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Campagne Semaines Pascales 2003

Cahier d'Animation 2003

Le déroulement

Les contributions

Le Cahier d'animation

Les photos

 

Orientation de la Campagne Semaines Pascales 2003:

Le XXIème siècle a à peine trois ans et l'Afrique y a déjà inscrit des images d'horreur et de barbarie qui donnent à réfléchir. Nous avons vu par exemple dans tous les journaux à sensation les corps de généraux abattus comme des chiens dans des contextes de guerre civile ou de règlement de comptes ahurissants. Le général Robert Guéi, ancien chef d'Etat putschiste, a été exécuté « par des hommes en treillis puissamment armés » dans une Côte d'Ivoire en mal d'ivoirité et de violence destructrice. Le Commandant suprême Jonas Savimbi, génie maléfique d'un Angola en proie à une instabilité chronique où la vie n'était plus rythmée que par des massacres, s'est écroulé le 22 février 2002 sous les balles de l'armée gouvernementale. Son corps a été exposé à même le sol, comme celui d'une bête féroce enfin neutralisée, face à des paysans médusés qui n'en ont pas cru leurs yeux. Ansuman Mané, vieil héros de l'Indépendance en Guinée Bissau, est lui aussi tombé, le corps déchiqueté par des balles des troupes lancées à ses trousses par le gouvernement de son pays. Les journaux et la télévision ont montré son corps humilié et abandonné, livré en pâture à tous les regards comme le signe d'une victoire irréversible sur un ennemi abominable.

Depuis l'impensable génocide au Rwanda dont l'abomination ne cessera jamais de crier dans nos cœurs et dans notre pensée, il ne se passe pas un mois sans que ne nous parviennent de quelque part en Afrique des images de la bêtise et de la barbarie meurtrière. La guerre en RDC alimente les télévisions du monde entier en cadavres et sauvageries nègres. La République centrafricaine pourvoit les médias en tueries régulières et en théâtres sanglants d'Afrique intertropicale. La Côte d'Ivoire s'est elle aussi embrasée en prenant le relais du Liberia et de la Sierra Leone sur le marché de l'horreur africaine.

Ces images d'horreurs macabres hantent nos esprits, interpellent nos consciences et renvoient une vision de nous-mêmes qui doit nous faire réfléchir. Et cela d'autant plus que ces événements d'une violence particulièrement bouleversante ne constituent que la pointe de l'iceberg d'une horreur et d'une peur devenues quasi quotidiennes dans nos villes et campagnes. Assassinats, enlèvements, braquages, vols à mains armées, etc. : l'insécurité est devenue un des problèmes sociaux principaux dans la majorités des pays d'Afrique sub-saharienne. Alors que les couches aisées et les entreprises se retranchent dans des quartiers sécurisés par des sociétés de gardiennages privées, derrière de hautes murailles couronnées de barbelés, la population pauvre se retrouve abandonnée aux bandes de malfrats qui sévissent de jour comme de nuit, de manière à la fois dissimulée et ouverte, dans les villes principales et sur les grands axes routiers. Au Cameroun, entre 1984 et 1997 par exemple, le phénomène de coupeurs de routes, a à lui seul provoqué, selon certaines sources, près de 300 morts et causé des pertes matérielles estimées à 15 milliards de FCFA. Dans la Province du Littoral où se trouve le centre économique Douala, on a officiellement décompté en une année 3340 vols aggravés, 1014 coups et blessures, 208 meurtres et 118 enlèvements ou viols de mineurs1. Le brigandage fait dès lors l'objet d'une « banalisation » faisant de lui une facette normale de la vie quotidienne, allant jusqu'à dessiner une nouvelle géographie urbaine. On pensera pour ce qui est du Cameroun, à l'Immeuble de la mort, bâtiment public inachevé et abandonné à l'intérieur duquel il y a encore peu de temps les bandits retrouvaient refuge sous le regard même des forces de l'ordre. De même des quartiers comme Ntaba-Longkak à Yaoundé ou Ndokoti à Douala étaient réputés à une époque pas très lointaine comme étant des territoires extra-républicains, hors-la loi.

Cette normalisation et cette banalisation de l'insécurité ont pour corollaire un conditionnement psychique des populations influençant bon nombre de représentations sociales. La résignation se généralise et tend à devenir la règle. On considére par exemple comme très dangereux de courir après un voleur si on veut avoir la peau sauve et on préfère dans la plupart des cas se comporter en spectateur devant le dépouillement de tout son argent et biens divers.

Mais le plus paradoxal est sans doute que les réponses institutionnelles et informelles face à cette normalisation de la violence ne font souvent qu'augmenter le sentiment d'insécurité de la population. Ainsi le Cameroun a-t-il défrayé la chronique des associations des droits humains ces dernières années par la violence de son plan de répression du banditisme : le Commandement opérationnel. Quant à Lomé, elle est aujourd'hui une ville où personne n'ose sortir le soir en raison de la peur qu'y inspirent les forces de l'ordre. La chape de plomb d'une terreur intériorisée fait régner un ordre de violence. Cette logique paradoxale est visible dans beaucoup de villes africaines où la capacité que l'armée a de rançonner le peuple est infinie. Conseil d'un haut cadre international à un de ses confrères congolais : « Ne tente pas de traverser le Nigeria dans ta voiture. Tu risques d'y disparaître, toi et ta voiture, engloutis par les forces de l'ordre ou par les bandits des grands chemins. »

Comme beaucoup d'autres pays africains, le Bénin est devenu la terre de la vindicte populaire pour les malfrats et les voleurs. On les exécute immédiatement, pneus autour du coup, dans un feu « réparateur » dont l'effet de châtiment est fortement apprécié de la population, pour compenser le laxisme des forces de l'ordre. « Pourquoi livrer ces ennemis de la société aux forces de l'ordre qui seront toutefois obligées de les relâcher ? », demande-t-on.

