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Dossier :

 

CAMEROUN : Inceste et viol font leur lit chez nous…


N. M. Flavienne
Une fois de plus, l'étau de la violence s'est refermé sur la petite N.M. fl âgée de 10 ans, victime d'un viol. Le cas d'espèce est encore plus poignant quand on réalise que la petite M. fl est handicapée psycho-moteur (trouble de la parole, trouble de vue, retard mental).

C'est sa grande sœur, S.N.N. qui découvre le pot aux roses après que sa petite sœur ait été reçue et examinée à l'hôpital militaire de Yaoundé, par le pédiatre Dr NDZANA Anne Christine.

 

Selon le certificat médical signé le 26 Juin 2000, ce médecin atteste que la petite présente les signes ci-après : hymen perforé; saignement vaginal; douleur pelvienne ; douleur à la miction. Elle déclare le viol effectif, et le situe à la date probable de la nuit du 20 au 21 Juin 2000.

En effet, depuis cette date, jusqu'à l'admission de l'enfant dans les services de pédiatrie de l'Hôpital, son père N. P. a disparu du domicile familial. Il reste le présumé coupable n°1 dans cette affaire. Ceci d'autant plus que la plaignante S. N.N. déclare avoir été la victime du Sieur N. globalement, mari de sa mère dont les frasques libidineuses sont connues dans la famille. Mais à l'époque, la loi du silence devait régner.

Aujourd'hui, elle a décidé que sa petite sœur handicapée ne sera pas l'exécutoire des refoulements de son père. La justice a été saisie à travers une plainte adressée au procureur Général de la République auprès des tribunaux d'instance de Yaoundé. Ces agissements relèvent du viol, de l'inceste et de la pédophilie.

A ce jour, Sieur N. a été retrouvé et mis sous mandat de dépôt à la prison centrale de Kodengui. S. N.N. fait l'objet d'intimidations diverses. Elle a eu le courage d'en appeler à toutes les Associations et Ong de défense des Droits de la femme et des enfants à travers une lettre ouverte. Elle a le mérite de réclamer la justice pour sa sœur et le respect du corps de la femme.

Le cas de M. fl n'est pas isolé. De plus en plus, il n'y a pas de mois où un journal ne rapporte des faits ou des cas liés au viol et à l'inceste sur les petites filles. Certains ont fait l'objet d'une mobilisation médiatisée. L'on se souvient encore de l'oncle qui viola de manière révoltante ses trois nièces à Biyem-Assi; cet autre repris de justice que le tribunal a condamné à perpétuité pour avoir violé sa propre fille de 13 ans à Douala il y a quelques semaines seulement.

Ces méfaits sont perpétrés au sein de la famille. Le père, l'oncle, les cousins, les frères, le personnel de maison et même le grand-père. Le phénomène prend une telle ampleur qu'il doit faire l'objet d'une mobilisation nationale.

Il ne s'agit plus seulement de punir les fauteurs, mais de procéder à une thérapie collective. Parce que la société camerounaise est malade ; elle doit retrouver ses repères au lieu de cultiver des errements perfides qui dénotent d'une fragilisation du socle familial.

De toutes les déviations, l'inceste est celle qui est la moins tolérée par toutes les sociétés. On ne peut pas affirmer qu'elle puise ses sources dans nos cultures.

Le mal est si grave, le préjudice psycho-social si important, les séquelles si profondes qu'une concertation nationale avec tous les acteurs sociaux (parents, éducateurs, religieux, sociologues, politologues, philosophes, scientifiques et autres) s'impose et devrait aboutir à des actions qui réhabilitent le toit familial comme refuge pour chacun des membres, havre de paix pour tous. Si la maison n'est plus cet endroit douillet et sécurisant pour les enfants alors, ne soyons pas surpris que beaucoup préfèrent la rue et la drogue.

En reconnaissant que le viol est un crime, que l'inceste est inadmissible, la société devrait mettre en place des structures de protection.

Il s'agirait par exemple de :
1- Renforcer la police des mœurs en instaurant des brigades spécialisées dans la lutte contre les viols et abus sur les enfants (ce n'est pas une vue de l'esprit).
2- N'accorder aucune remise de peine, même pour bonne conduite, aux inculpés pour ces motifs.
3- Circonscrire le phénomène en mettant en place une banque de données, en identifiant les causes et les foyers les plus vulnérables.
4- Former des thérapeutes spécialisés dans la prise en charge des familles touchées, des auteurs et des victimes.
5- Assurer la prise en charge des victimes et des familles.
6- Instaurer des commissions spéciales pour le suivi de l'évolution du phénomène.

Plus précisément, les organisations pourraient :
- Instaurer des numéros verts auxquels les enfants pourraient recourir en cas de menaces.
- Créer des centres d'accueil subventionnés avec des encadreurs spécialisés.
- Mener une réflexion sur la possibilité de sa constitution en partie civile dans les cas nécessaires.

Les parents pourraient :
- S'organiser en comité dans les quartiers et travailler avec des assistants sociaux.
- Etre formés pour détecter des troubles de comportement chez des enfants et des membres de famille.

Je crois qu'il est encore temps de faire quelque chose. Toutes ces propositions sont indicatives et tentent seulement de répondre à nos angoisses communes, afin que notre société ne bascule pas dans une déchéance sans fond.

M. fl ne mérite pas son sort. Elle a déjà été privée dès sa naissance de certaines de ses facultés et surtout de celle de la parole.

Elle n'a pas pu séduire son père ! ! ! Il faut faire quelque chose pour elle, afin d'adoucir son sort qui déjà n'est pas enviable. Chacun dans la mesure de ses moyens.

Que UNICEF, Plan International, Save the Children, Kinderdorf et toutes les associations nationales et internationales prennent leurs responsabilités en dénonçant ces agissements et que le Gouvernement camerounais appelle une concertation nationale sur les violences domestiques sur les enfants, et en particulier sur l'inceste et le viol des filles. En publiant cet article et ces images, notre souhait est de voir le débat s'engager sur ces questions et des mesures prises.

Des photos tristes :
La victime examinée L'atrocité

Nous ne ferons pas le lit de l'inceste et du viol au Cameroun. Si vous pensez comme nous, nous attendons vos réactions et surtout vos contributions aux adresses suivantes:

Gender Lenses
Tél /Fax : (237) 21.71.35
e-mail : genlen@sdncmr.undp.org

Julienne TSANGUEU-SEPPOU
Gender Lenses

 


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