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Campagne Semaines Pascales 2002

Pour une société sans violence, combattons le tribalisme et la corruption

Cahier d'Animation 2002

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Le Cahier d'animation

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Du tribalisme et de la corruption à la violence : Le cercle vicieux des fléaux

 

Par le Pasteur Reto Gmünder

 

Pour une société sans violence, combattons le tribalisme et la corruption. Le slogan de la Campagne Semaines Pascales 2002 implique un rapport étroit entre trois fléaux majeurs de notre société. Sans prétendre faire le tour de la question, voici quelques réflexions qui permettront d’entrevoir tout au moins la complexité de ces liens.

 

Et voici tout d’abord quelques images :

En janvier 1992, lors de la distribution de cartes d’électeurs à Kousseri (Extrême-Nord), un Kotoko est soupçonné de vouloir s’en procurer sans être Camerounais (les Kotokos étant catalogués proches de l’UNDP, alors que les Arabes Choas soutiendraient le RDPC au pouvoir). Un coup de feu, probablement d’un Arabe Choas, embrase la région où les protagonistes sont pris de barbaries d’une rare bestialité. Les bilans les moins alarmistes parlent de 400 morts.

En octobre de la même année, alors que la rumeur donne déjà le leader de l’opposition John Fru Ndi vainqueur des élections présidentielles, les Bamilékés, suspectés d’avoir eu le culot de voter pour lui, sont pourchassés dans le Sud, tout particulièrement à Ebolowa et à Sangmelima. Leurs biens sont confisqués ou détruits. Ce n’est qu’après la proclamation officielle des résultats qui confirmaient Paul Biya vainqueur que la tension baisse.

Quelques années plus tard, en juillet 1999, la nomination de Mgr André Wouking, un Bamiléké, comme Archevêque de Yaoundé est l’occasion d’une résurgence de pulsions xénophobes. Le jour de l’intronisation, des Bétis érigent des barricades sur la route Bafoussam-Yaoundé , avec l’intention d’empêcher les Bamilékés d’entrer dans la capitale.

Plus récemment, le 5 janvier 2001, les commerçants du marché central de Mbouda, dans l’Ouest, ferment subitement leurs boutiques pour descendre dans la rue. Ils mettent le feu à de vieux pneus dans le but de bloquer le passage de la route principale, jetant des pierres sur les cars qui osent braver leur blocus. Tous les kiosques du PMUC sont brûlés. Cette montée soudaine de violence vient en réponse à une récente descente de gendarmerie au marché conduite par un commandant de compagnie raquetteur, mais par trop gourmand : « 500’000 francs contre protection » rapporte le Messager du 12 janvier 2001. Quelques jours plus tard c’est Dschang qui s’embrase pour de semblables raisons d’abus d’autorité, avec plus de 3000 personnes dans les rues.

 

Beaucoup d’autres histoires pourraient être ajoutées à cette liste, montrant avec évidence le lien qui existe entre tribalisme, corruption et violence. Or, il ne s’agit pas de simplifier ici les choses, en réduisant la forte complexité des relations entre ces trois fléaux. Il ne s’agit pas simplement de dire que le tribalisme et la corruption sont les causes directes de la violence et qu’il suffirait de faire disparaître ces deux maux pour vivre dans une société juste et pacifique. Il s’agit par contre, tout au long de la Campagne, de percevoir à quel point notre société est violente, à quelle point cette violence est entremêlée de corruption et de tribalisme et combien la mobilisation de toutes les forces vives est nécessaire aujourd’hui contre ces fléaux et pour la justice, la paix et les droits de la personne humaine.

Tout d’abord, il est peut-être nécessaire de souligner le lien le plus direct entre ces trois réalités. C’est que le tribalisme tout comme la corruption sont en soi déjà une violence commise sur les individus. Ils sont en effet en tant que tel déjà une atteinte à la dignité de la personne et une violation de ses droits (non-discrimination, égalité des chances, libre établissement au sein du pays, garantie de la propriété, etc.). Quels que soient le cas et les circonstances, un comportement tribaliste et un fait de corruption sont déjà des actes de violence soit d’ordre psychologique ou moral, soit verbal soit tout simplement économique.

