COOPERATIONDOSSIERECOLOGIEECONOMIE DURABLEDROITS DE L'HOMMEPIPELINEFORET
L'espace de communication des acteurs du développement

Dossier :

 


La gestion des conflits entre les gestionnaires de la 
réserve du dja et les population de l'enclave de nyabizou :

les couloirs de migration

 

Depuis bientôt une décennie, les aires protégées sont le théâtre d 'une approche expérimentale tout à fait exceptionnelle : la gestion participative aux contours juridiques, pas toujours bien définie.

De ce fait, la gestion des aires protégées se présente essentiellement comme une gestion des conflits parfois complexes. Essayer de dresser une typologie des conflits rencontrés dans la réserve de biosphère du Dja n 'est pas une chose aisée parce que cela fait appel à une complexité de paramètres parmi lesquels les non-dits tiennent une place importante.

La liste des conflits majeurs ci-dessous mentionnée n 'est pas exhaustive. Le cas de l'enclave de Nyabizou n 'est pas unique dans le secteur Ouest de la Réserve du Dja qui est un secteur assez difficile.

Quelques-uns des conflits majeurs dans le secteur Ouest de la Réserve de Biosphère du Dja

Les conflits fonciers

Les finages villageois autres que les villages sont le théâtre de ce conflit qui oppose le projet de conservation, gestionnaire de la Réserve du Dja, aux populations riveraines. L 'idée même de délimitation des enclaves apparaît comme restrictive aux yeux des autochtones et parce que qu 'il faut se battre contre le gestionnaire de la réserve, la forêt change de "statut", elle cesse ainsi d 'être considérée comme la propriété de l 'Etat et est revendiquée par les populations désireuses d 'élever les enchères. Par ailleurs, ceci ramène au conflit légalité/légitimité. 

Les conflits liés au contrôle de l 'accès aux ressources autres que le foncier

Ce sont essentiellement les ressources fauniques. Ce conflit pose à la fois le problème du degré d 'implication des populations dans la gestion participative que l 'on veut mettre sur pied et celui des statuts et rôle des comités de vigilance, véritable milice en veilleuse qui sont des émanations des populations. Si les populations reconnaissent que leurs comités ne peuvent que venir en appui à l 'action des agents de la structure de gestion, il n 'en demeure pas moins qu 'elles exigent une certaine protection proportionnelle à leur degré d 'implication.

Le conflit "élite (locale et extérieure) / projet de conservation"

Les gestionnaires de la Réserve et Elites sont en plein conflit d 'hégémonie et de pouvoir qu 'ils exercent sur les populations. Chacun veut en même temps conserver sa liberté d 'accéder aux ressources. Les élites constituent un véritable groupe de pression capable de freiner l 'action d 'un projet de conservation à cause de grands moyens matériels et financiers dont elles disposent. Les élites locales ont pour mission, entre autre, de surveiller sur place toute l 'action des conservateurs afin d 'en informer les élites extérieures.

Les conflits "agriculture / Conservation"

Un des corollaires de ce conflit est le problème de déprédation des cultures par des animaux appartenant souvent à des espèces protégées, donc intouchables.

Le conflit "spécialistes en sciences humaines / projet de conservation"

Les premiers se plaignent de n 'être qu 'un label, une carte de visite pour des projets désireux de satisfaire leurs bailleurs de fonds.

Ils décrient l 'absence de prise en compte de l 'homme dans la conservation et le peu de moyens mis à la disposition de ceux qui travaillent dans le milieu humain. Les gestionnaires de la réserve reprochent aux spécialistes en sciences humaines de devenir des porte-parole, des avocats des populations et de vouloir transformer des projets de conservation en ONG de développement pour répondre aux attentes des populations. Certains les accusent même de monter les riverains contre la structure de gestion.

Le conflit "hommes / femmes"

C 'est une situation des plus complexes. La femme souffre d 'une certaine invisibilité qui fait que dans les rapports projet/populations, le genre n 'est pas toujours pris en compte. Elle est englobée sous le vocable populations locales, ce qui dilue sa spécifié alors qu 'elle pèse lourdement, quoique indirectement sur le centre de décision des hommes et à une large part de responsabilité dans la pression anthropique sur les ressources fauniques. 

