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Campagne Semaines Pascales 2002

Pour une société sans violence, combattons le tribalisme et la corruption

Cahier d'Animation 2002

Le déroulement

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Le Cahier d'animation

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La Violence en 10 affirmations

 

Il existe beaucoup d’études sur la violence, essayant d’en comprendre les mécanismes, de sonder tous les « pourquoi ?» et les « comment ?». Sans pouvoir ici faire une analyse exhaustive de tous ces aspects, voici du moins quelques repères fondamentaux présentés sous forme de 10 affirmations…

 

1. La violence est une manière pervertie d’interagir

La violence marque une crise de relation, c’est une évidence. L’interaction, au sens d’un rapport de réciprocité, d’un va-et-vient entre deux protagonistes, est anéantie. La violence ne cherche plus qu’à agir sur l’autre dans le but de l’amener à un certain comportement ou de lui imposer un état de fait. Dire « sur » est important dans ce contexte puisque ce mot désigne tout le décalage, marqué par une recherche de domination, qu’il y a dans la relation. Bien sûr l’action suscitera certainement une réaction – souvent violente – chez l’autre. Mais il ne s’agit là que d’un semblant d’interaction, une perversion. Car la réponse de l’autre n’est pas ce qui est recherché par l’acte violent. Au contraire, ce qui est visé, c’est son silence, son assentiment ou sa fuite. L’autre est nié (symboliquement mis à mort diront certains) en tant que vis-à-vis et même en tant que sujet autonome. Il n’est plus qu’un objet à qui l’on impose une volonté, une domination et des souffrances.

 

2. La violence n’est pas que physique

La souffrance et la domination infligées ne sont pas forcément d’ordre physique. Les méthodes utilisées pour s’imposer peuvent être de types très divers. Il existe ainsi d’autres formes de violence que simplement les coups, les blessures et d’autres atteintes corporelles. A côté des violences physiques qui peuvent s’exercer sur des personnes ou sur des biens, et parmi lesquelles il faut mentionner de manière particulière les violences sexuelles, on distingue également les violences psychologiques ou morales (humiliation, abandon, menaces), les violences verbales (injures, calomnies), les violences économiques (privation de ressources), les violences politiques (privations de droits), etc. Quelle qu’en soit la forme, la violence est toujours un viol de la personne : viol de son identité, de ses droits, de son corps, de ses biens. A chaque fois, c’est comme un processus de mise à mort, de meurtre, car porter atteinte à la dignité de la personne, c’est déjà porter atteinte à sa vie.

 

3. La violence plonge ses racines dans la nature animale de l’être humain

La violence peut-être comprise comme un dérivé lointain de l’instinct de combativité présent chez la plupart des mammifères. Cette agressivité animale est en effet liée à la lutte pour la survie dans un contexte où des individus d’une même espèce ou d’espèces différentes sont en concurrence pour les ressources alimentaires, la défense d’un territoire, la séduction des femelles ou la défense des jeunes. L’humain en se détachant de la condition animale ne s’est pas entièrement affranchi des instincts qui y sont liés. Pourtant ce lien avec la nature animale présente en tout être humain ne fait pas de la violence une fatalité, inévitable destin de l’humanité. Car ce qui fait la particularité de l’être humain est justement cette capacité de dominer ses pulsions agressives. Il se distingue de l’animal par le fait qu’il a appris à faire la part des choses entre la violence destructrice de l’autre et une saine combativité et affirmation de soi, permettant d’affronter les obstacles de la vie sans se dérober.

 

4. La violence n’est pas toujours spontanée

Cette perversion des interactions qu’est la violence peut survenir de deux manières essentiellement : comme phénomène incontrôlé, se développant spontanément, ou comme acte calculé, prémédité et rationnel. D’abord, notamment en raison de ses liens avec ces couches instinctives de la nature humaine, la violence peut être le résultat d’un glissement incontrôlé vers l’abîme, où une relation se détériore brutalement ou lentement, sans que les protagonistes contrôlent véritablement le processus. C’est le cas par exemple dans la plupart des conflits qui s’aggravent à cause de l’obstination des parties à camper sur leurs positions, menant à des actes violents alors même que c’est ce que toutes deux voulaient éviter. Mais parce que la violence constitue aussi une méthode de domination et d’imposition de sa volonté, elle peut aussi résulter d’un choix stratégique prémédité et bien calculé. C’est le cas par exemple du terrorisme, qu’il soit rebel ou d’Etat (intimidations, censure, torture), des génocides, de l’apartheid ou de l’esclavage. Il faut noter que la limite n’est pas toujours évidente entre la violence spontanée et la violence calculée.

