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Campagne Semaines Pascales 2003

Cahier d'Animation 2003

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Insécurité en Afrique intertropicale: Rechercher les causes, voir les conséquences

L'insécurité, tout comme la délinquance et la criminalité, est une réalité complexe. La recherche des causes et l'étude des conséquences d'un tel phénomène sont donc forcément des entreprises délicates, nécessitant des approches larges et diverses.

Les diverses études sur les origines de la montée de l'insécurité urbaine et rurale en Afrique sub-saharienne peuvent être grossièrement classés en deux catégories : les unes choisissent une approche globale, historique ou structurelle ; les autres préfèrent une approche plus détaillée des causes possibles de ce fléau.

Les approches globales des causes.

Les études historiques privilégieront ainsi pour leur part la recherche des liens avec l'héritage colonial et post-colonial du continent pour expliquer l'importance des phénomènes violents dans la société actuelle. Les unes accuseront alors les puissances étrangères d'avoir chamboulé l'équilibre social en y important des structures et des valeurs étrangères, tandis que les autres verront plutôt dans le banditisme, les viols et les assassinats des résurgences détournées d'aspirations populaires légitimes (révolutionnaires) violemment matées par les puissances néo-coloniales, lors des guerres d'indépendances (maquis) et/ou lors des revendications démocratiques des années 90.

Les études structurelles quant à elles chercheront les causes de l'insécurité grandissante dans des chamboulements structurels plus contemporains : la modernisation, la démocratisation, le sous-développement et la mondialisation. Autrement dit, ces études souligneront d'abord les profonds bouleversements qui affectent des sociétés prises entre la culture du village (marquée par la prédominance de la famille et de l'ethnie) et la culture de la ville (marquée par la prédominance de l'administration et de la libre entreprise _ avec en particulier une forte domination du secteur informel et sa logique de débrouille). Ces bouleversements ne vont bien sûr pas sans entraîner une certaine perte de repères et une augmentation de la permissivité. Les comportements sont plus diversifiés et le contrôle social moins contraignant. Finalement, la globalisation des valeurs (à travers les médias internationaux), tout comme celle des marchés des drogues, des armes et de la pègre en général, font qu'au bout du compte, il n'y a plus de frontière entre la criminalité de Douala et de Lomé et celle de New York, Paris et HongKong.

Les approches détaillées des causes.

Ces analyses globales, aussi profondes et fondées qu'elles soient, ne vont pourtant pas sans laisser une certaine impression de découragement auprès de ceux qui aimeraient s'en servir pour développer des stratégies de lutte contre l'insécurité. On ne voit en effet pas très bien comment se défaire de l'héritage historique qui est le nôtre, ni comment éviter des bouleversements aussi profonds que la modernisation, la démocratisation et la mondialisation. C'est pourquoi, en plus des approches globales mentionnées ci-dessus, il est aussi nécessaire de développer des recherches plus détaillées des causes de la montée de la délinquance en Afrique.

Au niveau de ces approches détaillées, on peut distinguer trois grands types de causes : les causes sociales , les causes institutionnelles et celles qui concerne l'environnement physique, souvent urbain, de ces phénomènes.

Parmi les causes sociales, on a souvent privilégié l'influence familiale dans un contexte où le modèle unique de famille patriarcale est en pleine évolution et diversification. Pourtant, il ne suffit pas d'invoquer ici le manque d'autorité paternelle pour expliquer tous les comportements déviants de la jeunesse actuelle. Il faut plutôt prendre en compte la globalité de la prise en charge des jeunes (famille, école, formation professionnelle, réseaux d'intégration sociale[1], etc.) et s'interroger sur leur adéquation avec une situation sociale difficile et même violente : absence de perspectives professionnelles, manque de repères, concurrence, pauvreté, chômage, etc.

Plus largement, il faut encore ajouter à ces causes sociales, le contexte d'une culture de la violence et de l'argent facile. Il existe notamment un lien causal entre la violence domestique et la violence de la rue (ce n'est pas l'enfant délinquant que l'on bat, mais l'enfant battu qui devient délinquant !).

Finalement, la modification des contrôles sociaux, en particulier la rupture du lien social au niveau des quartiers, semble être aussi une cause que l'on retrouve dans beaucoup de situations.

