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Insécurité au Togo:
le cas de la ville de Lomé.
Au Togo, la peur d'être la victime ou la cible d'une agression ou d'un acte de violence au sortir d'un coin de rue, dans
un marché ou un bar, au volant de sa voiture ou chez soi à la maison constitue une hantise permanente. Quelles sont
les causes de cette violence structurelle ? Comment est-elle vécue au Togo, plus précisément à Lomé ? Que font
les autorités pour enrayer ce phénomène et quels sont les problèmes de droits de l'homme que suscitent les efforts
de rétablissement de la sécurité par les forces de sécurité ?
L'insécurité est devenue un
fléau mondial. Et chaque jour qui passe, on a la sensation que notre
vie devient de plus en plus vulnérable,
incertaine. Comme partout ailleurs, les togolais font face aujourd'hui à une
montée croissante de l'insécurité et de la
criminalité. Dans les villes et campagnes
du pays, les cas d'agression physique, de vols à main armée, d'embuscades sur
les routes, de trafics et d'escroqueries de tout genre etc. se comptent chaque année
par dizaines. Certes, le problème
d'insécurité a toujours existé dans le pays, mais
son caractère endémique actuel remonte
aux années 1990.
En effet, la conjoncture économique des années 80, les bouleversements
socio-politiques des années 90 et la crise
politique que traverse le pays depuis lors, en fragilisant le tissu social du pays, ont
fini par créer un champ propice à la
violence et à l'insécurité généralisées.
Aujourd'hui le Togo doit faire face au chômage
sans cesse croissant des jeunes et la
paupérisation grandissante des populations. Beaucoup de togolais aujourd'hui
sont dans une situation économique et
sociale désespérée. Et ce sont eux qui
nourrissent les réseaux de criminalité et de
trafiquants. Dans un pays où les
possibilités de trouver un emploi et de gagner sa
vie honnêtement sont quasi-inexistantes, les braquages et autres formes de
cambriolage, les agressions physiques, les meurtres, les escroqueries et les trafics ne
peuvent que se multiplier.
Le phénomène est même devenu
très endémique ces derniers temps
surtout dans la capitale Lomé, où pas un jour
ne passe sans que ne soient rapportés des cas d'agressions physiques, de vols
à main armée, de braquages de
banques, de maisons de commerce ou d'habitation. A Lomé, il n'est plus très sécurisant de
se promener à certaines heures de la nuit dans certains quartiers. De plus en
plus les rues des quartiers se vident de leurs habitants entre 20h30 et 22heures.
Au Togo, la criminalité est nourrie et
entretenue par des réseaux de nationaux et
de ressortissants étrangers. Les braquages, les escroqueries, les trafics sont
souvent l'uvre de puissantes bandes composées de jeunes togolais et des
ressortissants des pays de la sous-région
(Ghana, Bénin, Niger, Nigeria) De plus en plus
de nigérians sont impliqués dans le
blanchiment d'argent, la coupure de faux billets, la délivrance de faux papiers etc.
Le phénomène de l'insécurité urbaine
et de la délinquance est si visible
aujourd'hui à Lomé et a même fini par imposer
une
architecture nouvelle à la ville. Du
plus riche au plus pauvre, dans les quartiers résidentiels comme dans les
banlieues, les habitants installent des clôtures et
des grilles métalliques pour protéger
leurs biens et leur intimité. Les habitations
sont devenues de véritables pénitenciers
où l'aération fait défaut. L'élévation des
clôtures et des murs autour des maisons, la multiplication des services de
sécurité privés constituent autant d'indices
pour nous informer sur l'ampleur du fléau.
L'action des forces de l'ordre et les problèmes de droits humains.