Le conflit à la gestion des couloirs de migration ou la gestion de l 'éléphant

Ce conflit apparaît en filigrane dans les conflits suscités, mais il va au-delà du contrôle de l 'accès aux ressources. Ce conflit sera illustré par l 'exemple de l 'enclave de Nyabizou, un village du secteur Ouest de la Réserve du Dja, dans la région de Bengbis.

L 'enclave de Nyabizou (à ne pas confondre avec un autre village du même nom). Ce village de plus de 150 habitants est situé à l 'intérieur de la réserve du Dja, secteur Ouest, à 2 km de la traversée de Mekin par Bengbis. Nyabizou est construit sur une bretelle partant de la route difficilement carrossable reliant Bengbis à Mekas. A partir de Bissombo, l 'on a une piste, un sentier de forêt jonché de troncs d 'arbre et autres obstacles. Elle n 'est pas du tout carrossable, même pas pour les engins à deux roues.

Les habitants sont des essarteurs traditionnels, mais aussi de très grands chasseurs spécialisés dans la chasse à l 'éléphant ; l 'isolement par rapport aux axes routiers et les facilités d 'écoulement par le Dja aidant.

L 'autre particularité de ce village est de ses finages c 'est une forte concentration de couloirs de migration des pachydermes, l 'une des plus forte de toute la réserve du Dja. Ceci s 'explique en partie par la présence de grands marécages à la source de la rivière Sable. Ces couloirs qui traversent la localité de l 'intérieur de la réserve vers l 'extérieur ne sont pas statiques, ils oscillent de gauche à droite et vice versa, au gré de la pluviosité, de caprices des éléphants etc & Les espaces cultivables disputent l 'espace aux couloirs des éléphants très fréquentés pendant les voyages vitaux, d 'où de nombreuses plaintes verbales à propos de déprédation des cultures adressées au gestionnaire de la réserve.

Après les promesses faites par le premier Chef de Composante de l 'organe de gestion lors de sa toute première descente sur le terrain, promesses concernant la mise sur pied d 'alternatives à la chasse etc & et jamais réalisées, les populations de Nyabizou sont devenues hostiles au projet de conservation. L 'idée de négociation en vue d 'une gestion conjointe de la réserve, initiée par la nouvelle équipe a eu beaucoup de mal à s 'imposer dans les esprits.

Après me déploiement des équipes de facilitation, (médiation) pendant quatre mois sur le terrain d 'août à Novembre 1998, les populations ont enfin accepté de se préparer à une négociation avec la structure de gestion de la réserve du Dja.

Leurs doléances portaient notamment sur le désenclavement du village par la construction d 'une route carrossable, la recherche d 'une solution durable aux problèmes de déprédation des cultures par les éléphants, la contribution des populations de Nyabizou à la cogestion de la réserve ; contrôle de l 'accès aux ressources par réhabilitation des comités de vigilance devant participer activement à la lutte anti braconnage. Il faut signaler que ces comités de vigilance ont vu le jour dans le secteur Ouest à la faveur du vent du multipartisme qui a secoué le pays au début des années 1990. Il fallait selon l 'expression consacrée à l 'époque, "barrer la route aux partis de l 'opposition". Des jeunes gens se mettaient spontanément ensemble pour surveiller la réserve. Par extension, il s 'est agit de barrer la route à tous ceux qui venaient chasser dans l 'enclave sans l 'autorisation de ses habitants.

La logique villageoise voulait que les deux structures (le gestionnaire et le comité de vigilance) travaillent ensemble puisque ce dernier contrôlait le braconnage avant même l 'arrivée du projet de conservation dans la réserve du Dja.

