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Campagne Semaines Pascales 2003

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Les communautés religieuses face à la montée de l'insécurité

par l'Abbé Guy-Noël TCHAPDA, curé de la Paroisse Anglophone, Bafoussam le 24 avril 2003 

Le thème qu'il m'a été demandé de présenter à l'occasion, et dans ce grand moment de réflexion sur l'engagement concret à prendre devant la montée de l'insécurité est : « les communautés religieuses face à la montée de l'insécurité ». Je voudrais axer mon exposé sur deux grands chapitres. Tout d'abord, je voudrais comprendre le sens que nous donnons à la communauté religieuse ; Je vais aussi voir si je peux en quelques mots, présenter ces communautés religieuses dans ce qui fait leur spécificité et enfin voir les moyens que celles-ci peuvent nous offrir ou mieux qu'elles nous donnent pour faire face à l'insécurité.

 

LES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES

Lorsque nous parlons de communautés religieuses, il faudrait les prendre dans le sens général. En effet, dans l'Eglise Catholique, quand on parle de communauté religieuse, on pense aux sœurs, aux frères qui font partie d'une famille religieuse. Ces familles religieuses sont caractérisées par une règle de vie évangélique dont l'orientation originelle vient d'un fondateur ou d’une fondatrice qui aurait voulu à la suite du Christ, imiter une de ses vertus. Ainsi, les communautés religieuses dans ce sens sont dans le monde ces personnes consacrées pour le Seigneur dans les vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance pour témoigner d'un charisme que le fondateur ou la fondatrice aurait reçu de manière spéciale du Seigneur pour manifester la présence de son Royaume dans le monde. Il ne s'agit pas de ce sens que nous donnons aux communautés religieuses. Nous pensons bien plus à ces communautés constituées sur la base de ce que je pourrais appeler une expérience religieuse originelle, laquelle expérience donne une orientation à leur existence. Celles-ci veulent donc ainsi orienter la vie de tous ceux et celles qui s'engagent à suivre le même chemin, soit d'après un choix personnel libre ou parental dès le plus bas âge. Ainsi donc, il s'agit pour nous de parler de communautés religieuses dans le sens des institutions telles que les Catholiques, les protestants, les musulmans et pourquoi pas, les communautés religieuses traditionnelles qu'on appelle dans certains milieux Religions Traditionnelles Africaines.

Je ne voudrais pas, après celte précision de termes, rentrer dans la description des formes d'insécurité, car il me semble que tous nous en avons soit été victimes l'une ou l'autre fois, soit encore nous avons été témoins d'une forme d'insécurité, ou même seulement nous l'avons rencontrée dans les journaux. De toutes les façons, chacun de nous en sait quelque chose. Je vous renvoie simplement à la description de quelques cas décrits dans le cahier d'animation des semaines pascales. Les causes de cette insécurité sont bien analysées. depuis les approches à ces causes jusqu'aux conséquences qui en découlent dans un article du Pasteur Reto GMUNDER en pages 10. 11 et 12. Mon objectif est de nous aider à comprendre le rôle que joue. ou que pourrait jouer la communauté religieuse dans ce combat contre toutes les formes d'insécurité, à partir d'une force intérieure que je trouve présente dans la structure ou l'institution elle-même.