Au Togo, les questions de sécurité
intérieure relèvent du domaine de la
gendarmerie et de la police nationale. Certes les services de sécurité manquent souvent
de moyens pour accomplir leur mission, mais dans l'ensemble un certain nombre
d'actions ont été entreprises pour lutter
contre l'insécurité dans le pays. Depuis
un certain temps, la police et la gendarmerie ont été restructurées, les effectifs
augmentés. Grâce à l'appui de pays
amis comme la France et le Japon, les services de sécurité bénéficient
régulièrement de dons en matériels notamment en
véhicules pour leurs interventions
d'urgence et les patrouilles. La police et la
gendarmerie sont souvent assistées par les
forces armées togolaises qui font presque quotidiennement des patrouilles
nocturnes surtout à Lomé. En dehors des
services publics de sécurité, il s'est
développé ces dernières années dans le pays
la création de services de sécurité
privés dont les agents sont souvent postés à
l'entrée des services privés ou
parapublics, les banques et commerces et les
habitations. Certains quartiers ont aussi organisé leurs propres vigiles.
Les efforts des forces de sécurité
pour lutter contre la criminalité et l'insécurité
à Lomé et dans l'ensemble du pays ne
se passent pas sans poser de sérieux problèmes de droits de l'homme.
Accusées souvent d'être à la solde du pouvoir
en place, les forces de sécurité publiques
ne sont pas toujours bien vues et bien comprises lors de leurs patrouilles et
interventions dans les quartiers. Il est vrai,
durant leurs multiples interventions, les agents de sécurité sont souvent
responsables d'abus qui sont en réalité des
violations des droits et libertés des citoyens.
Les fouilles intempestives et les interrogatoires interminables, les harcèlements
dont sont régulièrement victimes les
usagers de la route, les habitants des quartiers n'en sont que quelques visibles
illustrations. Pour un citoyen paisible de
Lomé, la vue ou la rencontre des forces de
sécurité surtout la nuit constitue souvent
une expérience cauchemardesque. La
scène se présente souvent comme suit :
vous vous baladez la nuit, vous rencontrez une patrouille des forces de sécurité.
Vous êtes stoppé et soumis à un long et
interminable interrogatoire. Au finish vous vous rendez compte que l'on vous réclame
de l'argent. Si vous n'en avez pas cela devient un calvaire pour vous. Vous
risquez d'être soumis à des traitements
dégradants, à des menaces etc. Un autre
aspect du problème est dû plutôt au
manque de moyens et à la corruption grandissante au sein de l'administration
publique. Par exemple, si vous êtes victime d'une agression et vous appelez la
police ou la gendarmerie, aucun agent ne pourra venir sous prétexte qu'il n'y a pas de
véhicule .
On a également constaté que beaucoup de criminels même récidivistes ne
sont pas poursuivis en justice ou punis. Des criminels arrêtés et remis à la police
ou même condamnés se retrouvent peu
de temps après en liberté sans avoir
épuisé leur peine. Des pots de vin versés à
des gardiens de prison, des magistrats, des commissaires de police et autres
hauts fonctionnaires de
l'Etat peuvent conduire à la mise en liberté inconditionnelle
de criminels dangereux. Ainsi de plus en plus de togolais estiment que lorsque
vous remettez un cambrioleur ou un brigand aux mains de la police, vous lui offrez
plutôt une aubaine. Il y a à cet effet une
anecdote qui raconte l'histoire d'un voleur capturé dans un quartier populaire de
Lomé et qui suppliait la foule de l'amener à
la police, sûr qu'il serait libéré par la
suite sans trop de problème. Cette
situation entraîne une tentation de plus en
plus grande chez les populations de se faire justice elles-mêmes. Ainsi, il est de
plus en plus fréquent de retrouver des
voleurs lynchés ou brûlés vif par les
populations et dont les corps sont abandonnés
dans la rue au petit matin. Le danger, c'est que l'on puisse tuer ainsi facilement des
innocents.
En définitive la situation d'insécurité
grandissante à Lomé et dans l'ensemble
du pays constitue une préoccupation
sérieuse pour
l'Etat et les populations
togolaises. Jadis enviée pour son
atmosphère paisible et tranquille, Lomé est en
train de devenir à l'instar d'autres villes
africaines un nid d'insécurité et de
criminalité.
Par Kodjo Agbéssignalé
Afanvi
Enseignant de Lycée à Lomé, Chargé
de Programmes et de Recherches, Coordonnateur du Programme Jeunesse,
Responsable du Département Paix et Droit de l'Homme de l'Association
Internationale des Educateurs pour la Paix du Monde
-Section Togo (AIEPM-TOGO) / International Association of Educators for
Peace
(IAEWP).
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