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Campagne Semaines Pascales 2005

Le lancement national a eu lieu à Ebolowa dans la Province du Sud

Depuis 1998, la  Campagne Semaines Pascales  mobilise au Cameroun les croyants catholiques, protestants et musulmans ainsi que toute personne de bonne volonté contre un fléau social, sous l'éclairage de la foi.

C'était du 20 au 26 février 2006.

Des activités significatives et haut en couleur ont marqué le lancement national à Ebolowa de la Campagne Semaines Pascales 2006. C'est ainsi que se sont déroulés tour à tour deux ateliers de formation respectivement des responsables des mouvements et de jeunes, le forum des Chefs Traditionnels du Sud, le plaidoyer en faveur des enfants sexuellement exploités et la célébration œcuménique à la Cathédrale Saints Anne et Joachim d'Ebolowa.

Formation des femmes

Le lancement de la Campagne Semaines Pascales 2006 a démarré par une journée de formation de 47 femmes responsables d'associations et mouvements catholiques, protestants et musulmans. Au cœur de cette formation : la violence relative à la dot, aux rites de veuvage et à la condition des femmes dans la société. Il s'agissait de faire avant tout un état de lieu de ce qui se vit réellement. Il s'agissait ensuite de lancer une dynamique de lutte contre tout ce que nos cultures africaines et notre société comporte de déshumain en matière de dot, de rites de veuvage, de prostitution infantile et de dévalorisation de la femme. Des ateliers ont été organisés pour permettre aux femmes d'exprimer leurs connaissances et leurs expériences. De la synthèse des travaux en ateliers, une réflexion globale menée par M. Dupleix Kuenzob et Kä Mana a pu permettre aux femmes de dégager les orientations de l'action à mener pour les années qui viennent.

Pour que la cette section de formation soit le départ d'une mobilisation et d'une campagne contre les perversions en matière de dot et de veuvage dans la Province du Sud, les femmes bénéficiaires de la formation ont mis sur pied un comité de suivi.

Formation des jeunes

Comme les femmes, les jeunes ont été au centre des préoccupations du lancement de la Campagne Semaines Pascales 2006. Une journée de formation leur a été consacrée, autour du thème : Dot, rites de veuvage et prostitution infantile. Animée par M. Dupleix Kuenzob et le Prof. Kä Mana, cette journée a consisté à faire comprendre aux jeunes :

  • Les enjeux du thème de la Campagne Semaines Pascales 2006 ;
  • La nécessité d'une dynamique de la Communication non-violente en vue de construire la paix sociale ;
  • Le sens profond de la dot et des rites de veuvage qui sont aujourd'hui trahi dans leur authenticité par notre société actuelle ;
  • L'urgence de la lutte contre la prostitution infantile au Cameroun.

Venus des communautés catholiques, protestantes et musulmanes, 80 jeunes ont suivi avec intérêt et profonde attention les enseignements dispensés par D. Kuenzob et Kä Mana. Les débats qui ont suivi cet enseignement a montré à quel point la jeunesse est en quête de nouveaux repères par la vie.

Forces intellectuelles islamo-christiennes

Animée par M. Souleymane Bouba, Secrétaire Général du Conseil National Islamique du Cameroun (CNIC) et par le Prof. Kä Mana, la rencontre des forces intellectuelles islamo-chrétiennes, qui a réuni 48 participant(e)s, a été une réelle fête de l'intelligence. Les deux animateurs ont présenté respectivement des réflexions de fonds sur ce que l'Islam et le christianisme peuvent apporter comme contribution féconde à la lutte contre les fléaux des violences qui minent nos sociétés. Leur réflexion a visé à mettre en valeur les énergies de paix que recèlent la foi chrétienne et l'Islam. Energies sur lesquelles il est bon que les chrétiens et les musulmans se penchent pour sortir des interprétations guerrières de leurs textes sacrés ainsi que des préjugés qui empêchent aujourd'hui les communautés de foi de s'engager sur la voie de la paix et du développement social.