Je voudrais donc commencer par la religion traditionnelle Africaine, en Abrégé RTA. On dit des africains qu'ils ont une religiosité naturelle c'est-à-dire que le sens du divin traverse l'africain dans tous les sens. J'emprunte les mots des pères du synode africain pour dire avec le pape Jean Paul II ceci, « que les africains ont un profond sens religieux, le sens du sacré, le sens de l'existence de Dieu créateur et d'un monde spirituel. La réalité du péché, sous ses tonnes individuelles et sociales, est très présente dans la conscience de ces peuples, comme le sont également les rites de purification et d'expiation ». N° 42. Il faut dire que la société traditionnelle africaine s'articule sur un certain nombre de croyances dont le fondement se trouve dans le culte des ancêtres, rendu de père en fils selon une succession pour la plupart patriarcale. Ici. la personne qui incarne le symbole de la société aussi bien politique que religieuse, c'est le chef traditionnel qui est en même temps chef politique du village et chef religieux. 11 est le grand sacrificateur même s'il le fait par des personnes interposées. La vie de l'homme traditionnel est très marquée par ce culte des ancêtres dont on pense qu'ils sont dans le « village des bienheureux » pour employer les tenues de Dieudonné Watio dans son Etude sur le culte des ancêtres comme Pierre d'achoppement de l'évangélisation. Ils se tiennent entre Dieu et le inonde comme des intermédiaires, pour lui transmettre les doléances des créatures, et obtenir de Lui des faveurs. Ainsi, il faut tout faire pour être en bons termes avec les ancêtres afin d'être sûr de ne pas encourir une éventuelle punition ou malédiction qui pourrait s'abattre sur nous pour une désobéissance. Ceux qui sont les interprètes de la volonté de ces ancêtres (notamment les prêtres traditionnels, Nkamsi, Megnisi et les autres devins) acquièrent une importance capitale et sont vénérés avec le plus grand respect. Ils sont les prescripteurs de rites et rituels que les gens doivent accomplir. La vie s'articule donc autour de ces rites qu'on retrouve à tous les instants importants de la vie.

On ne peut s'empêcher de remarquer que cette religion traditionnelle qui a déterminé la vie des africains, avec son système moral contenant de grandes valeurs et richesses spirituelles propres (citons le grand respect de la vie à toutes ses étapes, et même jusqu'à sa vieillesse, le sens de la famille, le respect de l'autre et de ses bien etc. même parfois contrôlés par des techniques de répressions bien élaborés pour garder l'homogénéité de la communauté), a rencontré avec le contact de la nouvelle société occidentale une mutation si profonde qu'on ne peut plus la retrouver dans sa pureté originelle.

La colonisation et la poussée de l'Islam nous ont fait entrer en contact avec d'autres institutions religieuses qui ont aussi leurs manières de faire et de concevoir le monde, sur des bases parfois différentes de nos sociétés traditionnelles originelles.

Considérons d'abord l'Islam. Dans une analyse que fait Michel Malherbe dans le document Les religions de l'humanité, il affirme que « rare sont les religions qui modèlent autant l'homme que l'Islam. » En effet, la religion islamique touche à l'homme dans tous les aspects de sa vie aussi bien sociale que personnelle. La société musulmane et tous les pays musulmans se réfèrent à l'Islam, même s'il existe des différences dans l'interprétation du coran. Ceci est très différent des sociétés de culture chrétiennes qui ont renoncé à une référence à l'Eglise catholique ou protestante, même si leurs cultures en sont profondément marquées. La religion islamique donne à ses adeptes le sentiment d'appartenir à une communauté, qu'on appelle Wmma, qui unit les croyants au delà des évidentes différences culturelles. Wmma, c'est un mot abstrait, dérivé de Umm, « mère » de la façon que le mot patrie vient de Père. Pour être membre de cette société, les formalité sont simples : le nouveau converti se purifie par des ablutions, une douche par exemple, et il prononce en toute sincérité la formule de la profession de foi, la Shahada : je voudrais citer si je le peux, cette profession sans pour autant devenir musulman : « La ilah ila'ilah wa Muhammed rasu Allah », ce qui signifie littéralement « Pas  de divinité sauf Dieu et Mohamed est le prophète de Dieu ». Shahada signifie « témoignage » et le shahid est celui qui témoigne, souvent un martyr. Mais il est plus difficile de sortir de l'Islam, car celui qui l'abjure mérite la mort. Le célèbre verset 257de la sourate 2 du coran, intitulé « la vache », « la ikrah fid-din » qui signifie « pas de contrainte en matière de religion » voudrait tout simplement dire qu'il ne faudrait pas convertir de force les infidèles.

