Communiqué final
Du 18 au 25 Juillet s’est tenue à
l’Institut catholique de Yaoundé , l’Assemblée
plénière de l’Association des Conférences
Episcopales de la Région d’Afrique centrale (ACERAC). Les
travaux de cette assemblée ont porté sur le thème
: « Sécurité, Droits humains et paix dans
la région d’Afrique centrale ». A cette occasion,
les évêques venus du Cameroun, de la Centrafrique
du Congo , du Gabon, de la Guinée Equatoriale et du Tchad
ont analysé la situation socio-politique de leurs pays
respectifs à la lumière de l’Evangile. Ils ont mis
en évidence des signes d’espoir, mais ont reconnu
la gravité de la crise multiforme qui traverse la Région.
Signes d’espoir
Les Evêques sont conscients de leur
mission d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ :
« Allez donc : de toutes les nations faites des disciples,
… Leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit
» ( MT 28, 19-20a), se félicitent qu’au nom de leur
foi, les chrétiens s’investissent de plus en plus dans
la promotion de la dignité humaine, et dans les actions
en faveur de la paix et de la réconciliation. Le travail
des commissions « Justice et Paix » , les initiatives
œcuméniques et interreligieuses en témoignent.
Ils notent avec satisfaction le comportement de nombreux citoyens
qui manifestent un esprit de service dans leur secteur d'activité,
des petites avancées dans le processus démocratique,
des efforts de concertation et des regroupements économiques
et politiques des pays de la Région. A ce titre, ils saluent
la création de la Communauté Economique et Monétaire
d'Afrique Centrale (CEMAC), ainsi que le Conseil de paix et de
Sécurité de l'Afrique Centrale (COPAX).
Toutes ces initiatives démontrent qu'une amélioration
des conditions de vie de nos concitoyens est possible et qu'il
est nécessaire de transcender nos différences pour
construire une Afrique plus prospère. Les Evêques
encouragent de tels efforts et implorent la bénédiction
divine sur tous ceux qui travaillent à l'épanouissement
de tout homme et de tout l'homme.
Une région en crise
Les Evêques constatent cependant que
les six pays de la Région, à des degrés divers,
sont affaiblis dans leurs efforts par des comportements contraires
à la dignité humaine et à l'éthique
chrétienne.
Ainsi, ils déplorent au sein de l'église
- le comportement de certains chrétiens qui se rendent
complices des situations d'insécurité, d'injustice
et de corruption
- le retard de certains diocèses dans la création
des commissions « justice et paix » et des structures
de dialogue et de concertation à tous les niveaux demandés
par le Pape Jean Paul II dans l’Exhortation Apostolique post-synodale
Ecclésia in Africa (n°65, 106§3) ;
Par ailleurs ils déplorent au sein de la société
:
- l’insécurité économique causée par
la mauvaise gestion et manifestée par la paupérisation
croissante de population ;
- la création des milices privées souvent à
caractère tribal qui deviennent des armées de rébellion.
- l’enrôlement forcé des jeunes qu’on envoie au front
sans formation militaire, sans salaire, souvent drogués
;
- les guerres ouvertes ou latentes qui détruisent et endeuillent
les pays de la Région et font d’innombrables victimes aux
niveaux physique, moral et psychologique ;*
- le recours aux médias pour susciter et attiser les confits
;
- la circulation incontrôlée des armes , qui engendre
la recrudescence des assassinats et climat d’insécurité
et de peur dans nos villes et campagnes ;
- l'absence de garantie suffisante et de protection sûre
des droits fondamentaux de la personne et de la famille;
- des violations flagrantes de la loi et la généralisation
de la corruption encouragées par l'impunité dont
jouissent certains coupables;
- l'attitude fataliste qui conduit le peuple à la résignation
et conforte certains gouvernants dans leur abus
- la fragilisation de la société civile qui, malgré
une vitalité certaine, est souvent déchirée
par des tendances régionalistes et un manque de visée
et d'organisation nationales;
- le manque de conscience professionnelle et morale
de certains magistrats qui faussent le cours de la justice et
trompent la confiance des pauvres;
- la pression économique des pays du Nord qui accentue
la misère sociale ainsi que leur caution à des gouvernements
responsables de mauvaises gestion et coupables d'atteinte aux
Droits de l'homme;
- le poids écrasant de la dette intérieure
et surtout extérieure qui situe tous nos pays parmi les
plus pauvres et les plus endettés du monde.
