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Campagne Semaines Pascales 2001 Combattons le tribalisme et la corruption pour une gestion transparente |
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La lutte contre la corruption à l'Ouest
Monsieur Joseph Ismaël NGO, Officier des Douanes, Commandant
de
la
Subdivision Bafoussam le 19 avril 2001
Une
réflexion
sur
la
question
de
la
lutte
contre
la
corruption
m'a
paru
embarrassante
au
moins
pour
deux
raisons
:
-
d'abord,
comment
en
parler
sans
courir
le
risque
d'être
juge
et
partie,
lorsqu'on
appartient
à
une
administration
dont
les
agents,
à
tort
ou
à
raison
sont
réputés
incarner
le
mal
dont
il
est
question
?
-
ensuite,
que
faut-il
alors
proposer
quand
il
est
établi
que
notre
société
en
souffre
au
point
qu'il
y
a
lieu,
pour
emprunter
un
terme
de
la
médecine,
de
parler
de
"septicémie
généralisée",
que
seul,
le
Bon
Dieu
peut
enrayer,
à
en
croire
le
parfum
de
déréliction
qui
se
dégage
de
la
prière
des
Evêques
du
Cameroun
contre
la
corruption
?
C'est
dire
si
le
phénomène
est
réel
et
le
sujet
sensible
au
point
de
mériter
que
chacun
dans
sa
sphère
d'action
se
penche
dessus
pour
en
dessiner
les
contours
et
pour
pouvoir
le
mieux
combattre.
En
'autres
termes,
il
s'agit
pour
chacun
d'abord,
d'appréhender
les
enjeux
éthiques
de
son
action
et
de
les
intégrer
dans
ses
prestations
au
quotidien,
dès
lors
que
la
société
dans
laquelle
nous
évoluons
aspire
à
en
être
le
bénéficiaire
final.
Il
va
sans
dire
que
dans
cette
perspective,
la
société
a
tôt
fait
de
placer
l'administration,
et
surtout,
celle
qui
opère
avec
un
maximum
de
contrainte
à
l'exemple
du
service
des
douanes,
dans
l'œil
du
cyclope.
Tant
sa
mission
fiscale
est
déterminante
pour
l'Etat,
garant
de
l'intérêt
général
et
acteur
engagé
dans
l'amélioration
du
bien
être
social
par
une
répartition
équitable
des
ressources
communes.
Le
service
des
douanes,
immergé
dans
le
monde
des
affaires,
se
retrouve
ainsi
au
centre
d'intérêts
divergents.
Par
conséquent,
il
me
semble
que
réfléchir
sur
la
lutte
contre
la
corruption
à
l'Ouest,
impose
que
j'aborde
ce
phénomène
d'abord
sous
sa
double
dimension
économique
et
sociale
(morale),
avant
d'envisager
quelques
solutions
possibles.
La
dimension
économique
de
la
corruption
Toute
société
génère
elle-même
les
causes
de
sa
perdition.
Rapporté
à
notre
contexte,
il
nous
est
loisible
de
constater
que
l'Ouest
du
Cameroun
et
spécialement
la
ville
de
Bafoussam,
est
une
région
particulièrement
active
sur
le
plan
économique,
extraordinairement
bruissante
en
milieux
d'affaires
animée
par
des
individus
à
qui,
même
s'il
est
reconnu
un
certain
génie
dans
le
genre,
ne
sont
pas
"canonisables"
pour
autant.
Tel
est
le
décor
dans
lequel
l'Etat,
à
travers
ses
structures
de
collecte
de
l'impôt
direct
ou
indirect,
se
doit
d'évoluer.
Autant
dire
que
nous
sommes
ici
au
cœur
même
de
l'économie
libérale
dans
sa
logique
radicale
de
maximisation
des
profits
pour
une
minimisation
des
pertes.
Celle-ci,
fondée
sur
la
dictature
du
marché,
seul
principe
régulateur,
libère
du
même
coup
ces
pulsions
qui
poussent
l'homme
toujours
vers
la
satisfaction
des
intérêts
égoïstes.
On
crée
ainsi
une
société
qui
maximise
la
position
des
plus
forts
et
sélectionne
les
plus
efficaces
dans
l'ordre
de
la
création
des
richesses.
On
aboutit
fatalement
à
la
négation
de
toute
moralité
dans
les
comportements,
se
traduisant
plus
souvent
par
un
incivisme
nocif
pour
la
société
en
chantier.
Cette
dynamique
apparaît
à
mon
avis,
comme
un
facteur
structurel
déterminant
pour
la
naissance,
le
développement
et
la
propagation
des
faits
de
corruption.
Celle-ci
apparaissant
alors
comme
un
avatar
du
système
social
issu
de
l'économie
libérale
que
Viviane
Forrester
a
si
bien
su
qualifier
"d'horreur
économique"[1].
Il
y
a
davantage
à
craindre
qu'avec
le
phénomène
actuel
de
la
mondialisation
qui
prône
toujours
plus
de
déréglementation
pour
une
meilleure
internationalisation
des
marchés,
que
l'Etat
ne
parvienne
plus
à
jouer
son
rôle
de
compensation
par
le
biais
d'une
justice
sociale
toujours
grandissante
!
La
dimension
morale
de
la
corruption
Un
constat
est
déterminant
:
la
corruption
tend
à
s'enraciner
dans
nos
esprits.