L'islam a des principes très simples. Dieu, unique et Tout Puissant, a révélé aux hommes un texte, le Coran, qu'il a transmis par l'intermédiaire d'un homme, Mahomet. Le coran est la parole de Dieu, Mahomet n'en n'est pas l'auteur, il en a reçu le texte d'un ange de Dieu, Gabriel qu'on appelle Djibril. Ce texte, parfait et complet suffit à tous les besoins de l'homme et de la société. Le coran est la référence suprême en toute matière : spiritualité, droit, politique, économie, sciences, morale individuelle ou collective. Reconnaître la toute puissance de Dieu, c'est se soumettre à sa volonté. Le sens du mot Islam est précisément « soumission » ; la soumission à Dieu consiste à obéir à sa parole, c'est-à-dire, observer scrupuleusement les prescriptions du Coran. Les plus fondamentales de ces prescriptions sont les cinq piliers de l'Islam : la profession de foi, (Shahada), la prière cinq fois par jour, le jeûne, l'aumône (Zakkat) et le pèlerinage (Hadj). Nous aurions bien voulu entrer plus en détails dans les moments de prière de l'islam pour montrer combien leur foi influence leur vie, mais le temps nous fait défaut, et les musulmans qui sont avec nous dans l'initiative auront une autre occasion pour nous en parler plus longtemps.

Avant de passer à la communauté religieuse chrétienne, je voudrais faire quelques remarques liées au rapport entre l'Islam et les autres religions du livre. En effet, la croyance en un seul Dieu pour le musulman est si rigoureusement affirmée qu'elle conduit beaucoup d'entre eux à reprocher aux chrétiens d'adorer un Dieu en trois personnes.

Les anges sont très présents dans le Coran qui a été transmis par Gabriel au prophète Mahomet. D'autres anges sont aussi mentionnés, même si on ne mentionne pas leurs noms et leurs attributs. Malik, gardien de l'enfer serait l'archange Michel. Ils ont des différentes fonctions, notamment, soutenir le trône de Dieu, glorifier Dieu, Lui servir de Messagers.

La révélation de Dieu ne se limite pas seulement au Coran qui est la parole de Dieu à l'état pur. Elle s'étend aussi au message d'autres livres ; le Coran mentionne aussi « les feuilles d'Abraham » dont il ne reste pas trace, c'est-à-dire les cinq premiers livres de la Bible, la Torah, dite « feuilles de Moïse », les Psaumes de David qui font partie de la Bible, et l'évangile. L'islam fait une place à part, à ceux qui se réfèrent à l'un ou l'autre de ces livres ; ils sont considérés comme « les peuples du livre » en arabe « Ahl el kitab ». L'une des conséquences est qu'il est permis à un musulman de se marier à une juive ou à une chrétienne en la laissant pratiquer sa religion.

Dieu seul connaît le bien et le mal. La morale à respecter pour être sauvé est contenue dans le coran, ou tout au moins dans les principes. Cette morale est codifiée par la loi musulmane, la Chari'a qui comprend aussi des éléments purement législatifs.

Pour un musulman, l'islam est la religion parfaite : il est le couronnement et l'accomplissement de la révélation divine. La Torah et l'Evangile sont les livres sacrés révélés par Dieu, comme le Coran. On peut donc y retrouver des références communes à la Bible. L'islam reconnaît la naissance miraculeuse de Jésus, de la Vierge Marie ; II est le plus grand prophète ayant vécu avant Mahomet ; il sera appelé à présider le jugement dernier. Ce rôle exceptionnel de Jésus rend inadmissible pour un musulman qu'il soit mort sur une croix. Il y aurait donc eu une substitution et c'est un inconnu qui serait mort sur la croix. Mais si les musulmans reprochent aux juifs de ne pas reconnaître Jésus comme prophète, les chrétiens divaguent en qualifiant Jésus de Fils de Dieu. C'est faire injure à la grandeur de Dieu d'imaginer qu'il puisse avoir pris la condition humaine, et il est contraire à son
Unicité qu'il ait existé un Homme-Dieu sur la terre ; Dieu ne peut avoir « d'associé. » Le Saint Esprit annoncé par Jésus sous le nom grec de Paraclet, avocat, n'est pas une personne divine, mais Mahomet, le dernier des prophètes, auquel Dieu a confié le dernier des Livres révélés, le Coran, définitif et intangible.

