Campagne Semaines Pascales

Campagne Semaines Pascales 2005

La Caravane de le Campagne Semaine Pascale 2006 à Maroua et à Mokolo

Depuis 1998, la  Campagne Semaines Pascales  mobilise au Cameroun les croyants catholiques, protestants et musulmans ainsi que toute personne de bonne volonté contre un fléau social, sous l'éclairage de la foi.

 

Après l’étape de Bertoua dans l’Est du Cameroun au mois d’août dernier, la Campagne Semaines Pascales a entamé une nouvelle étape de son déploiement sur le territoire national. Du 9 au 13 octobre , Maroua et Mokolo, dans l’Extrême Nord du pays, ont accueilli les activités de cette campagne, selon un vaste programme de rencontres avec les forces vives de la Province : les mouvements des jeunes, les associations des femmes, les autorités traditionnelles et religieuses ainsi que les pouvoirs politiques et administratifs.
 
Animées par le Pasteur Jean-Blaise  Kenmogne et le Prof. Kä Mana, ces rencontres ont été l’occasion d’une réflexion profonde et de débats utiles sur le thème même de la campagne : Plaidoyer pour la femme au Cameroun : lutte contre la prostitution infantile, la perversion de la dot et la déshumanisation des pratiques de veuvage.

Une visiteuse de marque pour cette campagne du Nord : Madame Dorien Verbeeck du Développement Afrique de CMC-AMA, une organisation missionnaire catholique basée à la Haye aux Pays-Bas et engagée dans la Campagne Semaines Pascales, depuis que celle-ci se déploie au Cameroun.

 
J.B. Kenmogne(gauche), Kä Mana (droite) et D. Verbeek (centre)
avec les Lamibé de Mokolo et ses environs

Deux accents spécifiques

 

L’étape Maroua-Mokolo de la Campagne Semaines Pascales 2006 a eu une spécificité par rapport aux étapes précédentes de Bertoua, Yaoundé, Douala, Bafoussam, Ebolowa et Bamenda.

Elle a été l’occasion de présenter aux autorités politico-administratives et aux autorités traditionnelles les résultats d’une étude sur les problèmes que posent les pratiques de la dot et les rites de veuvage dans les provinces de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême Nord. Cette étude a été commandée auprès d’une équipe d’experts par le CIPCRE, en vue d’avoir une vision claire de ces problèmes et d’en partager la substance avec les autorités pour une action profonde de transformation des mentalités et des comportements sociaux.

En même temps, l’étape de Maroua-Mokolo a permis aux animateurs de la campagne de mettre le doigt sur une pratique profondément catastrophique pour la condition des femmes dans le Grand Nord : les mariages précoces et leurs conséquences désastreuses au plan social.

 

Une jeunesse consciente des problèmes

Les jeunes de Maroua écoutant attentivement
J.B. Kenmogne et Kä Mana

 

A Maroua comme à Mokolo, la Campagne Semaines Pascales a mobilisé plus de 160 jeunes pour un temps de partagé et de réflexion sur les questions relatives à la prostitution des filles et aux pratiques de la dot et des rites de veuvage.

Il s’agissait avant tout de donner aux jeunes toutes les informations nécessaires sur les circuits actuels de la prostitution : d'une part, les réseaux nationaux tels qu’ils fonctionnent depuis les villages jusque dans les grandes villes et, d'autre part, les réseaux internationaux tels qu’ils sont tissés depuis nos grandes villes jusque dans l’enfer du  proxénétisme  mondial

Le Pasteur Jean-Blaise Kenmogne et le Prof. Kä Mana ont dressé le tableau des circuits et des problèmes de la prostitution pour permettre aux jeunes de rompre avec le mythe de l’eldorado européen ou américain. Ils ont décrit tout ce que l’on peut savoir sur ce qui se passe au Cameroun et en Occident.

Ils ont fourni des statistiques sur la prostitution camerounaise et africaine en Europe, sur la base des données fournies par Madame Amely James Koh Bela lors des étapes précédentes de la campagne à Yaoundé, Douala, Ebolowa et Bafoussam contre le trafic des filles africaines à des fins d'exploitation sexuelle. A partir des informations fournies, un débat avec les jeunes a permis de dégager :
  1. la nécessité de mettre en place des circuits et des réseaux locaux capables de faire un travail d’information, de formation et de conscientisation dans les villages, les quartiers et les villes,  intensivement ;
  2. l’urgence d’une pression permanente dans un plaidoyer auprès des pouvoirs politiques, traditionnels et religieux, afin que toutes les autorités concernées par ce problème se mobilisent et coordonnent leurs actions ;
  3. l’impératif d’un cadre juridique de protection des jeunes contre le fléau de la prostitution et contre le danger des mariages précoces.