 

La violence physique ne vient la plupart du temps que plus tard et souvent en réponse à ces comportements abusifs. C’est en effet fréquemment l’injustice créée par le tribalisme et la corruption qui génère dans la population des attitudes et des agissements violents. Nous connaissons tous cela : parmi beaucoup de personnes, toutes plus impatientes les unes que les autres, vous êtes en train de faire la queue en attendant votre tour. Arrive une personne qui se croit au-dessus de tous et qui ne se soucie pas de la file. Elle passe directement à l’avant et pour une raison obscure, de corruption ou de tribalisme, elle réussit effectivement à se faire servir directement. Vous sentez alors venir en vous cette rage intense, cette forte amertume qui ne demande qu’à s’exprimer. Dans ce cas précis, sans doute, vous serez encore capable de vous retenir. Mais d’autres personnes, dans d’autres circonstances, à force d’être écrasées, trompées, flouées, abusées, n’en pourront plus et exploseront. Une violence qui très souvent, malheureusement, n’atteint pas les auteurs réels des injustices. Elle sera plutôt indirecte et diffuse (cf. la révolte des commerçants de Mbouda ), prenant parfois simplement la forme de délinquances ou de vandalisme.

Mais il n’y a pas que l’injustice qui favorise le développement de la violence. Tribalisme et corruption instituent également un climat d’impunité et de désordre qui constitue un terreau fertile pour la prolifération de la violence. Jugements truqués, rapports de police falsifiés, silence des agents de maintien de l’ordre achetés. Il n’y a rien qui m’empêcherait d’agir comme je le veux, surtout si j’ai un frère haut placé. La loi n’est pas appliquée et s’adapte au rang de la personne concernée. Des innocents sont arrêtés tandis que de vrais voleurs sont relâchés après payement d’un petit bakchich. Insécurité, règlement violent des disputes, justice populaire et exactions des forces de l’ordre sont les corollaires immanquables de cette véritable décrépitude de l’espace public en général.

 

Si donc ainsi les liens de causes à effets existent réellement entre tribalisme, corruption et violence, il faut aussi savoir se méfier de certaines apparences trompeuses. Parfois en effet ce qui se présente de prim abord comme un conflit tribaliste n’est pas vraiment dû à de simples préjugés et stéréotypes, à des complexes de supériorité ou à des comportement de favoritisme. Souvent le tribalisme n’est qu’un prétexte pour manipuler la population afin d’étendre et d’intensifier un conflit dont les causes sont ailleurs. Derrière des discours chauvins de solidarité de sang, de défense d’identité et de culture se cachent alors souvent des intérêts plus prosaïques et égoïstes : matériels ou financiers, liés au pouvoir ou au prestige. Une analyse précise et détaillée s’avère donc toujours nécessaire.

Cela d’autant plus que les liens de cause à effet qui sont parfois inventés dans le cas du tribalisme, sont d’autres fois dissimulés dans le cas de la corruption alors qu’ils existent bel et bien. On pensera par exemple au cas d’un chef de service escroc, fraudeur et détourneur de fonds qui organise un cambriolage ou un incendie dans son entreprise afin de camoufler ses méfaits. Voilà donc un autre cas de lien direct entre corruption et violence.

Mais peut-être cherchons-nous déjà trop loin et sommes-nous déjà allés vers des cas trop complexes pour notre propos ici. Quoiqu’il en soit, il s’agissait simplement d’engager la réflexion sur les liens entre corruption, tribalisme et violence, afin d’éviter une simplification de la réalité et d’ouvrir les débats qui ne manqueront pas de surgir tout au long de la Campagne Semaines Pascales 2002.

 

Cahier d'Animation 2002

 

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