Nous avons parlé longuement de l'Islam, comme religion qui est incarnée dans une communauté de personne que nous voulons appeler religieuse. Pour dire clairement, la communauté religieuse musulmane est profondément marquée par ces convictions que j'ai succinctement, mais aussi très brièvement décrites, car ce contexte ne permet pas plus de détails. J'ai terminé en parlant de la religion islamique en rapport avec certaines convictions religieuses des autres religions du livre telles que les juifs et les chrétiens. Maintenant, j'aimerai parler plus en longueur des chrétien.

Parler du Christianisme est très compliqué, car il faut partir d'un point, et il y a beaucoup de points de départ. On peut commencer par l'histoire du salut qui commence avec la création, jusqu'à l'accomplissement des promesses faites par Dieu dans l'Ancien Testament qui se réalisent dans le Nouveau Testament, ou encore commencer par l'événement de la fin qui donne un sens à toute l'histoire. Je dois dire que le Christianisme est une religion qui prend en compte l'aspect humain et l'aspect divin. Au centre de cette religion, se trouve un Homme, Jésus qui est la source de beaucoup de controverses, tant les interprétations sont divergentes par rapport aux événements qui ont marqué sa vie, sa mort et l'événement qui a suivi sa mort. Jésus est aussi compris et cela par beaucoup, comme une star, une vedette dont les actes et les paroles étaient extraordinaires. Mais qui est-il en fait.

Jésus est un juif; II est né à Bethlehem il y a un peu plus de deux mille ans, d'une famille juive. Sa « biographie » se trouve dans les Saintes Ecritures, qui le décrivent avec une vision particulière. Il est né dans des conditions de grande pauvreté, au cours d'un voyage imposé par le recensement de la population qui avait été décrété par l'occupant Romain. Sa mère. Marie, était toute jeune fille de réputation irréprochable, trouvée enceinte sans avoir connu l'homme que sa famille lui destinait comme époux. Mais celui-ci accepta l'explication d'une naissance surnaturelle.

Le peuple dans lequel Jésus naît est dans l'attente d'un sauveur, un libérateur dont certains espéraient un rétablissement de l'indépendance politique d'Israël. Ce personnage tant attendu devait porter le titre de Messie, c'est à dire celui que Dieu a choisi, 'l'oint du Seigneur. Les Ecritures promettent cette naissance miraculeuse d'une Vierge. Tout le monde admet cette naissance particulière de L'homme Jésus. Pour les chrétiens, Jésus n'est pas seulement un homme extraordinaire, mais il est Dieu qui est devenu homme, Dieu qui s'est incarné ;