Au niveau des causes institutionnelles, il faut mentionner l'inadaptation du système de justice criminelle (police, justice et prisons) face à la montée de la délinquance.

La police manque cruellement de matériel : « absence d'équipement de transmissions adéquat ; les armes utilisées par les policiers et gendarmes remontent souvent à 50 ans alors que leurs adversaires, les bandits, ont des pistolets de la dernière technologie. Souvent, dans une course poursuite, les policiers sont à bord de leur éternel car hiace, derrière des brigands qui roulent en mercedes ou en land cruiser. «Il n'y a pas match,» pour reprendre une expression populaire de chez nous. »[2]

Les prisons sont vétustes, inadaptées et surpeuplées. Le personnel est souvent mal formé et ne peut remplir qu'un rôle de gardiennage, abandonnant toute tentative de rééducation sociale des détenus. Du coup, la prison devient plutôt une « école du banditisme » pour les jeunes qui y entrent en contact avec des criminels plus expérimentés.

Le système juridique quant à lui est lent, corrompu et compliqué. Pour l'africain moyen, les honoraires d'avocat, les actes d'huissier et autres démarches extra-judiciaires représentent des frais hors de portée ; ce qui empêche bon nombre de victimes de faire le pas en direction du tribunal. De plus, la procédure d'admission à l'assistance judiciaire est complexe, longue et coûteuse.

En plus de ces problèmes d'inadaptation, il faut aussi mentionner les nombreux cas de complicité directe ou indirecte des membres des forces de l'ordre (militaires, policiers, en service, à la retraite ou révoqués) accusés de collaborer avec des gangs de malfrats allant jusqu'à s'occuper du soutien logistique de certains coups. Ceci expliquerait notamment la question de la provenance des armes, ainsi que les avertissements et le régime d'impunité dont bénéficient certains brigands.

Finalement, il faut encore ajouter au causes institutionnelles, le climat d'impunité qui entoure certaines personnes ou zones géographiques, comme par exemple certains territoires sous contrôle de chefs traditionnels, particulièrement ménagés par les pouvoirs en place.

Parmi les causes qui concernent l'environnement, il faut signaler l'urbanisation mal maîtrisée, le manque de services urbains, l'absence de conception de la sécurité dans les politiques urbaines, l'apparition d'espaces semi-publics mal protégés, la promiscuité et l'illégalité de certains quartiers qui génèrent des zones de non-droit et finalement la liberté du port d'armes ou le trafic illégal des armes légères qui constitue la conséquence de guerres civiles ou de conflits dans les pays limitrophes.

Conséquences

Aussi diverses que les causes, les conséquences peuvent être également réparties en plusieurs catégories. Il y a d'abord les conséquences psychologiques : impression d'abandon, d'impuissance et d'incompréhension pouvant mettre en péril la paix sociale, voire même les fondements démocratiques d'un pays. On constate ainsi souvent des réflexes de repli sur soi et de xénophobie. Ainsi en 1995, à la suite de la décapitation du petit Nyobé, les suspects ayant été identifiés comme des Nigérians, il avait fallu prendre des mesures de protection de la population nigériane à Douala.

Il y a ensuite les conséquences architecturales. La peur du grand banditisme a fait naître un besoin de protection qui passe souvent par l'aménagement de systèmes de sécurité intérieurs : des barres de fer en travers des portes, des verrous intérieurs, des chaînes ou des crochets internes que l'on puisse cadenasser, des alarmes pour ceux qui en ont les moyens, etc. Mais ce qui frappe surtout l'observation oculaire est la prolifération des murs d'enceintes avec toutes les implications que cela peut avoir sur la cohabitation entre voisins.