 

5. La violence génère la violence

Parce qu’elle est atteinte à l’intégrité d’une personne, la violence ne suscitera par toujours le silence, l’assentiment ou la fuite escomptés. Le plus souvent elle provoque au contraire chez l’autre cette agressivité instinctive et cette combativité naturelle dont nous parlions plus haut. Ce qui entraîne donc en réaction de nouveaux actes violents. Ainsi la violence génère souvent plus de violence, qui risque de générer encore plus de violence… Il s’agit d’un cercle vicieux qui a toujours tendance à s’aggraver. Une insulte entraîne une injure qui entraîne un menace qui entraîne un geste provocateur qui entraîne un coup d’intimidation qui finalement mène à la violence physique. C’est ce que l’on appelle l’escalade de la violence. Paradoxalement cette escalade est rarement recherchée par les protagonistes. Chacun croit plutôt pouvoir mettre fin à la dispute en posant un acte qui fera définitivement reculer l’autre. Mais, au lieu de céder, celui-ci souvent choisira plutôt de contre-attaquer…

6. Derrière la violence se cachent des problèmes plus profonds.

Parce que la violence est souvent une réaction à une agression ou à une frustration, elle est en soi plutôt un symptôme qu’une maladie. La réaction n’est d’en effet pas toujours adressée de manière directe à la source de l’offense ressentie. On connaît l’histoire de l’employé qui se fait injurier par son chef et qui à la maison agresse sa femme qui à son tour bat son enfant qui lui se venge sur son petit-frère… La violence peut donc dans un certain contexte servir d’indicateur pour la présence de problèmes plus profonds : injustices, frustrations, violations de droits, privations économiques, etc. Or la réaction violente est aussi le signe que ces problèmes et ces malaises ne sont pas affrontés directement. Il est en effet toujours plus difficile de s’attaquer à un problème de face, calmement et raisonnablement, que d’y aller avec force et violence. Mais il arrive aussi que l’approche calme et raisonnable ne soit tout simplement pas possible. La violence devient alors une simple échappatoire (cf. l’article «le cercle vicieux des fléaux» en page 11).

 

7. La violence est une drogue

Peut-être à cause de ses liens avec les instincts bestiaux qui sont en chaque individu, peut-être à cause de la sensation de domination qu’elle procure, la violence provoque souvent une effet grisant, enivrant, sur les acteurs, comme de l’alcool. On parle parfois de « soif de sang ». Une populace qui brutalise une victime se comporte comme si elle était envoûtée et va jusqu’à la lyncher sur place ; certains militaires et tortionnaires deviennent comme fous par l’exercice de la violence et vont jusqu’à en demander toujours d’avantage ; de plus en plus, on considère les hommes maltraitant leurs femmes comme des malades nécessitant un traitement psychothérapeutique. Ce sont là les signes des effets psycho-actifs de la violence qui maîtrisent la personne et peuvent la rendre dépendante à la manière d’une drogue.

 

8. La violence demande une intervention extérieure

Deux personnes ou deux groupes de personnes engagées dans un échange d’actes de violences graves sont en principe incapables d’en sortir par eux-mêmes. Prise dans une logique d’attaques et de contre-attaques en pleine escalation, leur violence physique nécessite souvent une intervention extérieure. Le plus urgent dans ces cas-là est évidemment la séparation des deux protagonistes dans le but tout simplement de limiter les dégâts. Un autre type d’intervention qui s’avèrera souvent nécessaire est l’arbitrage, notamment là où un différend oppose les protagonistes, demandant à être tranché. Il faut noter que ces deux tâches sont en principe attribués à l’Etat au niveau de la police (séparation) et du tribunal (arbitrage). D’où l’importance d’avoir un système juridique fonctionnel pour diminuer les risques de violence.

 

9. L’Etat a le monopole de la violence légitime

Pour remplir ses tâches d’interventions extérieures en cas de violence, l’Etat a besoin de pouvoir utiliser la force et donc la violence de manière légitime. Le maintien de l’ordre public est ce qui justifie l’exercice de la violence par l’Etat. Les décisions de police par exemple ne sont légales que si elles sont fondées sur la nécessité de maintenir ou de rétablir l’ordre public. Or il n’est pas facile de faire une distinction claire entre usage légitime et illégitime de la violence par l’Etat, car elle se fonde sur un équilibre fragile entre les contraintes sociales et les libertés individuelles. Heureusement, il existe des gardes-fous qui permettent de s’assurer que tous les moyens ne sont pas bons pour arriver à son but, fût-il celui du maintien du bien commun. Il s’agit des Droits de l’Homme.

 

10. Les abus de la part de l’Etat constituent la pire forme de violence

Parce qu’il est cette instance qui justement doit prévenir la violence, l’Etat ne doit en aucun cas devenir lui-même violent de manière injustifiée et incontrôlée. Car dans ce cas-là, qui interviendra ? Il existe certes des instances internationales allant des casques bleus au Tribunal Pénal International. Mais ceux-ci ne sont que très rarement capables de réparer les torts gigantesques que produit dans une société l’usage incontrôlé de la violence par une Etat. C’est pourquoi les premiers lieux d’une mobilisation générale contre la violence doivent être les lieux d’abus, de corruption, d’excès et d’impunité au sein de la structure de l’Etat et en particulier dans le système juridique et parmi les forces de maintien de l’ordre.

 

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