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Campagne Semaines Pascales 2002

Pour une société sans violence, combattons le tribalisme et la corruption

Cahier d'Animation 2002

Le déroulement

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Le Cahier d'animation

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Au Nord-Ouest: Un outil pour combattre la violence entre cultivateurs et éleveurs.

Par Mary Mbafor Chifon

Dans la province du Nord-Ouest, la traditionnelle opposition entre éleveurs et agriculteurs prend souvent des formes tribalistes et violentes. Une expérience originale de système agricole écologique tente de rassembler les frères ennemis.

La Province du Nord-Ouest a une forte population avec, dans certaines régions, une densité de 850 habitants au Km2. La plupart des sols sont ferrallitiques et donc fertiles. Mais une mauvaise utilisation a conduit à une forte diminution de leur rendement. La province fait partie de la Savane Soudanaise et se trouve donc être adaptée à la pratique du pâturage. L’occupation économique principale de la population est l’agriculture avec une part importante dévolue à l’élevage, presque chaque famille paysanne possédant au moins un animal.

Les conflits entre éleveurs et cultivateurs sont provoqués principalement par le pâturage des ruminants. Ceux-ci appartiennent en majorité à des membres de groupes minoritaires, comme les Mbororos, qui dépendent de cet élevage pour vivre. Dans le passé, lorsque la densité de la population était encore faible, il y avait beaucoup d’espace de pâturage et les troupeaux migraient d’un endroit à l’autre à la recherche d’une nourriture riche. Il y avait aussi suffisamment d’espaces agricoles permettant aux différentes populations de vivre paisiblement côte à côte, chacun pouvant procurer à l’autre ce qui lui manquait.

Dans les années 70, les terres furent différenciées dans les régions rurales en zones de pâturage et zones agricoles. Les unes et les autres, en raison principalement d’une mauvaise utilisation, se sont dégradées et partout dans le Nord-Ouest les conflits éleveurs-agriculteurs sont apparus, prenant régulièrement des formes violentes. Il y a de nombreux cas d’agriculteurs unis pour agresser physiquement des Mbororos, pour blesser leurs bêtes ou pour les empoisonner. Ceci a conduit à des affaires criminelles, par exemple dans la région de Mbiame et d’Oku où plusieurs agriculteurs sont en prison pour des cas de violence perpétrés contre des éleveurs Mbororos.

Ce problème a été aggravé encore par le tribalisme et la corruption de ceux qui étaient sensés apporter des solutions. Les éleveurs préférèrent ainsi souvent corrompre les forces de l’ordre et les autorités administratives au lieu de dédommager les agriculteurs dont les produits avaient été détruits par leurs bêtes, ce qui constituait l’essentiel des causes de la violence.

Le CIPCRE en collaboration avec un paysan innovateur à Babanki Tungo développa un système d’exploitation agricole appelé le Night Paddock Manuring Farming System (NPMFS) : système de fertilisation par le parcage nocturne des bêtes. Il consiste d’abord à entourer une parcelle de terre pauvre d’une barrière; puis à y conduire toutes les nuits pendant une période donnée des animaux pour y séjourner et y déféquer. La parcelle ansi amendée est laissée en repos pendant deux mois avant sa mise en valeur.Il est estimé que ce système accroit la production jusqu’à deux ou trois fois sur une période de quatre ans sans ajouts d’engrais artificiels.

Ce système d’exploitation a été utilisé à Babanki Tungo et Mbiame afin d’apporter une solution aux problèmes agriculteurs-éleveurs. A Mbiame en 1998, le CIPCRE a collaboré avec le sous-préfet de l’arrondissement de Mbven dans la sensibilisation à ce système d’exploitation. Ensemble, ils ont réussi non seulement à réduire les conflits éleveurs-agriculteurs, mais aussi à rassembler les deux communautés. Les agriculteurs empruntent des bêtes auprès des éleveurs pour enrichir leurs terres et apprennent à connaître et même à aimer le bétail. Ceci a grandement réduit les problèmes de tribalisme, de corruption et de ce fait aussi de violence.

A Babanki Tungo où le système a été expérimenté pour la première fois, il n’a pas seulement conduit à la cohabitation et à la paix entre les communautés. Celles-ci planifient le développement ensemble. Des groupes de Mbororos ont été admis dans l’Union paysanne KEKUFAG et bénéficient des micro-crédits aussi bien que les agriculteurs.

Dans les conflits éleveurs-agriculteurs, qui dégénèrent généralement en violence, les uns comme les autres sont perdants. Les seuls gagnants sont ceux qu’ils corrompent. C’est pourquoi il leur est conseillé de régler leurs différends de manière pacifique. Les éleveurs et autres responsables devraient tout faire pour améliorer la qualité des pâturages. Les expériences de ces deux régions devraient être étendues vers d’autres parties de la province. Le gouvernement devrait proposer une solution consistant à revoir la répartition des zones de pâturages et les zones agricoles. Il devrait aussi revoir sa pratique d’attribution de larges espaces de pâturages à de richissimes éleveurs influents qui ont tendance à se laisser aller à des actes de violence contre les habitants des villages.

 

Cahier d'Animation 2002

 

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