Pour mieux faire comprendre ces orientations devant structurer les actions à mener dans le Grand Nord contre la prostitution et les mariages précoces, la réflexion de la CSP à Maroua et Mokoloa a été centrée sur les liens entre ces deux phénomènes. Il a fallu montrer comment les mariages précoces conduisent souvent au divorce et livrent les filles au danger de se retrouver abandonnées et de ne compter que sur la prostitution comme voie de sortie de la galère quotidienne, avec ce que tout cela comporte comme risques et désastres.

Sur ce point, les jeunes ont clairement montré combien ils sont conscients des problèmes et de vouloir que les CSP puissent conscientiser les parents en vue d’un dialogue avec leurs progénitures.

Les questions de dot et de rites de veuvage ont aussi été abordées pour expliquer aux jeunes l’esprit des traditions africaines : la philosophie des liens  entre les familles et  la volonté de ne pas couper l’union entre les vivants et les morts. Aujourd’hui, la marchandisation de la femme et la domination masculine ont vidé les rites de veuvage de leur sens spirituel.
C’est contre ces perversions qu’il faut lutter par une éducation profonde aux significations du mariage et au sens de la mort dans la société africaine. Cette éducation n’est possible que si les valeurs des traditions africaines sont fécondées par les forces des religions qui structurent aujourd’hui l’imaginaire africain : l’Islam et le christianisme

 
Une jeune intervant au cours de la session
Une grande partie du dialogue avec les jeunes  a été ainsi consacrée au sens chrétien et musulman du mariage et de la relation intime avec Dieu.

Des femmes prêtes à s’engager dans la lutte

Environ 80 femmes à Maroua et autant à Mokolo, tel  est l’effectif auquel les animateurs de la CSP se sont adressés dans la rencontre avec les mouvements des femmes.
Le dialogue et les débats ont surtout porté sur les rites de veuvage. A partir des témoignages poignants des participantes, l’inhumanité des rites de veuvage dans certaines tribus du Nord a été stigmatisée de même que les atrocités dliées à la marchandisation de la dot, tout comme la perversité des mariages précoces.
Sur le  chapitre de la prostitution, les participantes ont écouté, effarées, la description des réalités terribles vécues par les camerounaises dans le trafic des femmes et des jeunes filles à l’intérieur du pays comme dans les réseaux du proxénétisme international.

Ce qui a caractérisé les débats avec les mouvements des femmes, c’est l’ardente volonté d’engagement pour transformer en profondeur la condition de la femme camerounaise dans son ensemble. C’est cette condition dans ses dimensions les plus déplorables que révèlent la dépravation de la dot, l’inhumanité des rites de veuvage et la tragédie de la prostitution. La lutte ne doit donc pas s’arrêter à l’identification des symptômes, elle doit aller jusqu’à l’éradication des causes, notamment la misère sociale chronique, les mentalités de dévalorisation des femmes, le despotisme du masculinisme et le déficit d’éducation des filles dans les régions du Grand-Nord.
 
Les femmes de Maroua écoutant attentivement
J.B. Kenmogne et Kä Mana

Des propositions très fertiles ont été enregistrées pour éradiquer les maux qui affectent la condition des femmes :

Une femme de Maroua, exprimant la détermination des mouvements de femmes à s'engager désormais dans le combat.
 
  1. L’investissement massif des mouvements, groupes et associations des femmes dans la lutte contre la prostitution, la perversion du sens de la dot, les mariages précoces et l’inhumanité des rites de veuvage ;
  2. La généralisation de la scolarisation des filles sur l’ensemble du territoire de  la région du Grand-Nord ;
  3. Le plaidoyer auprès des pouvoirs publics pour que la condition des femmes bénéficie d’un cadre de protection juridique et d’une promotion à grande échelle ;
  4. La mobilisation des forces religieuses pour une pastorale de la famille capable de redonner aux parents une véritable autorité dans l’éducation de leurs progénitures.
Sur chacune de leurs propositions, les animateurs de la CSP ont pu partager les résultats des débats des étapes précédentes de nos discussions avec les mouvements de femmes.