C'est en effet, le seul être à la fois homme et Dieu que l'histoire ait connu sur cette terre. Pour les chrétiens, le fait que Dieu ait voulu devenir un homme pour vivre au milieu des hommes en toutes choses, a apporté une révolution profonde au tissu social. Il voulait transmettre aux hommes un message, que Dieu est Amour. Il a voulu dire que Dieu n'a pas jeté ses créatures dans le monde pour voir ce que pourrait en faire l'évolution, mais
il a voulu se préoccuper du résultat. Cet Amour est en fait synonyme de Liberté. Non seulement Jésus enseigne à l'homme que Dieu est amour, mais aussi il lui donne le mode d'emploi de sa Liberté ainsi donnée. Il ne s'agit donc pas de tout détruire ; il est venu accomplir. Il ne veut pas s'insurger contre les Romains occupants comme les juifs l'auraient souhaité. Déçus, les juifs complotèrent pour le faire mourir sur une croix. Paralysés de frayeur, ses disciples étaient hors d'état de réagir. Cependant, trois jours après l'exécution, conformément aux écritures, le fait stupéfiant se produisit ; il ressuscita. Pendant quarante jours, il apparut à ses disciples à d'occasions diverses. Tout d'un coup, l'échec de sa mort se transforma en certitude de la vérité de son message. Désormais, convaincus que la mort n'est qu'un passage vers un au-delà où le Christ nous a précédés, les apôtres
se lancent dans le monde pour en témoigner. Il faut dire que c'est la foi en un homme, Jésus Ressuscité, Fils de Dieu qui est le fondement du Christianisme. Et ce message se répand et continue à se répandre jusqu'à nos jours. Les disciples de Jésus ont prêché, et leurs successeurs ont mis par écrit leurs paroles après eux. Les chrétiens en approfondissant le message reçu, ont parfois diversement interprété certains points de leurs croyances. Des débats ont souvent eu lieu dans des Assemblées qu'on a appelées Conciles, entre les responsables de l'Eglise, pour clarifier certains points divergents. Il s'est ainsi construit une doctrine officielle, orthodoxe. Ceux qui n'en n'acceptent pas les conclusions quittent l'Eglise avec la troupe de leurs fidèles inconditionnels et jettent ainsi les bases d'églises dissidentes chrétiennes dont beaucoup ont disparu, mais aussi beaucoup reviennent aujourd'hui sous la forme des sectes.

 

FACE A L'INSÉCURITÉ. LES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES NOUS INTERROGENT

Les religions telles que nous avons essayé de les présenter sont des facteurs déterminants dans la formation de nos communautés humaines. Les hommes se réclament toujours partie prenante de l'une ou de l'autre. Ce qui signifie qu'on s'attendrait à ce que la vie de l'homme qui se réclame de l'une ou de l'autre de ces religions ou communautés religieuse fasse correspondre ses actes à ses convictions religieuses. Mais le constat
est alarmant cl désolant. Parfois au nom de sa religion, l'homme commet des actes les plus répréhensibles, (guerres religieuses, inquisitions, condamnations etc.) et entretient ainsi l'insécurité dans les cœurs et dans la vie sociale. La question que nous nous poserons est la suivante : Pourquoi une société faite de personnes membres de l'une ou l'autre communauté religieuse, et dans sa vie sociale et publique, présente un dichotomie aussi grave? En plus comment faire pour revenir à une vie religieuse harmonieuse avec la vie sociale où s'exprime ou mieux devrait s'exprimer les convictions religieuses de chacun ?

D'abord, pour être direct, la distance qu'on remarque entre la vie de Foi et la vie morale vient de deux raisons à notre avis. D'abord, on ne sait pas exactement quelle est l'identité de notre conviction religieuse, et du coup on est emballé dans les apparences extérieures de notre communauté, sans jamais chercher à savoir réellement ce qui fait de moi un chrétien catholique ou un chrétien protestant, ou encore un musulman ou aussi un adepte de la religion traditionnelle. Ainsi, le manque d'identité de notre être implique aussi un manque d'identité de notre action. C'est ici que je retrouve la deuxième raison de ce grand fossé, notamment, la honte de se déclarer fidèle de telle ou telle autre communauté religieuse en société. Ici. les musulmans ont beaucoup à nous enseigner, car dès qu'on les voit, on sait qu'on a affaire à un fidèle de l'Islam. Et lui aussi, se sent obligé d'agir selon la conviction religieuse qui le porte. Car en effet, dès que nous aurons fait connaître quelle est notre communauté religieuse, ou quelles sont les convictions religieuses de ma religion, tout le monde s'attendra à ce
que je me comporte d'une certaine façon, ou que je dise les choses d'une certaine manière. Donc cette honte fait que le fidèle ne puisse être vraiment identifié ; on préfère l'anonymat qui encourage la confusion, et lorsque l'on entre dans les détails de nos convictions religieuses qui contredisent nos actes, rapidement, on essaie de leur trouver des raisons.

