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CAPITALISER EN BOURSE LA FORET TROPICALE


Grâce à la présence du Prince Philip, Duc d’Edimbourg et président honoraire du Fonds Mondial pour la Nature (WWF), le sommet de Yaoundé laisse l’impression qu’on vient d’insuffler une bouffée d’éthique dans la gestion de la forêt tropicale. La réalité est que, la forêt tropicale sera soumise, à court terme, à de nouvelles normes d’exploitation qui privilégient la concurrence dans l’attribution des concessions forestières. La mondialisation de l’économie et la déréglementation vont ainsi atteindre un des derniers sanctuaires de l’humanité. C’est le triomphe de l’écologie de marché.

La déclaration de Yaoundé qui reprend pour l’essentiel, les propositions faites par l’Union européenne énonce quelques principes généraux qui ne donnent pas la mesure des réformes à venir sur la vie des forêts tropicales. L’ambassadeur d’Allemagne au Cameroun, M. Klaus Holderbaun qui présentait la contribution de l’Union européenne, a rappelé aux chefs d’Etat d’Afrique centrale cet enjeu en déclarant dans son discours qu’il est nécessaire de " ne pas perdre de vue les évolution économiques, souvent guidées par un ensemble de facteurs intérieurs et extérieurs à la région, qu’il s’agira d’affronter solidairement par des concepts et des stratégies déterminés... " C’est que, l’exploitation des forêts sera désormais marquée, par des normes de gestion à expérimenter sur des concessions pilotes. La mise en cohérence de la nouvelle législation sera assurée par le fonds mondial pour la nature qui jouera le rôle de gardien des forêts, grâce à un contrat de service. Ce sont les Etats d’Afrique centrale qui cofinanceront cette expertise. Il est demandé à WWF, d’établir par la négociation " l’équilibre entre les besoins socio-économiques des populations, les intérêts des opérateurs économiques et les exigences d’une conservation pérenne des ressources biologiques de la région ". Les pays d’Afrique centrale sont quant à eux, appelés à appliquer de façon rigoureuse les règles de jeu à convenir… Tels sont les véritables enjeux du sommet de Yaoundé.

L’accroissement de la demande du bois sur le plan mondial, sera ainsi régulé par le jeu du marché, sous le contrôle de la puissance morale que se veut WWF. Par la déclaration de Yaoundé, la mondialisation se donne un visage humain. A la grande satisfaction de l’Union européenne et des autres créanciers du Cameroun qui n’ont pas enlevé à la forêt tropicale son statut de ressource économique de grande importance dans la stratégie de recouvrement de la dette.

La Banque mondiale, la Banque africaine de développement et la Commission européenne, auprès de qui, les pays d’Afrique centrale se sont endettés, ont été associés à la formulation de cette nouvelle démarche qui rythmera la coopération dans les prochaines années. Dans l’aide-mémoire préparé à l’attention du gouvernement camerounais, l’Union européenne relève que : " de même que le respect des droits de l’homme ou la démocratisation de la vie publique, la gestion durable de l’environnement devient un critère pour l’opinion publique internationale, pour les Etats et pour les organisations non-gouvernementales dans l’orientation de leur politique de coopération ".

Les pays de la sous-région, face à cette pressions sibylline ont accepté de remettre l’avenir des forêts d’Afrique centrale entre les mains d’un nouvel arbitre. Le nouveau gestionnaire (WWF) mènera son action " dans la ligne des engagements internationaux souscrits par des pays d’Afrique centrale ". Ces engagements sont à la fois moraux et économiques. Il s’agit de l’agenda 21 adopté au sommet de la Terre à Rio et des plans d’ajustement structurels conclu avec le FMI et la Banque mondiale. La déclaration de Yaoundé épouse en somme, la philosophie dénoncée par le prix Nobel d’Economie 1998, qui suggère qu’il faut mettre une pincée d’éthique dans les nouveaux rouages du marché néo-libéral. Une question essentielle cependant placée en bourse, l’exploitation de la forêt tropicale profitera-t-elle enfin aux populations riveraines ?

Richard TOUNA

Source LE MESSAGER N° 982 DU VENDREDI 19 MARS 1999


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