Forum des Chefs Traditionnels du Sud

Avec 153 Chefs et une cinquantaine d'invités, le forum des Chefs Traditionnels du Sud a été un des temps fort du lancement de la Campagne Semaines Pascales 2006. Un moment essentiel où les autorités traditionnelles ont pu échanger leurs préoccupations et leurs espérances, pour lancer ensemble une structure permanente de concertation, d'échanges et de réflexion : le Forum des chefs traditionnels du Sud. Destiné à revaloriser, à redynamiser et à mobiliser les chefferies afin d'en faire des lieux d'éducation et d'animation sociale, au service du développement local et de la promotion des valeurs fondamentales de la vie.

Dans ce projet, les chefs traditionnels du Sud ont bénéficié de la présence de 4 invités de marque : 4 de leurs collègues de l'Ouest sont venus leur apporter le soutien moral et l'appui à la réflexion pour la revitalisation des chefferies traditionnelles dans la Province du Sud. La rencontre fut pathétique entre les représentants de vieilles et solides chefferies de l'Ouest d'une part et les chefs traditionnels du Sud en quête d'un souffle pour repenser leur présence dans la société.

Quatre chefs traditionnels de la province de l'Ouest ont
rehaussé de leur présence le forum
Le Gouverneur de la province du Sud entouré des Chefs traditionnels des provinces du Sud et de l'Ouest

La dot, les rites de veuvage et la promotion des valeurs de vie. C'est autour de ces préoccupations que la journée de samedi a été consacrée au cours du lancement de la Campagne Semaines Pascales. Une journée splendide qui a permis aux Chefs Traditionnels d'écouter une intervention rigoureuse du Pasteur Jean-Blaise Kenmogne et une allocution, tout aussi rigoureuse du Gouverneur de la Province du Sud, sur l'importance des chefferies traditionnelles dans la construction d'une nouvelle société au Cameroun. Dans son intervention, le Pasteur Jean-Blaise Kenmogne a interpellé les chefs traditionnels pour qu'ils s'engagent dans la lutte contre les coutumes rétrogrades qui dévalorisent les femmes et détruisent l'authenticité de la dignité humaine. Il a montré comment, dans la lutte contre ces coutumes, les valeurs de nos traditions africaines devraient être fécondées par les valeurs du christianisme et de l'Islam. Quant à Monsieur le Gouverneur de la Province du Sud, il a centré son allocution sur les synergies indispensables entre les chefferies traditionnelles et l'Etat, pour le projet d'un développement humain intégral.

Allocution du Gouverneur de la province du Sud

Une intervention très remarquée : celle du chef de la communauté Bapa (Ouest-Cameroun). Avec un sens profond de ce que les chefferies traditionnelles affrontent comme défis pour les temps actuels, Sa Majesté a posé avec clarté les bases d'une réelle revitalisation de la chefferie traditionnelle en Afrique et au Cameroun. Le respect de la vie humaine et l'engagement pour la construction d'une société où personne n'écrase personne. Une telle société devrait être celle où tous les rites sociaux concourent à développer la paix sociale et à promouvoir l'harmonie vitale. Il est impensable que les chefs traditionnels, garants des valeurs des ancêtres, ne se sentent pas redevables de la qualité de la vie de nos populations, particulièrement des femmes qui vivent sous le joug des rites de veuvage cruels, de la dévalorisation de leur être par des pratiques mercantilistes de la dot, loin de ce qui devait être les valeurs fondamentales des relations entre les hommes et les femmes aujourd'hui.

une vue des intervenants au Forum des chefs traditionnels

Les chefs traditionnels ont travaillé en 4 ateliers, autour des thèmes suivants :

  • Le rôle des chefferies traditionnelles ;
  • La lutte contre les rites de veuvage qui déshumanisent ;
  • La réinvention de la dot en Afrique ;
  • Les propositions pour le travail futur du Forum des chefs traditionnels.

Dans tous ces domaines, les débats furent très fructueux, avec pour idée directrice la nécessité de former les chefs à leur responsabilité, le souci d'engager les chefferies dans le développement éthique, spirituel et économique de la société, l'urgence d'être ensemble et d'échanger constamment les informations, la volonté de collaborer avec les communautés de foi et les forces politiques pour une société de bonheur.