J'aimerai ajouter une autre raison à ce fossé entre la vie de Foi et la vie morale. C'est la conception que nous avons de la prière. Prier, disons-nous, c’est tourner son cœur vers Dieu pour l'écouter et lui parler. Il y a une composante de la prière qui est essentielle. C'est le silence. Mais dans le silence, il y a deux dimensions. Le silence peut être le contexte favorable à la rencontre avec Dieu, mais aussi le silence est le lieu de ma rencontre avec moi-même. C'est ici que se trouve le problème. Le silence qui nous tourne vers nous-même est celui de la conscience qui nous interroge en toute honnêteté devant les actes que nous avons posés. Un bon examen de conscience de cette nature doit nécessairement nous porter à prendre des résolutions pour agir mieux. Et lorsque nous ne pouvons pas nous soumettre à cet examen, lorsque nous préférons aller boire pour noyer nos soucis, aller dans les boîtes de nuit pour nous amuser et rentrer fatigué pour tomber dans le lit comme un sac de macabo, ou encore nous lancer dans un activisme pour éviter de rencontrer notre conscience dans le silence de nos cœurs, on ne peut éviter d'entretenir l'insécurité dans notre manière de faire.

La rencontre vraie avec le Christ nous donne de retrouver le courage de l'imiter devant les situations difficiles. Dans sa première lettre. Saint Pierre écrit ceci : « soyez soumis à toute institution humaine, à cause du seigneur : soit au roi en sa qualité de souverain, soit aux gouverneurs, délégués par lui pour punir les malfaiteurs et louer les gens de bien. Car, c’est la volonté de Dieu qu’en faisant le bien, vous réduisiez au silence l'ignorance des insensés. Comportez-vous en hommes libres, sans utiliser la liberté comme un voile pour voire méchanceté, mais agissez en serviteurs de Dieu. Honorez tous les hommes, aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi. Soyez soumis avec une profonde crainte à vos maîtres. Car c’est une grâce de supporter, par respect pour Dieu des peines que l'on souffre injustement. Quelle gloire v a-t-il en effet, à supporter les coups si vous avez commis une faute ? Mais si, après avoir fait le bien, vous souffrez avec patience, c’est là une grâce aux yeux de Dieu. Or, c’est à cela que vous avez été appelés par Dieu, car le Christ aussi a souffert pour
vous, vous laissant un exemple afin de vous suiviez ses traces : lui qui n’a pas commis de péché et dans la bouche duquel il ne s'est pas trouvé de tromperie. »

Ce texte a été cité longuement pour nous permettre de voir comment concrètement le chrétien, depuis les origines, est appelé à se comporter.

Finalement, je voudrais dire et cela avec grande force, que devant la montée de l'insécurité, les communautés religieuses ont deux choses à faire concrètement. D'abord elles doivent être courageuses pour s identifier comme telles, ainsi la société saura quelles sont les convictions de chacun au moment où il agit. Ceci obligerait le sujet à rester consonant avec sa conviction religieuse. L'autre chose que je trouve extrêmement importante est que nous ne devons pas agir seul. Il s'agit de nous organiser en groupes de fidèles chrétiens catholiques, protestants, musulmans qui sommes dans les professions diverses : les policiers entre eux, les journalistes entre eux, les vendeurs à la sauvette entre eux, les taximen entre eux, etc. pour réfléchir non pas à ce que nous pourrions faire pour tromper mieux ou aller sans nos papiers donner de l'argent aux policiers, ou encore comment trouver les infractions les plus saugrenus pour obliger les taximen à payer 500 francs quand ils sont corrects, mais pour voir comment concrètement le message de notre communauté religieuse nous interpelle dans notre vie sociale. Je suis sûr que nous pourrons arriver à diminuer au mois d'un petit pourcentage. L’insécurité dans nos milieux. Autrement dit, je ne vois pas quelle approche on pourrait adopter, étant donné notre contexte social. Je vous remercie.

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