Lors d 'une réunion de restitution qui s 'était tenue à Nkol-Mbembe le 30 septembre 1998 à 15 km de Nyabizou), au cours de laquelle les facilitateurs devaient restituer la première étape de leur travail et permettre aux populations de soumettre leurs doléances de vive voix aux responsables du projet. Les mêmes doléances étaient revenues avec plus de précisions, à savoir :

  • Construire une route en terre carrossable reliant Nyabizou au reste du réseau et au Dja ;
  • Armer les membres du comité de vigilance et assurer leur protection ;
  • Etudier la possibilité de chasser les éléphants en utilisant des pièges à trappe comme autrefois ; la capture d 'un éléphant, ses barrissements pendant sa lente agonie visant à éloigner le reste du troupeau de manière durable.

  •  

     

Pour le projet, tout cela était difficile à accepter, la route seule méritait réflexion. La réaction des populations ne se fit pas attendre. Beaucoup de questions transformèrent la réunion en vaste palabre. Une femme posa la question de savoir qui de l 'homme ou de l 'animal était le plus important et qui devait dédommager les plantations dévastées. Il lui fût répondu que c 'était l 'animal à cause des retombées financières issues du tourisme. Une autre préoccupation exprimée auprès du projet : s 'il était possible de déplacer les populations et les dédommager au lieu de laisser les animaux les chasser de la réserve sans contrepartie.

La réunion se termina en queue de poisson et le climat hostile qui prévalut dans le secteur Ouest poussa tout le Canton à se mobiliser derrière son Chef comme un seul homme. Une réunion de concertation s 'imposait. Ladite réunion eut lieu le 04 novembre 1998dddddd. Un comité dénommé "Comité de réflexion" pour la route ayant pour devise "pas de route, pas de zonage" ut mis sur pied. Les populations de Nyabizou avaient assisté à cette réunion à 20 km de leur village.

Dès l 'annonce de cette résolution, des élites extérieures de la zone surprises qu 'on puise décider à la base sans elles mirent tout en Suvre pour bloquer le processus. Les nouvelles circulent vite à l 'intérieur de la réserve, les populations de l 'enclave de Nyabizou et tout le canton apprirent qu 'il n 'était pas possible qu 'une route soit construite à l 'intérieur d 'une réserve. Elle clamèrent qu 'elles avaient été dupées,; trahies, arnaquées et que la négociation n 'était qu 'une mascarade pour les exproprier sans les dédommager, pour laisser les éléphants dévaster leurs plantations sans proposer de solution et aussi qu 'aucune de leurs doléances n 'ayant été prise en compte, il n 'était pas question qu 'elles acceptent une quelconque restriction de la part du gestionnaire de la réserve.

Lorsqu 'elles apprirent que le personnel de répression du gestionnaire était à Djoum pour un service militaire d 'un mois au centre d 'instruction de l 'armée camerounaise, les populations de Nyabizou firent savoir à tous ceux qui travaillent pour le compte du projet que puisque de l 'autre côté on formait des gardes pour la lutte anti-braconnage, elles aussi allaient se réunir à leur tour, sous la bannière du comité de vigilance pour préparer la guerre. Après avoir mis les uns et les autres en garde, ils affirmèrent hommes comme femmes, qu 'ils avaient déjà tué un garde chasse jadis et que la prochaine victime serait un écogarde. Tuer pour eux ce n 'était rien.

"Nous ne tuerons plus seulement pour protéger nos cultures ; un éléphant mort rapporte plus que le cacao ; et c 'est moins pénible". Depuis lors les populations de Nyabizou sont plus hostiles que jamais au projet de cogestion et manifestent leur sympathie au mouvement des élites qui a bloqué le processus de négociation pendant cinq mois de juin à septembre 1999, avec incarcération de quatre écogardes.

La réflexion sur la gestion des couloirs de migration et inscrite à l 'ordre du jour des préoccupations du gestionnaire, mais une solution viable et acceptable n 'a pas encore été trouvée à ce jour.


Archives

L'environnement c'est aussi :
Désertification | Forêt | Pipeline

Tout le développement durable en quatre points :
Ecologie | Economie durable | Coopération | Droits de l'homme
Accueil Développement Durable


Toujours sur Wagne :
Annuaire Professionnel | Wagne | Nos sites réalisés


© WAGNE: Find the african NGO's and companies by www.wagne.net E-mail : wagne@wagne.net