 

RESTITUTION DES RESULTATS DE L’ETUDE SUR LA DOT ET LES RITES DE VEUVAGE

Les moments les plus forts de la Campagne Semaines Pascales de Maroua-Mokolo ont été ceux de la restitution publique de l’étude sur la dot et les rites de veuvage dans le Grand Nord. Commandée par le CIPCRE, avec un financement de CORDAID, pour avoir une vision précise de la situation de la femme dans la région, cette étude a été réalisée par un groupe d’experts qui ont étudié les pratiques de la dot et du veuvage dans les tribus les plus importantes des Provinces de l’Adamoua, du Nord et de l’extrême Nord.

L’étude a été d’abord restituée auprès des chefs traditionnels de la région. A Mokolo, une cinquantaine de Chefs Traditionnel ont répondu à l’invitation des organisateurs de la CSP pour partager les résultats de l’étude dans l’enceinte de l’aumônerie catholique. A Maroua, une trentaine de Chefs Traditionnels se sont rassemblés au Lamidat de la ville, c'est-à-dire chez le grand Lamido de Maroua.

Dialogue avec les Chefs Traditionnels

En tant que représentants des valeurs traditionnelles de l’Afrique et fidèles musulmans pour la plupart, les Chefs Traditionnels de la région de Mokolo ont écouté le Pasteur Jean-Blaise Kenmogne faire le point sur les étapes de la campagne semaines pascales 2006 et mettre en lumière tout ce que les réflexions déjà menées à Bertoua, Yaoundé, Douala, Ebolowa, Bafoussam et Bamenda ont permis d’engranger comme perspectives. Une fois le point fait, le Prof. Kä Mana leur a présenté les résultats de l’étude sur la dot et les rites de veuvage dans leur région. Le but était de leur montrer comment, du point de vue des droits fondamentaux des femmes, le grand Nord était encore enfermé dans des mentalités et des comportements qui ne correspondaient ni aux intuitions éthiques des traditions africaines profondes, ni aux préceptes de la foi islamique, ni aux attentes essentielles de la foi chrétienne. Plus précisément, on leur a montré comment l’étude des experts sur les tribus du Nord a révélé le poids d’un despotisme patriarcaliste et l’étau d’une domination masculine qui sont à l’origine de la marchandisation des femmes et de la dépravation des rites de veuvage. Sur la même lancée, le Prof. Kä Mana leur a clairement décrit les perspectives sombres qui se dessinent pour leur région si les habitudes acquises n’étaient pas changées afin de redonner, conformément à l’islam, à la foi chrétienne et aux valeurs africaines, un statut respectable aux femmes..
 
Un Lamido intervenant au cours de l'atelier à Mokolo
"Dans un monde qui change et qui a de plus en plus besoin de femmes éduquées, il n’est pas possible d’enfermer les filles dans les mariages précoces en les vendant comme de simples objets", a indiqué le Prof. Kä Mana. Et le Pasteur Jean-Blaise Kenmogne d'ajouter : "Il n’est pas supportable que l’on continue à livrer les veuves aux traitements inhumains et dégradants dans une région où l’islam est majoritaire et où la foi chrétienne anime la vie des milliers de personnes"

Ce même discours, le Pasteur Jean-Blaise Kenmogne et le Prof. Kä Mana l’ont tenu auprès des Chefs Traditionnels de la région de Maroua, dans l’enceinte du Lamidat de cette ville.

Photo de famille avec les Lamibé
 
A Mokolo comme à Maroua, les chefs ont compris que la situation présentée par l’étude des experts était une interpellation profonde qui exigeait de leur part des réponses énergiques. Pour Sa majesté le Lamido de Mokolo, "ce que l’étude présente devra être maintenant diffusé partout à travers une sensibilisation générale à laquelle devront participer tous les chefs. Nous avons compris et nous promettons que tout ce qui pourra être fait à notre niveau le sera. Les chefferies vous sont désormais ouvertes. Nous prendrons les mesures pour que la sensibilisation ne se limite pas aux seuls chefs que nous sommes. Elle devra atteindre nos villages et toutes les couches de nos populations". A Maroua, le Lamido a décidé de s’engager lui-même dans la sensibilisation et de rassembler autour de lui tous les Chefs Traditionnels de son ressort territorial, et les Imans, ses conseillers juridiques en matière de droit coranique, pour des actions d’urgence. Il a invité les organisateurs de la campagne semaines pascales à revenir le plus rapidement possible à Maroua pour des séances de travail sur les stratégies à mettre en œuvre face à la situation catastrophique de la région en matière de dot, de mariage précoce  et des rites de veuvage.
Derrière cette volonté d’action se profile le souci de prendre à bras-le-corps la question de l’éducation de la jeune fille du Nord et de la promotion des droits des femmes dans cette région.
A voir les autorités traditionnelles réagir comme elles ont réagi, on doit dire que l’étude sur la dot et le veuvage dans le Grand Nord a atteint son but : elle a choqué les consciences et elle a suscité un sursaut de lucidité à partir duquel il sera possible maintenant de faire un travail de fond pour les mois et les années à venir. 
 