Quelle image de l'Afrique ces exemples donnent-ils aujourd'hui ? De quel message sont-ils porteurs ? Que nous disent-ils sur nous-mêmes et sur notre société ? La recherche des réponses à ces questions nous pousse aujourd'hui à comprendre le problème sécuritaire en Afrique non plus seulement en termes de mise en œuvre de dispositifs de maintien de l'ordre et de protection des individus et des sociétés. Il s'agit plus que jamais de porter un regard profond sur les disfonctionnements socio-institutionnels dont sont victimes nos populations et qui génèrent des comportements jugés déviants par le système dominants.

Il y a tout d'abord les violences structurelles de types politiques : Depuis la Traite des Noirs jusqu'aux actuels combats pour la gestion démocratique de nos pays, toute l'histoire de l'Afrique contemporaine peut être analysée comme une histoire des structures et des pratiques de la violence. Cette histoire a imposé une vision du politique chez les gouvernants et structuré toute notre relation avec le pouvoir. Nos populations sont aujourd'hui profondément traumatisées par les terreurs subies à toutes les heures tragiques de notre destinée depuis cinq siècles.

Il y a ensuite les violences structurelles de types sociales : Les haines tribales, les conflits entre peuples et les antagonismes entre pays s'enracinent dans des dynamiques des profondeurs dont les racines sont souvent très obscures. Il en va de même pour les structures éducatives où sont forgés les modèles d'homme ou de femme idéal, où sont codifiés les rapports entre les genres masculin et féminin, où sont définies les valeurs sociales profondes. Aujourd'hui, ces structures fonctionnent sur l'exaltation de la force, sur la volonté de s'enrichir en écrasant l'autre, sur le mépris des liens sociaux capables de promouvoir une culture de la concorde. Tel est le problème. Il y en a un autre : celui des structures de la tracasserie et du harcèlement des citoyens par les forces de l'ordre et par tous ceux qui disposent d'une parcelle d'autorité dans la société. Cette violence dans les rapports sociaux de tous les jours est notre pain quotidien.

Il y a aussi les violences structurelles de types économiques et en particulier celles de la mondialisation qui font couler de plus en plus d'encre et de plus en plus de larmes dans nos sociétés aujourd'hui. Après avoir subi des plans stériles d'Ajustement structurel, l'Afrique n'a pas vu la pauvreté diminuer en son sein. Aujourd'hui, d'autres perspectives de développement lui sont ouvertes par ceux-là mêmes dont les projets d'ajustement ont échoué. Sur le terreau de ces violences structurelles poussent les catastrophes sanitaires comme le VIH-SIDA ainsi que l'explosion de la grande criminalité. Son empire s'étend comme un champ de désolation où grouillent nos désespérances et s'exacerbent nos frustrations, produisant des types de mentalités qui hypothèquent notre avenir. Il faut agir pour vaincre ces mentalités et les systèmes sociaux qu'elles secrètent.

Il y a ensuite les violences structurelles de types ésotériques, composées de tout ce qui a trait à la sorcellerie, à l'envoûtement, aux « empoisonnements mysti-è

èques », au commerce des âmes, à ce que l'imaginaire de notre continent tisse autour des sociétés secrètes et des forces de la nuit dans nos pays. Ces structures de violence étant permanentes dans le langage et dans nos mentalités, il est bon d'y consacrer une approche sérieuse et lucide pour voir jusqu'à quel point elles conditionnent les attitudes et les pratiques sociales, jusqu'à quel point elles insécurisent les personnes et les populations, jusqu'à quel point elles fragilisent nos capacités d'action et jusqu'à quel point elles nous affaiblissent dans nos capacités créatives.

Finalement, il y a les violences structurelles de types religieuses. Aujourd'hui, on constate que les religions sont devenues dans certains pays des facteurs de division et de violence. Elles incitent aux affrontements et déclenchent souvent des massacres. Tout se passe comme si, structurellement parlant, les religions ont en elles-mêmes des forces de destruction de la concorde sociale. Elles ont insécurisé l'Afrique et elles déploient des pratiques sociales qui éloignent les gens les uns des autres, au nom de Dieu.

Face à ces divers types de violences structurelles, génératrices de comportements violents et d'insécurité, le Cercle International pour la Promotion de la Création (CIPCRE), la Fédération des Eglises et Missions Evangéliques du Cameroun (FEMEC), le Service National Justice et Paix de l'Eglise Catholique (SNJP) et le Conseil Supérieur Islamique du Cameroun (CSIC) ont décidé conjointement d'y consacrer la Campagne Semaines Pascales 2003.Le but est de faire prendre conscience à toutes les croyantes et à tous les croyants des menaces que les violences structurelles et l'insécurité qu'elles génèrent font peser sur la société africaine, de développer une réflexion de fond sur ces problèmes et d'ouvrir la voie à des stratégies de lutte efficaces à travers des engagements concrets et des projets précis où puissent être mobilisées toutes les énergies intellectuelles, éthiques et spirituelles du Continent

 

Introduction

Repères

Études de cas

Exemples de lutte

Études bibliques

Propositions homilétiques

Poèmes et prières

Travail en groupes

Avec les enfants