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Campagne Semaines Pascales 2002

Pour une société sans violence, combattons le tribalisme et la corruption

Cahier d'Animation 2002

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Le Cahier d'animation

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Bible et Violence: Suis-je le gardien de mon frère ? 

 

Par la Pasteure Félicité Débat[1], Paris

 

La violence tient une grande place dans la Bible. Le sujet est vaste, il nous touche tous à chaque étape de notre histoire individuelle ou collective. Mais comment l’aborder ? Au lieu de nous contenter d’inventorier de façon très étroite les lieux et les expressions parlant de violence, nous proposons ici quelques pistes de réflexions à partir d’un texte connu…

 

On trouve dans la Bible des textes sur la violence particulièrement insoutenables comme le sacrifice raté d’Isaac et celui de la fille de Jephté promis par son père à Dieu, ou encore celui de la jeune femme de Juges 19, saucissonnée et dont les morceaux sont envoyés à chaque tribu d’Israël. D‘autres passages véhiculent le thème de la violence dans un langage assez différent, moins explicite : par exemple l’idée de domination de l’homme sur la femme. Pourtant, c’est sans doute le récit du meurtre d’Abel par son frère Caïn qui cerne le mieux le thème de la violence liée à la corruption et au tribalisme.

 

L’expérience de l’inégalité et de la différence …

L’histoire de la violence dans la Bible commence avec Caïn et Abel. De Caïn, le texte fait parler la mère : « J’ai procréé un homme avec le Seigneur ». D’Abel, le texte dit surtout qu’il est frère. La rivalité entre frères constitue une des thématiques du livre de la genèse (Isaac et Ismaël, Esaü et Jacob, Joseph et ses frères). Le récit de Gn. 4 donnera une issue sanglante à cette rivalité dont l’origine a été longtemps interprétée comme liée aux professions divergentes des deux frères (agriculteur et éleveur). Aujourd’hui l’exégète actuel le lit plutôt comme une expérience de l’inégalité. Dieu reconnaît le sacrifice d’Abel non celui de Caïn. Comment les frères en sont informés ? Le texte ne le dit pas, de même qu’il reste silencieux sur ce qui a motivé le choix partial de Dieu. Le narrateur laisse un blanc qu’il nous faut accepter. La violence naît ici de l’incapacité de Caïn d’accepter l’inégalité. Vue sous cet angle, la violence devient incontournable dans une société.

 

Tuer ou être tué…

Une lecture moralisante de Gn 4 a fait d’Abel la victime, l’homme bon, et de Caïn le modèle à ne pas suivre, l’horrible assassin. Or cette lecture ne tient pas compte de la réaction qui est prêtée à Dieu dans ce texte : Caïn sait qu’il a déclenché le cycle de violence, celui qui a tué a peur d’être tué à son tour. Dieu intervient pour protéger le meurtrier en lui mettant un signe qui empêche qu’on le tue. Caïn, même meurtrier, reste une créature de Dieu. Caïn aura un avenir et une descendance.

Mais comme l’écrit un théologien, ce récit nous interdit de prendre l’un ou l’autre des protagonistes comme modèle. Heureusement ! car l’humanité n’est pas enfermée dans ce choix de tuer et d’être tué. D’après le récit biblique, nous ne descendons ni d’Abel, ni de Caïn, mais du troisième fils d’Adam et Eve : Seth. Sans doute cela signifie-t-il que nous sommes invités à agir non pas en fils d’Abel ou en fils de Caïn, mais en fils de Seth…

 

Dominer la bête

En finale, Gn. 4 nous présente une réflexion sur la violence comme faisant partie de la condition humaine, et découlant de l’expérience de l’inégalité, de la différence. Dieu confronte Caïn à cette expérience que tout homme doit faire dans sa vie. Il l’encourage littéralement à « dominer la bête tapie à sa porte ». Caïn, sans répondre à Dieu, se tourne vers son frère Abel et le tue. L’échec de ce dialogue est suivi d’une autre tentative de communication qui échoue. Au v. 8, dont la traduction reste bien incertaine, Caïn ouvre la bouche mais sans rien dire, la citation est manquante. Caïn dit à son frère Abel… Vient ensuite le meurtre d’Abel, comme conséquence de cette parole manquée. La gestion de la violence ne suppose nullement sa négation ou son abstention dans les conflits qui secouent notre vie et notre époque. Affronter la violence, c’est y être mêlé. Dominer, n’est-ce pas la responsabilité de la mission confiée par Dieu au couple humain d’Eden ? En fin de compte, il s’agit de revisiter notre responsabilité face à notre vocation de créatures de Dieu : accomplir ce pour quoi on a été créés. J’emprunte ces mots de la fin à un autre auteur : il ne s’agit que de devenir ce que nous sommes… c’est-à-dire des humains mais cela est possible avec l’espérance en Christ, et c’est le programme de toute une vie



[1] Félicité Débat, d’origine congolaise, est pasteure dans une paroisse luthérienne à Paris. Elle intervient régulièrement au Cameroun dans le cadre de formations à l’animation biblique

 

Cahier d'Animation 2002

 

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