques et civils et les déplacements de population qu'ils
entraînent ont provoqué une augmentation de la propagation
du VIH " (Colloque de Vancouver, 7.12 Juillet 1996). C'est le cas
en Ethopie au Mozambique, au Rwanda, au Liberia ...
Il est impératif
pour les gouvernements d'imposer une étude d'impact potentiel
de tout projet de développement économique (construction
des grandes voies routières ou ferroviaires, de barrages et création
de nouvelles industries ou de nouveaux projets agricoles ...) sur la
vulnérabilité de la main d'oeuvre et de la population
riveraines vis-à-vis de l'infection par le VIH/SIDA et d'autres
MST. Les mesures susceptibles de réduire cet impact doivent absolument
être prises en compte: réduction du déséquilibre
entre les sexes au sein de la main d'oeuvre, en facilitant le regroupement
familial ou en favorisant les contacts réguliers entre les ouvrir
et leurs épouses vivant au loin ; intégration des programmes
de prévention des MST/SIDA dans tout programme de développement
; etc.
Compte tenu du
fait que les centres hospitaliers du pays durement touchés sont
submergés (80% des lits d'un centre de maladies infectieuses
d'Abidjan et 50% des lits d'un hôpital de Kampala sont occupés
par des patients infectés), compte tenu également du fait
que les épidémies du VIH " vont créer une
encoche dans la pyramide d'âge au niveau des adultes jeunes qui
fournissent l'essentiel de l'effort de développement social et
économique ", il semble extrêmement urgent d'élaborer
et d'appliquer des stratégies rigoureuses d'intervention en Afrique
subsaharienne. Certes des changements positifs été observés
ces derniers temps dans la prévalence du VIH. Toutefois, en l'absence
de données comportementales, sociologiques et contextuelles fiables,
ils serait prématuré d'attribuer la responsabilité
de cette évolution à des efforts spécifiques de
programmes. Surtout lorsqu'on sait que cette partie du monde reçoit
seulement 200 millions (soit 13%) des 1500 millions de dollars US que
l'on dépense par an pour la prévention du SIDA, alors
qu'elle abrite les ¾ des personnes vivant avec le VIH/SIDA sur
la terre.
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Jean Jacques Akamba, Biologiste des Hôpitaux, Epidémologiste