Résolutions
Face à toutes ces situations qui portent atteinte
à la dignité humaine et ternissent l’image de Dieu
en l’homme les Evêques de la Région d’Afrique centrale
s'engagent :
- A continuer à jouer pleinement leur rôle prophétique
en annonçant l’Evangile de l’amour, de la paix et
de la justice, en dénonçant les cas de violation
de la dignité humaine. Ils appellent leurs concitoyens
à la conversion, au dialogue, au pardon mutuel et
à la réconciliation ;
- A soutenir constamment l’action des commissions Justice et Paix
là où elle existent, à en créer à
tous les niveaux (diocésains et paroissiaux) ;
- A accentuer l’éducation du peuple chrétien, afin
que les fidèles laïcs, sel de la terre et lumière
du monde (MT 5 , 13-14) soient la présence vivante du christ
dans les lieux où se décide et se grée le
destin des pays de Région ;
- A donner l’exemple de la bonne gouvernance en mettant en place
toutes les structures de dialogue et de concertation prévues
pas le droit ecclésiastique pour une gestion transparente
et rationnelle du patrimoine et du personnel diocésain,
;
- A s’encourager et se soutenir fraternellement dans les épreuves
;
- A se tenir concrètement prêts, pour que s'ils sont
sollicités sincèrement, ils puissent favoriser les
médiations et les réconciliations;
- a susciter une collaboration de l'ACERAC avec les Conférences
épiscopales du Nord en vue d'une action auprès des
puissances mondiales en faveur d'un renouvellement des rapports
économiques et politiques;
- Tout en remerciant le groupe des (G7) et les organismes financiers
internationaux qui ont écouté l'appel réitéré
du Pape Jean Paul II (TMA n° 51, Ecclésia in
Africa n° 20) pour l'allégement ou l'annulation de
la dette des pays les plus pauvres, les Evêques de l'ACERAC
souhaitent que les études et les échanges se poursuivent
en vue de la remise totale de la dette, selon leur possibilité
et en lien avec Caritas Internationalis, ils s'engagent à
s'impliquer davantage dans ces démarches pour faciliter
et accompagner ce processus libérateur.
Recommandations
Les Evêques de l'Afrique Centrale exhortent
les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté
à l'esprit critique , à la vigilance devant l’instrumentalisation
politique de l’ethnie, et à la mobilisation courageuse
et déterminée contre les structures de péché
qui avilissent la personne humaine.
Ils invitent les leaders d’opinion, les hommes et les femmes politiques,
les magistrats, les députés et tous les agents des
différents secteurs publics et privés de la
Région à se laisser guider par l’esprit de sagesse
de justice, d’amour de vérité et de paix ; à
privilégier l’intérêt collectif par rapport
à l’intérêt individuel ; à servir leur
peuple dans le respect de la justice et du droit, à accentuer
la solidarité nationale et internationale, à poursuivre
inlassablement le dialogue et la collaboration entre les Etats,
à promouvoir la libre circulation et le libre échange
entre les pays de la Région.
Particulièrement touchés par les
souffrances des populations de la République du Congo,
les Evêques lancent un appel pressant aux responsables
politiques de ce pays, ceux au pouvoir, qui sont à l’intérieur
ou à l’extérieur : « Dépassez
vos antagonismes et songez à votre peuple ! Ayez le courage
d’arrêter les souffrances de vos concitoyens ».
Les Evêques de la Région de l’Afrique
centrale, convaincus que de l’effort de chacun peut naître
une Afrique plus juste et plus pacifique, recommandent aux
chrétiens d’invoquer l’Esprit-Saint pour soutenir les efforts
des uns et des autres. Ils demandent à tous les enfants
de la Région d’offrir le pardon et de recevoir la paix
pour entrer dans la dynamique du jubilé de l’An 2 000,
avec tout ce qu’elle implique de conversion personnelle et d’engagement
social. Ils rappellent à tous ces paroles de l'Apôtre
Pierre: << Nous attendons.... des cieux nouveaux et une
terre nouvelle où la justice habite..., dans cette attente
faites efforts pour qu'il vous trouve dans la paix, nets et irréprochables.>>
(II Pi 3, 13-14).
Fait à Yaoundé, le 24 juillet
1999
Pour les Evêques de L’ACERAC,
Mgr Anatole Milandou
Evêque de Kinkala,
Président de l’ACERAC
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