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Campagne Semaines Pascales 2002

Pour une société sans violence, combattons le tribalisme et la corruption

Cahier d'Animation 2002

Le déroulement

Les contributions

Le Cahier d'animation

Les photos

 

Les mots pour le dire

 

Avant même de nous mettre au travail, il est toujours bon de nous accorder sur le sens que nous donnons aux mots (et aux maux). Voici donc quelques propositions de définitions.

 

Corruption[1] :

On définit couramment la corruption comme « l'abus du pouvoir public à des fins privés » ou comme « un comportement qui dévie du devoir formel d'une responsabilité publique pour des raisons de gain à connotation privée (personnelle, familiale, clanique) en argent ou en statut»[2]. En regardant le phénomène par l'autre bout, on définira également la corruption comme une pression orientant certaines prises de décisions et provoquant ainsi le favoritisme et l'injustice.

 

Tribalisme :

Le tribalisme est un amour ou une fierté trop grands pour sa propre tribu, allant jusqu'à provoquer la haine ou la volonté de faire du mal. Le tribalisme est lié à des préjugés, des stéréotypes, des exagérations, des généralisations, des complexes de supériorité et surtout la peur. Il pousse ainsi à favoriser ou à défavoriser quelqu'un au nom de son origine ethnique.

Le tribalisme est différent de la tribalité qui désigne le sentiment d'appartenir à une tribu pouvant prendre la forme d'un amour ou d'une fierté d'être de telle ou telle origine.

 

Violence :

Les dictionnaires parlent de la violence comme d'une « force brutale pour soumettre quelqu'un » (Petit Robert, 1992), d'une « contrainte illégitime, physique ou morale » (Hachette, 1999). Il s'agit ainsi avant tout d'une atteinte à autrui dans son intégrité physique ou morale, ses possessions ou sa participation symbolique et culturelle[3]. Celle-ci peut être directe ou indirecte : on peut tuer de sa main ou donner l'ordre de bombarder. Elle peut se faire de manière massée ou distribuée : on peut tuer d'un coup ou laisser peu à peu mourir. Finalement, elle s'exerce à des degrés variables : on peut tuer, blesser, contraindre, menacer ou même simplement menacer de menacer (en se promenant p.ex. l'arme à la bandoulière)[4].

 

Agressivité :

L'agressivité est une puissance de combativité et d'affirmation de soi. Constitutive de ma propre personnalité, elle me permet d'affronter l'autre sans me dérober. Elle se différencie de la violence du fait qu'elle n'est pas forcément destructrice, n'atteint pas forcément l'autre dans ce qu'il est ou dans ce qu'il possède. L'agressivité est nécessaire pour survivre. Sans agressivité, nous serions constamment en fuite devant les menaces que les autres et l'environnement font peser sur nous ; nous serions incapables de surmonter la peur qui nous retient de combattre face à l'adversité. La violence apparaît alors comme une perversion de l'agressivité.

 

Conflit :

Tout conflit n'est pas forcément violent. Toute violence n'est pas forcément conflictuelle. Le conflit est une relation d'adversité, de tension, d'affrontement où les désirs de l'autre s'opposent à mes propres désirs, où les projets de l'autre contrarient mes propres projets, où les droits de l'autre empiètent sur mes propres droits, où la liberté de l'autre menace ma propre liberté, où finalement l'existence de l'autre défie ma propre existence. Le conflit est donc naturel, lié à l'interdépendance d'individus et de groupes qui sont différents dans leurs besoins, leurs projets ou leurs intérêts. C'est à travers les conflits que je me fais reconnaître de l'autre et qu'il se fait reconnaître de moi. Ainsi le conflit est-il au centre des rapports entre personnes et entre collectivités humaines. Sa fonction est de construire entre elles des relations de justice

 

Lutte :

L'existence est véritablement une lutte pour la vie. Pour défendre mes propres droits comme pour défendre les droits de ceux dont je veux être solidaire, je dois entrer en lutte contre ceux qui les menacent ou leur portent atteinte.

Il serait illusoire de croire qu'il est habituellement possible de faire l'économie de ce moment de lutte et d'affrontement. Seule la lutte permet de créer un rapport de force capable de contraindre un adversaire à respecter le droit et la justice. La lutte a précisément pour fonction de créer les conditions d'un dialogue qui permette de négocier une solution juste du conflit. Il n'y a de paix que dans la justice et il n'y a de justice que par la lutte. Mais la lutte pour la justice exige des moyens justes, c'est-à-dire non-violents.

 

État :

On définit couramment l'Etat comme une forme d'institutionnalisation du pouvoir politique, d'autorité souveraine s'exerçant sur l'ensemble d'un peuple dans les limites d'un territoire déterminé. L'État se compose donc de trois éléments : un territoire, une population et un gouvernement. À l'époque contemporaine, il représente le cadre courant de la domination politique. Sur le plan intérieur, l'État moderne se caractérise par son monopole de la violence légitime, c'est-à-dire l'usage légal de la contrainte sur les personnes. Vis-à-vis de l'extérieur, le trait distinctif de l'État moderne est la souveraineté, autrement dit son indépendance totale, et sa compétence illimitée.

 

Atteinte à l'ordre public :

Cette notion juridique désigne un comportement qui met en danger des valeurs dont les pouvoirs publics jugent nécessaire d'assurer le respect. On oppose souvent la notion d'ordre public au respect des libertés individuelles. C'est la nécessité de protéger la société en général qui justifie que l'État dispose du monopole de la violence légitime afin de maintenir l'ordre public, en limitant parfois les libertés individuelles. Le maintien de l'ordre public peut notamment justifier des restrictions à la liberté d'aller et venir.

