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Campagne Semaines Pascales 2002 Pour une société sans violence, combattons le tribalisme et la corruption |
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Cahier d'Animation 2002 |
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A l'Ouest : La raison du plus fort corrupteur... [1]
Victimes de la corruption omniprésente au sein des services administratifs et de la justice, les paysans camerounais ont du mal à préserver leurs terres des convoitises des plus riches. En témoigne l’histoire de Tazoh.
Le samedi après-midi de mai 2001, une voiture se gare entre deux champs de caféiers, sur une piste étroite de Batcham, un village à l’Ouest du Cameroun. Armé d’une machette, un paysan accourt, prêt à engager une bagarre. Tazoh Pierre, 70 ans environ, est le maître des lieux. «Pardonnez ma réaction. C’est que je suis tellement menacé par des ennemis qui veulent me chasser de mes terres que je suis en permanence sur le qui-vive». D’un geste des bras, il invite ses visiteurs à venir s’asseoir devant sa vieille case couverte de tôles en aluminium. «Quand j’ai entendu un ronflement de voiture, je me suis dit : ils sont arrivés !», explique-t-il en esquissant un sourire forcé. Il y a quelques mois, des agents du cadastre avaient débarqué en voiture. Ils s’étaient mis à délimiter ses plantations en vue d’établir un titre foncier à son insu, au profit de Lando Barthélemy, un de ses fils adoptifs, qui revendique ces terres depuis deux ans et qui donne comme argument : «le terrain litigieux fut la propriété coutumière de mon père, Tagoudjou Etienne, décédé le 20 octobre 1957. J’ai hérité de ces terres». Un argument que la police, la gendarmerie et le parquet du coin ont accepté, sans preuve. Tazoh Pierre se sent trahi : «J’avais adopté cet enfant comme mon fils parce que sa mère était la femme de mon grand-frère. Comme récompense, il veut me tuer pour prendre ma concession». Les villageois, pour leur part, sont sceptiques. Ils ne comprennent pas par quelle magie Lando, né en 1968 d’après ses papiers officiels, serait le fils héritier d’un homme décédé 11 ans plus tôt ! Ni pourquoi sa mère, remariée, est revenue après plus de 40 ans d’absence, flanquée de plus d’une demi-douzaine d’enfants de son second mariage, pour revendiquer les terres de son ex-beau frère, au mépris de la coutume. «Il suffit de verser beaucoup d’argent chez les gens d’en haut et on vous donne raison sur tout», lance un paysan. La justice des dessous-de-table. Tazoh en a été victime à plusieurs reprises. «Un jour, explique le septuagénaire, le chef du village est venu ici par surprise me parler de la plainte de mon fils adoptif. Il m’a assuré que je ne craignais rien car j’étais ici chez moi. Quand il est reparti, je ne lui ai rien donné parce que je n’avais rien. » Or, quelques semaines plus tard, le « monarque » délivre à Lando une attestation de propriété coutumière, suivie d’une sommation demandant à Tazoh de quitter les terres qu’il occupe depuis plus de 40 ans. «Je connais quatre autres cas similaires, portés devant les tribunaux. A chaque fois, le même chef a demandé de l’argent à des gens et leur a attribué les terres des paysans», regrette Me Tsapy Lavoisier, représentant du bâtonnier de l’ordre dans la région. L’affaire est allée encore plus loi. Après une plainte du jeune homme, Tazoh a été interpellé et placé en garde à vue par le substitut du procureur de la localité qui exigeait 50 000 Fcfa de bakchich pour sa remise en liberté. Il fût libéré contre une avance de 20 000 Fcfa, mais le parquet confisqua sa carte nationale d’identité en attendant le reste de la somme demandée. Ses fils condamnèrent cet acte et refusèrent de payer le complément et le magistrat, affecté ailleurs, est parti sans laisser la moindre trace de la pièce d’identité du pauvre planteur, désormais sans papiers. «L’huissier de justice à qui j’avais confié notre dossier travaillait plutôt contre nous, s’insurge l’un des enfants Tazoh. Le juge a renvoyé le procès plusieurs fois parce que l’huissier ne voulait pas remettre l’original de notre citation directe au tribunal. En plus, il a refusé de constater le début d’incendie de la maison de notre père, quand la mère de Lando y a mis du feu». Selon le fils de Tazoh, «il a été acheté par la partie adverse». Alors que l’affaire n’est toujours pas jugée, le malheureux planteur, qui n’a plus le droit de couper un régime de banane dans ses plantations ni de toucher à une cerise de café sans subir les foudres de la police locale, s’est résigné à jouer les veilleurs. Tiendra-t-il encore longtemps face aux multiples renvois de l’affaire? Dans cette région surpeuplée du Cameroun, les affaires de ce genre sont légion. Les paysans n’ont généralement pas de titre foncier et leurs terres sont très convoitées par les plus riches. La corruption qui gangrène le circuit pour l’obtention du titre de propriété empire les choses(...). |
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