Restitution de l'étude auprès des autorités administratives et religieuses

Une vue du dîner-débat

 
Après les Chefs Traditionnels de Maroua et de Mokolo, l’étude a été présentée aux autorités politiques et religieuses de la ville de Maroua, à l’Hôtel Mizao, au cours d'un dîner-débat. En présence de l’Evêque du Diocèse de Maroua Mokolo, du représentant du Gouverneur de la Province et du Délégué Provincial de la Promotion de la Femme et de la Famille, les organisateurs de la CSP ont tenu avant tout à projeter un documentaire sur la prostitution africaine en Europe et sur le Cameroun comme nouvelle destination du tourisme pédophile. Dans un cadre ainsi planté, ils ont donné aux participants à la soirée les conclusions de l’étude sur la dot et les rites de veuvage dans le Grand-Nord Cameroun, avant d’offrir officiellement cette étude au représentant du Gouverneur et à l’Evêque du lieu.
Face à cette étude et au documentaire, l’Evêque s’est déclaré atterré et bouleversé. Dans une allocution pleine d’émotion, il a appelé toutes les forces religieuses à tout mettre en œuvre pour que des fléaux comme ceux de la prostitution des enfants, de la marchandisation des filles dans les mariages précoces et de la déshumanisation des femmes dans les rites de veuvage n’aient plus droit de cité au Cameroun. Il a vu dans cette exigence une mission pour les communautés de foi. Il a exprimé aux organisateurs le souhait de continuer le travail. Ce travail dans lequel on pourra désormais compter sur sa disponibilité, son soution et l’appui de toutes les forces du Diocèse.
 
L'Evêque de Maroua Mokolo intervenant avec une vive émotion
Le réprésentant du Gouverneur de Maroua
 
Pour le représentant du Gouverneur, l’Etat camerounais prend de plus en plus conscience de ces problèmes et se donne des instruments de lutte d’ordre à la fois juridique et éducatif. Dans la région du Grand Nord, il est déterminé à promouvoir les droits des femmes et à mettre fin à l’état d’arriération des mentalités dans le domaine de l’éducation des filles. Il ne peut qu’être sensible au travail des organisateurs de la Campagne Semaines Pascales et son soutien leur est acquis pour continuer sur le terrain et en profondeur ce qu’ils ont commencé.
Le Délégué Provincial
 
Quant au Délégué Provincial de la Promotion de la Femme et de la Famille, il a sur le champ pris l’engagement de rassembler toutes les forces de son milieu pour donner une impulsion nouvelle à la lutte contre la prostitution infantile, la perversion de la dot et la déshumanisation des rites de veuvage, à travers une sensibilisation plus vaste qu’il faudra organiser le plus rapidement possible.

Tous les participants et toutes les participantes  au dîner-débat, environ 350, sont repartis avec le sentiment que la situation est grave et que la lutte doit continuer.

Un général de l’Armée tchadienne qui était de passage à l’Hôtel Mizao et qui a assisté de loin à la présentation de l’étude sur la dot et le veuvage a eu ce mot à l’égard des organisateurs de la CSP : "ce que vous faites ici  est remarquable, il faut le faire également ailleurs".

Que ce soit face aux jeunes, aux femmes ou face aux autorités traditionelles et administratives, Madame Dorien Verbeek a vigoureusement pris la parole pour dire l'enfer des jeunes qui débarquent clandestinement ou sans ressources en Europe en général et particulièrement au Pays-Bas. Ils deviennent rapidement des proies faciles entre les mains des proxénètes sans foi ni loi. D'où l'uregence et la necessité d'engager une camapagne de sensibilisation et d'éducation visant à endiguer de telles dérives qui conduisent les jeunes, et plus particulièrment les filles à devenir des victimes du trafic à des fins d'exploitation sexuelle.
 
Mme D. Verbeek