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Campagne Semaines Pascales 2003 |
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Cahier d'Animation 2003 |
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Les mots pour dénoncer les mauxAvant même de nous mettre au travail, il est toujours bon de nous accorder sur le sens que nous donnons aux mots et aux maux. Voici donc quelques propositions de définitions. Sécurité La sécurité est un concept complexe faisant référence d'une part à la tranquillité subjective de l'esprit de celui qui pense qu'aucun danger n'est à craindre, et d'autre part à la situation objective dans laquelle aucun danger n'est à redouter[i]. Elle peut donc se fonder à la fois sur une confiance intérieure face à l'entourage et face à l'avenir (pôle subjectif) et sur des mécanismes de protection, de soutien et de prévoyance extérieurs (pôle objectif). Ce jeu entre confiance subjective et danger objectif est essentiel pour comprendre le problème de la sécurité et donc de l'insécurité. Des penseurs tels que le théologien danois Knud E. Løgstrup voient en effet dans la confiance l'expérience humaine fondamentale. Nous ne décidons pas de faire confiance. Nous prenons conscience que nous faisons déjà confiance et que l'on nous fait confiance. C'est dans cette confiance accordée à l'individu par son entourage que réside l' « exigence éthique »[ii] primordiale : parce qu'on me fait confiance, je suis appelé à ne pas décevoir. La vie humaine n'est possible que dans une certaine confiance vis-à-vis de l'autre et vis-à-vis de l'avenir. Or si la confiance est originelle (il n'y a qu'à voir la confiance d'un bébé vis-à-vis de son entourage pour s'en convaincre), les dangers réels et objectifs rencontrés dans le courant de la vie peuvent porter atteinte à celle-ci. Quittant l'innocence du nouveau-né, l'adulte expérimenté mêlera normalement sa confiance de prudence, s'entourant, dans le but de préserver sa tranquillité intérieure, d'un certain nombre de mécanismes de protection, de soutien et de prévoyance. Le problème devient grave lorsque la confrontation aux dangers et aux obstacles est si forte (ou si traumatisante) que la peur et la méfiance s'installent petit à petit comme une « deuxième nature ». Alors mécanismes de protection, de soutien et de prévoyance ne suffiront plus. Et même l'absence d'un danger objectif n'enlèvera rien au sentiment diffus d'insécurité.
Insécurité Tout comme la sécurité dont elle est l'opposé, l'insécurité a un pôle objectif et un pôle subjectif. L'insécurité est constituée aussi bien des risques réels qu'encourent les individus que des perceptions (fondées ou non) de dangers réels ou pas. Cela signifie que l'intensité du sentiment d'insécurité vécu par un individu ou un groupe de personnes ne sera pas seulement proportionnelle aux dangers réels en présence, mais se verra aussi influencée par des phénomènes tels que la rumeur ou l'attention médiatiques portées sur les dangers. Outre la polarité objective et subjective, la compréhension de l'insécurité peut aussi être différenciée en une vision large et une vision restreinte. La vision large considère l'insécurité comme étant provoquée par tous les phénomènes pouvant mettre en danger l'intégrité physique, spirituelle et morale des personnes humaines. On parlera alors volontiers p.ex de l'insécurité alimentaire (la faim) ou de l'insécurité sanitaire (les dangers pour la santé). Sur un plan subjectif, la vision large de l'insécurité traduirait le fait que les individus se sentent abandonnés par leurs institutions, le personnel politique, la communauté, la famille et le voisinage. La vision restreinte par contre est celle utilisée par les journalistes lorsqu'ils titrent dans un article par exemple : « insécurité à Douala » ou « insécurité à Cotonou ». Il s'agit d'un certain nombre d'actes violents de délinquance tels que le vol, le viol, les coups et blessures, le rapt, l'assassinat, l'incendie volontaire, etc. Pourtant à eux-seuls ces phénomènes ne constituent pas encore ce que communément on appelle l' « insécurité ». Il faut encore les mettre en relation avec le contexte marqué par l'incapacité du système sécuritaire, sensé protéger le citoyen, de faire face. C'est parce que les phénomènes de braquages, de banditisme, de vols à mains armées, etc. sont devenus courants et peuvent surprendre les citoyens à tout moment que l'on parle d'insécurité aujourd'hui. Il est important de noter que la Campagne Semaines Pascales 2003 désire thématiser l'insécurité dans sa compréhension restreinte selon les aspects à la fois objectifs (violente criminalité) et subjectifs.
