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Campagne Semaines Pascales 2002

Pour une société sans violence, combattons le tribalisme et la corruption

Cahier d'Animation 2002

Le déroulement

Les contributions

Le Cahier d'animation

Les photos

 

 

Au Nord: Violence autour d'une aumône

 

« Monsieur le Président, nous vous crions : au secours ! » c’est ainsi que commence une lettre datée du 19 janvier 2001, adressée par le Comité Justice et Paix de Ngong (Nord-Cameroun) à son Excellence le Président… Jacques Chirac. Quelle est donc cette situation qui a provoqué une démarche aussi insolite ?

«Nous sommes citoyens camerounais » écrivent encore les auteurs de la missive, des prêtres et des laïcs de la Mission Catholique. « Nous vivons au Cameroun, dans un Etat de droit. Mais, ici, dans l’arrondissement de Tchéboa, département de la Bénoué, province du Nord, nous sommes dans un autre pays… où le droit n’existe pas ».

Tout a commencé il y a plus de 20 ans déjà. A l’époque, le Gouvernement Camerounais lance le projet Sud-Est Bénoué : il demande aux nombreuses populations du Nord et de l’Extrême-Nord de venir occuper des terres libres au sud du fleuve Bénoué pour les cultiver et y trouver de quoi vivre. Ils sont alors nombreux à venir s’installer dans cette région placée sous l’autorité de chefs traditionnels musulmans surtout.

Or ceux-ci exercent dans cette partie du pays un pouvoir considérable, marqué d’impunité. Ainsi sont-ils les seuls à recueillir l’impôt libératoire des cultivateurs, souvent à partir de reçus sans souches et avec des tarifs revus à la hausse. Ce sont eux qui jugent les affaires (vols, mariages, sorcellerie), souvent en défavorisant les nouveaux arrivés et en prélevant de fortes amendes. Au moment des récoltes, ils exigent le payement de la Zakat, une aumône rituelle prescrite par l’Islam, même de la part des non-musulmans. Celle-ci est prélevée sous forme d’arachides, de maïs ou d’argent.

En 1994 déjà, face à de nombreuses plaintes au sujet de la Zakat, Mgr. Antoine Ntalou, archevêque de Garoua, avait publié une note indiquant bien l’aspect religieux de cette aumône islamique. Informant clairement les chrétiens qu’on ne pouvait pas le forcer à la payer. Entre 1999 et 2000, plusieurs lettres seront adressées au sous-préfet, au préfet et au gouverneur par les habitants de la région concernant l’obligation qui leur est faite de s’acquitter de la Zakat.

Sur place, certaines personnes tentent de résister, cherchant à s’expliquer et à dialoguer. Souvent, elles sont alors bastonnées et même torturées devant la population. Parfois, elles sont arrêtées et enfermées dans la prison du chef qui les fait alors travailler dans ses champs. C’est ainsi par exemple que le 20 décembre 1999, sept personnes refusant de payer la Zakat sont arrêtées et chicotées. Elles resteront séquestrées pendant quatre jours, période pendant laquelle elles subiront diverses tortures (bastonnades, cheveux et barbes arrachés, travaux forcés, etc.). Elles ne seront finalement relâchés qu’après avoir payé une somme considérable.

Suite aux menaces et aux agressions, beaucoup de personnes abandonnent leurs villages. En mai 2000, près de 60 familles quittent ainsi le village d’Israël, alors qu’en mars 2001 ce sont pas moins de 30 familles qui quittent la région de Boundjoumi. Là comme ailleurs, le mépris et les intimidations sont en effet devenues monnaie courante : « Vous êtes venus ici, nous vous avons donné un peu de terre, cette terre nous appartient. Vous êtes des étrangers, des ‘venants’. Retournez chez vous, à l’Extrême-Nord ! »

Dans cette situation d’abus et d’injustices, le Comité Justice et Paix de la Mission Catholique de Ngong a décidé de réagir. D’abord, leur stratégie a consisté à entreprendre une collecte systématique de toutes les données concernant les impôts abusifs, les litiges fonciers, les abus d’autorité, les coups et blessures et autres exactions. Il s’agissait non seulement de récolter des témoignages, mais aussi de se procurer des preuves tangibles : copies de faux reçus, de certificats médico-légaux ou de divers échanges de courriers. Une fois un volumineux dossier établi, il s’agissait alors d’attirer l’attention des autorités, des responsables d’administration, des forces de l’ordre et même de la justice. C’est alors face au mutisme déplorable de ces instances que le Comité Justice et Paix a décidé début 2001 de sonner publiquement l’alarme, en profitant du passage dans la Province d’une haute personnalité internationale, le Président de la République Française. Quel impact cette démarche aura-t-elle eue ? Difficile pour l’instant de l’évaluer. Une chose est sûre, elle aura en tout cas eu le mérite d’attirer l’attention d’un cercle considérable de personnes sur des situations de violences liées très directement à la corruption et au tribalisme.

 

Cahier d'Animation 2002

 

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