La journée de samedi où les chefs ont pu débattre entre eux fut aussi une belle journée de convivialité, autour des moments de repas bien arrosés. Ces moments furent très propices pour des rencontres de couleur, des réflexions informelles et d'échanger sur les projets à mettre sur pied. C'est là aussi que les médias, fortement impliqués dans la couverture de l'événement, ont pu faire parler les chefs traditionnels et connaître en profondeur leurs préoccupations.

Soirée de plaidoyer

Une grande soirée de plaidoyer a servi de cadre pour présenter aux autorités politiques, administratives, traditionnelles et religieuses, l'ampleur du phénomène d'exploitation sexuelle des jeunes filles dans la ville d'Ebolowa et dans la Province du Sud-Cameroun. Ce fut l'occasion pour le CIPCRE de rendre publique une étude qu'il avait commandé auprès d'une organisation spécialisée dans les enquêtes de terrain. Selon cette étude, 50 % de jeunes filles sont victimes, sous une forme ou une autre, du phénomène social de la prostitution infantile à Ebolowa. C'est une véritable catastrophe qui exige des actions rigoureuses de la part des autorités publiques. La soirée de plaidoyer, qui a rassemblé plus de 400 personnes, a pu permettre un débat de fond sur le problème de la prostitution infantile dans ses causes et dans ses effets dévastateurs.

Grâce à elle, on peut maintenant espérer que l'Etat, les communautés de foi et les chefferies traditionnelles sont conscients de ce qu'il y à faire dans le Sud-Cameroun pour juguler l'exploitation sexuelle des filles.

Célébration œcuménique

Mgr Jean Mbarga, Evêque du diocèse Ebolowa-Kribi,
a présidé la célébration oecuménique

Autour de Mgr Jean Mbarga, Evêque d'Ebolowa-Kribi et du Pasteur Jean-Emile Ngué, Secrétaire Général du Conseil des Eglises Protestantes du Cameroun (CEPCA), une grandiose célébration œcuménique a eu lieu le dimanche 26 février 2006 à la Cathédrale d'Ebolowa, rassemblant près de 1 500 fidèles protestants et catholiques. Des chorales catholiques et protestantes ont animé ce moment chargé d'une forte émotion spirituelle. La présence de près de 200 Chefs Traditionnels du Sud et de l'Ouest, et d'une importante délégation musulmane à cette célébration a donné à la cérémonie un souffle spécial : celui de l'ouverture de l'œcuménisme et la dynamique interreligieuse à la rencontre interculturelle.

une vue des ministres de culte pendant la célébration oecuménique

Dans son intervention, Mgr Jean Mbarga a bien saisi la force symbolique qui a rassemblé les catholiques, les protestants, les musulmans et les chefs traditionnels dans l'enceinte de la cathédrale, face aux problèmes que la Campagne Semaines Pascales a tenu à mettre en lumière. Notons aussi un moment très pathétique où l'Evêque d'Ebolowa-Kribi a donné sa bénédiction aux organisateurs de la Campagne Semaines Pascales pour les envoyer en mission. Tout un symbole ! La célébration a été suivie d'un temps très riche de partage d'un repas de clôture de la Campagne. Les agapes pour se mettre en route et conduire à bon port les activités de la Campagne Semaines Pascales 2006.

Mgr Jean Mbarga envoie les organisateurs de la CSP en mission

Conclusion  

Les activités de lancement à Ebolowa viennent donc de donner le ton de la Campagne Semaines Pascales 2006. Déjà, l'impact est remarquable. En effet, un comité de suivi et d'orientation a été constitué autour de Sa Majesté René Désiré Effa, avec pour objectifs d'une part l'approfondissement de recherche sur les rites de veuvage, la dot et la prostitution infantile, et d'autres parts l'organisation des campagnes de lutte contre ces fléaux et des campagnes de sensibilisation dans les Etablissements Scolaires. Nous espérons que les activités de la Campagne Semaines Pascales 2006 se dérouleront dans les autres villes avec autant d'engagement et produiront les mêmes résultats.
Photos souvenir à la fin de la célébration oecuménique