Forces de l'ordre Policiers et gendarmes forment, ensemble, ce que l'on appelle les forces de l'ordre ou encore la force publique. Ils ont en effet un rôle commun qui est de garantir l'ordre public, c'est-à-dire les conditions qui permettent à la loi d'être appliquée, la sécurité des personnes et des biens. L'ordre public entraîne une limitation des libertés, mais dans l'intérêt de tous, car si la loi n'est pas respectée, les droits de tous ne sont pas protégés. Les agents des forces de l'ordre sont en général armés, soit pour leur propre sécurité, soit pour imposer le respect de l'ordre : c'est en cela qu'ils sont des agents de la « force » publique. Mais dans un État de droit, les forces de l'ordre sont soumises, comme chacun d'entre nous, au respect de la loi et au contrôle du juge. Les conditions dans lesquelles elles peuvent faire usage de leurs armes ou, plus généralement, de la contrainte, sont précisément définies.
Violences urbaines L'expression de « violences urbaines » est issue du vocabulaire des forces de l'ordre occidentales. Il est utilisé depuis quelques temps pour qualifier les phénomènes nouveaux de violence spécifique aux jeunes agissant collectivement contre des personnes et des biens. Il s'agit de manifestations aussi diverses que les dégradations par tags et graffitis, les vols à l'étalage, les lapidations de vitres des écoles et des immeubles, le vandalisme vis-à-vis des transports en commun, des voitures, des magasins ou des bureaux administratifs, les affrontements entre bandes, le racket à l'encontre d'écoliers ou de jeunes « bourgeois », les expéditions punitives contre des enseignants, des policiers ou des vigiles. Ce qui différencie en grande partie ces actes est leur caractère de « gratuité » : les auteurs ne gagnent rien dans ces faits, si ce n'est la possibilité de donner libre cour au ras-le-bol et à la haine qui les habitent. Le concept de « violences urbaines » tel qu'il est formulé dans le contexte occidental apparaît comme peu adapté aux réalités vécues en Afrique, où les manifestations de protestation collective vis-à-vis d'une société de laquelle on n'a plus rien à attendre, sont rares. Dans son article « La violence ordinaire dans les villes subsahariennes », Joseph Boute montre très justement que « cette distanciation collective par rapport à la société telle qu'elle est, se rencontre beaucoup moins dans les villes africaines ; les gestes de violence `gratuite' (n'ayant pas pour but l'acquisition de biens par la force, mais explicitement posés comme geste de rupture) y restent plus rares, parce que l'Africain réfléchit plus en terme de `chance' et parce que la responsabilité qu'encourt la société pour sa situation défavorable ne l'amène à réagir collectivement que dans des occasions plus rares »[iii]. Reste à savoir si les phénomènes d'insécurité en Afrique, même s'ils possèdent souvent un aspect intéressé de gains matériels, sont pour autant totalement dépourvus d'aspects contestataires, d'insoumission à une société oppressive et de révolte face à un ordre établi.
Violence structurelle Le concept de violence structurelle a été développé par le scientifique norvégien Johan Galtung (1930-)[iv]. Fondateur de la « peace research » (recherches sur la Paix) en tant que discipline académique et professeur auprès de sept universités différentes, celui-ci est l'auteur de plus de 50 livres et quelque 1000 articles. Souvent lorsque nous utilisons le terme de « violence » nous pensons à la violence physique. Galtung a vu que la violence peut prendre divers visages et que le mal peut exister sous de multiples formes aussi subtiles que méchantes. La violence structurelle est une violence qui ne blesse ou ne tue pas à coup de poings, de fusils ou de bombes nucléaires, mais à travers des structures sociales qui produisent la pauvreté, des souffrances terribles et des morts. Cela signifie que pour avoir violence structurelle il ne faut pas non plus nécessairement qu'une ou plusieurs personnes puissent être définies comme auteurs ou victimes de la violence. Des relations d'injustice et d'oppression peuvent être le résultats de structures déterminées sans que la responsabilité puisse être attribuée à une personne ou à un groupe d'individus. La violence structurelle peut ainsi être d'ordre politique, répressive, économique, religieuse, etc. Elle apparaît lorsque l'ordre social engendre directement ou indirectement des souffrances humaines et la mort. L'insécurité est une violence structurelle dans la mesure où elle affecte la vie des gens et produit des désagréments, voire de la souffrance, de manière diffuse, par la peur qu'elle génère. Il n'est pas besoin d'être victime d'agression, pour souffrir à cause du climat d'insécurité qui règne dans une ville ou un pays. [i] Cf. en particulier l’article « sécurité » dans le Dictionnaire Hachette, Paris, 1999. [ii]
Knud
E.
LØGSTRUP:
The
Ethical
Demand,
Philadelphia,
1971
(Traduit
du
Danois) [iii] Joseph BOUTE : « La violence ordinaire dans les villes subsahariennes » in Violences Urbaines au Sud du Sahara, Cahier de l’UCAC, Yaoundé, 1998 [iv] On lira en particulier de Johan GALTUNG: Peace and Social Structure: Essays in Peace Research Vol. III. Copenhagen, 1978 et Peace and World Structure: Essays in Peace Research Vol. IV. Copenhagen, 1980.
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