 

Terrorisme :

Il s'agit d'une forme particulière de violence (réelle ou symbolique) exercée de manière systématique, stratégiquement réfléchie, dans un but politique. Dans sa forme la plus courante, le terrorisme est un moyen de pression permettant d'imposer une contrainte sur l'action des gouvernements ou des institutions qu'il vise. Dans sa forme extrême, le terrorisme peut aller jusqu'à la remise en question de l'ordre politique et social existant, ou même jusqu'à la révolution. Lorsqu'il est pratiqué par des groupes non gouvernementaux, des unités secrètes ou illégales, le terrorisme constitue le plus souvent un phénomène transfrontalier. S'il vient à être utilisé par un État, il se caractérise par l'instauration d'un régime de violence contre des citoyens, des groupes de citoyens ou des groupes communautaires.                   

 

Génocide :

On qualifie de génocide le crime consistant à détruire ou à tenter de détruire un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Il est défini par la convention de l'ONU sur la prévention et la répression du crime de génocide de 1948 à la fois comme crime de guerre et comme crime de temps de paix. Aux termes de l'article 7 de cette convention, les personnes accusées de génocide sont jugées par un tribunal compétent de l'État sur le territoire duquel le génocide a été commis, ou par le Tribunal pénal international qui devrait voir le jour au cours de l'année 2002. Malheureusement, malgré cela, de nombreux actes considérés comme constitutifs de génocide ont pourtant été perpétrés depuis l'entrée en vigueur du texte de la convention : au Biafra, contre les Ibos, en 1969!; au Cambodge, de 1975 à 1979, où les déportations en masse et les travaux forcés imposés à la population par les Khmers rouges ont conduit à la mort plus de deux millions de personnes. Le traitement infligé aux Kurdes en Irak dans les années quatre-vingt, le «!nettoyage ethnique» mené par les Serbes au dépens des Musulmans bosniaques dans l'ex-Yougoslavie, entre 1992 et 1995, et les massacres de 500 000 habitants du Rwanda, pour la plupart des Tutsis, par les Hutus en 1994 sont aujourd'hui assimilés par certains observateurs à des actes de génocide. Mais les controverses sur la qualification même de ces crimes, les obstacles rencontrés par le Tribunal pénal international (TPI), instauré par une résolution de l'ONU en date du 25 mai 1993 pour «!juger les personnes responsables de graves violations du droit humanitaire!» dans l'ex-Yougoslavie, témoignent des difficultés rencontrées par la justice internationale pour punir et réprimer les crimes contre l'humanité.

 

Pacifisme :

Il s'agit d'un courant philosophique, politique et idéologique caractérisé par l'opposition à la guerre et à toute forme de violence, qui s'exprime de manière individuelle ou dans le cadre d'un mouvement organisé. Le pacifisme trouve ses fondements dans des préceptes moraux ou des croyances religieuses, auxquels s'ajoutent parfois des considérations sur les implications sociales et politiques de la guerre.

 

Non-violence :

Courant philosophique et politique proche du pacifisme, la non-violence va plus loin que celui-ci dans la mesure où, au-delà du refus de la guerre et de la violence, elle développe une véritable stratégie de changement social. La non-violence ne présuppose pas un monde sans conflits: en réalité, on ne peut parler d'action non-violente qu'en situation de conflit. Pour les adeptes de la non-violence, les divers discours pacifistes, qu'ils soient juridiques ou spiritualistes, se trompent lorsqu'ils ne voient les enjeux qu'en termes de promotion du droit, de la confiance, de la fraternité, de la réconciliation, du pardon et de l'amour. L'enjeu premier de la non-violence est la justice.

En ce sens, la non-violence s'oppose non seulement à la violence mais surtout à la passivité et à la résignation. Devant l'injustice en effet, la passivité est une attitude plus répandue que la violence. La capacité de résignation des hommes est plus grande que leur capacité de révolte. Aussi, l'une des premières tâches d'une action non-violente est-elle de « mobiliser » ceux-là mêmes qui subissent l'injustice, c'est-à-dire de réveiller leur agressivité pour les préparer à la lutte. « La non-violence, affirmait Gandhi, suppose avant tout qu'on est capable de se battre ». L'action non-violente collective doit permettre de canaliser l'agressivité des individus en sorte qu'elle ne s'exprime plus par les moyens de la violence destructrice qui risquent de créer de nouvelles injustices, mais par des moyens justes qui permettent de construire une société plus humaine[5].


[1] Nous reprenons ici les définitions déjà proposées dans le Cahier d'Animation de l'année 2001 « Combattons le tribalisme et la corruption pour une gestion transparente »

[2] J.S.NYE « Corruption and Political Development : A Cost-benefit Analysis » in American Political Science Review, vol.61, no2, 1967, pp 417-427. C'est nous qui traduisons.

[3] Il s'agit de l'atteinte à la foi, aux coutumes ou à la langue, p.ex. par l'interdiction d'une langue, la fermeture d'un lieu de prière, la destruction de livres, etc.

[4] D'après François Stirn : Violence et Pouvoir, Hatier, Paris, 1978, p.11, reprenant une définition de Yves Michaud : Violence et Politique, Gallimard, Paris, 1978, p.20.

[5] d'autre concepts liés à la non-violence ont été expliqués dans un lexique publié par la revue Alternatives Non Violentes en 1988 (n° 68). On le trouve sur internet à l'adresse: www.multimania.com/irnc/anv.htm.

 

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