Les conséquences institutionnelles sont marquées par le développement massif des entreprises de sécurité privée. Celles-ci ont atteint une croissance annuelle dans les dernières années du XXème siècle de 30 % dans les pays du Sud. Dans beaucoup de pays, le nombre d'agents de la sécurité privée a dépassé celui des policiers de l'Etat. Les comités d'autodéfense deviennent également de plus en plus nombreux, principalement dans les quartiers résidentiels des grandes villes. Alors qu'elles constituent une réaction somme toute compréhensible face aux atteintes aux biens et aux personnes, leur efficacité reste plutôt relative. Surtout, ils posent en vérité un certain nombre de problèmes d'ordre principalement politique et juridique. D'abord, le développement de ce qui ressemble bel et bien à des milices privées, consacre de fait l'abandon de certaines prérogatives de l'Etat et des collectivités publiques et la démission de l'autorité devant ses fonctions sécuritaires. Une telle situation est inquiétante au vu des développements politiques qu'ont pu connaître récemment des pays proches tels que le Congo Brazzaville, où les milices privées sont devenus les acteurs d'une guerre civile extrêmement sanglante. D'autre part, ce phénomène de privatisation de la sécurité pose la question de la valeur juridique de ses décisions. Ainsi faut-il s'interroger sur la validité des interdictions d'accès à certains quartiers de la ville à certaines heures que de tels comités décrètent. Pire ! Comment se répartissent les responsabilités lorsque un honnête citoyen se trouve dans un quartier où les membres du groupe d'autodéfense considèrent qu'il n'a rien à faire et s'en prennent à lui ?

Sans doute faut-il aussi placer dans le même ordre d'idées le problème de la « justice populaire expéditive ». Cette dernière est de plus en plus courante en milieu urbain où des personnes accusées à tord ou à raison de vol ou de banditisme sont attrapées par la foule, battues à mort ; ou alors aspergées d'essence et brûlées vives.

Les conséquences économiques peuvent être directes (frais occasionnés par les casses) ou indirectes (absence d'investissements, départs d'entreprises étrangères, etc.). Or s'il est vrai que toutes les classes sociales sont touchées par l'insécurité, les recherches ont montré qu'elle affecte davantage les secteurs pauvres parce qu'ils n'ont pas les moyens de se défendre, et parce qu'étant plus vulnérables , la violence urbaine érode leur capital social, brise leurs organisations et empêche leur mobilité sociale et en particulier celle des jeunes.

Finalement, nous avons déjà évoqué les conséquences politiques au niveau de la privatisation de la sécurité et la perte des prérogatives étatiques. Une autre conséquence politique est de type inverse : ce sont les tentatives des gouvernements centraux pour renforcer la sécurité à travers la répression, c'est-à-dire le renforcement des effectifs de police, l'augmentation de leur liberté d'action (p. ex. le Commandement Opréationel au Cameroun, cf. études de cas), l'allongement des peines de prison et l'application de théories répressives difficiles à gérer et discutables comme celles du « zéro degré de tolérance » ou du couvre-feu pour les mineurs ou encore de l'abaissement de l'âge de la responsabilité judiciaire.

Si donc les nombreuses conséquences de l'insécurité devraient nous inciter à agir le plus rapidement possible contre ce fléau, il est clair que c'est au niveau des causes qu'il faut chercher les lieux privilégiés d'intervention. De manière générale, cette lutte contre l'insécurité se basera sur trois piliers : l'application de la loi (répression des actes criminels, lutte contre le trafic d'armes, de drogue et de biens volés) par le système de justice criminelle qui comprend les polices, la justice et les prisons, qu'il s'agit de rendre efficaces et adaptés, d'où certainement une nécessité de réformes dans ce secteur ; la solidarité qui implique qu'aucun citoyen ou groupes de personnes ou quartiers ou zones d'origine ne peuvent être criminalisés ou stigmatisés par l'ensemble de la société ; et la prévention de la criminalité qui comporte un encadrement adéquat de la jeunesse et une transformation de la culture de la violence en culture de paix.

Par le Pasteur Reto Gmünder

Animateur éco-théologique au CIPCRE



[1] Ces réseaux d’intégration sociale peuvent être formels comme les mouvements de jeunes, les chorales, les scouts, les clubs sportifs, ou informels comme les bandes ou les groupes d’amis.

[2] David NOUWOU : Insécurité à Douala : Ces gangsters qui défient la police, in La Nouvelle Expression, 1er décembre 1999 : http://www.iccnet.cm/nouvexp/19991201/societe/soc2.htm

 

 

 

Introduction

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Études de cas

Exemples de lutte

Études bibliques

Propositions homilétiques

Poèmes et prières

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