Il
y
a
même
lieu
de
conclure
que
nos
sociétés
en
arrivent
à
établir
un
culte
à
"l'argent
roi".
Comment
ne
pas
perdre
pied
lorsque
toutes
les
énergies
sont
mobilisées
vers
sa
recherche
effrénée,
même
si
au
bout
se
profile
le
risque
d'une
déshumanisation
?
Il
faut
prendre
à
notre
compte
ces
propos
de
George
Soros
qui
pense
que
"dans
nos
sociétés
l'on
attribue
une
valeur
trop
importante
à
l'argent.
En
glorifiant
un
nouveau
darwinisme
social,
en
célébrant
le
triomphe
des
plus
aptes
socialement,
on
menace
l'avenir
de
l'organisation
sociale.
Si
les
gens
valorisaient
davantage
leur
rôle
de
citoyens,
l'économie
de
marché
fonctionnerait
mieux.
Mais
c'est
le
contraire
qui
se
produit
:
l'économie
de
marché
a
miné
les
valeurs
traditionnelles
qu'elles
soient
religieuses
ou
rationnelles
(...).
Le
culte
du
succès,
ultime
critère
de
valeur
aujourd'hui
est
devenu
une
source
d'instabilité,
car
il
annihile
la
capacité
à
établir
la
différence
entre
le
vrai
et
le
faux,
le
bien
et
le
mal"[2].
La
société
camerounaise
aurait
bien
du
mal
à
se
soustraire
à
cette
description,
elle
qui
a
engendré
de
nouveaux
pygmalions
de
la
falsification
des
valeurs,
de
l'escroquerie
et
de
la
corruption
:
Fay
men.
Il
va
sans
dire
que
les
dégâts
sur
la
société
sont
incommensurable
:
c'est
toute
la
morale
qui
se
trouve
ébranlée
dans
ses
fondements
:
perte
de
repères,
jeunesse
désorientée
et
démotivée,
service
public
complètement
détourné
de
ses
finalités
pour
donner
naissance
à
des
pratiques
dévalorisantes
qui
sont
le
lot
d'un
certain
nombre
de
fonctionnaires
dévoyés.
C'est
à
ce
stade
que
la
corruption
devient
une
gangrène
qui
touche
à
tous
les
rouages
de
la
société
qu'elle
soit
civile,
politique,
administrative
ou
même
religieuse.
Quelle
solution
pour
lutter
contre
?
Il
faut
dire
que
le
problème
est
complexe
et
doit
être
envisagé
non
pas
sur
une
logique
de
procès
qui
met
en
scène
et
de
manière
figée
une
administration
réputée
corrompue
au
détriment
d'une
population
qui
en
paye
les
frais.
La
réalité
est
que
le
phénomène
est
dynamique
et
épouse
des
situations
les
unes
aussi
complexes
que
les
autres
où
l'on
se
trouve
alternativement
dans
la
position
de
corrompu,
corrupteur
et
de
victime.
C'est
bien
pour
cela
que
la
situation
est
grave
:
car
si
la
corruption
est
un
mal,
c'est
bien
parce
qu'elle
est
en
passe
de
devenir
un
système
de
fonctionnement
normal
dans
une
société
avec
des
mécanismes
bien
huilés
selon
les
contingences.
C'est
donc
l'affaire
de
tous
et
qui
mérite
que
chacun
balaie
devant
sa
cour
de
telle
sorte
que
par
effet
de
sympathie
tous
les
rouages
de
la
société
en
soient
affectés.
Deux
voies,
à
mon
avis
sont
alors
à
explorer
:
l'encadrement
juridique
et
la
prise
de
conscience
morale.
Le
socle
juridique
Le
fonctionnaire
est
enserré
dans
un
ensemble
de
dispositions
juridiques
qui
orientent
et
limitent
de
manière
claire
son
action.
Cette
panoplie
d'instruments
qui
recherchent
la
conformité
de
son
action
au
projet
de
société
dont
l'Etat
est
le
garant,
insiste
assez
sur
l'esprit
dans
lequel
tout
agent
public
et
appelé
à
travailler
:
désintéressement,
objectivité,
disponibilité,
abnégation.
Les
dispositions
répressives
disciplinaires
du
statut
général
de
la
Fonction
Publique
qui
sont
une
partie
importante
de
la
Déontologie
professionnelle,
sont
déjà
une
arme
redoutable
pouvant
être
utilisée
pour
s'attaquer
à
cette
corruption
dont
les
agents
publics,
pour
leur
part,
sont
accusés.
Dans
le
cadre
de
l'Administration
des
Douanes,
les
problèmes
d'éthique
professionnelle
sont
au
cœur
des
préoccupations
des
autorités
pour
que
la
prestation
de
l'agent
soit
irréprochable,
surtout
dans
ce
nouveau
contexte
où
la
douane
est
appelée
à
devenir
un
partenaire
de
l'usager.
Cette
préoccupation
devra
déboucher
sur
la
promulgation
d'un
code
d'éthique
devant
encadrer
l'action
de
tous
les
agents,
en
plus
des
obligations
qui
pèsent
sur
lui
de
par
le
statut
général
de
la
Fonction
Publique.
Pour
autant,
il
ne
faut
s'attendre
à
aucun
résultat
sensible
tant
que
la
corruption
qui
touche
l'agent
de
douane
n'est
pas
dénoncée
par
la
supposée
victime.
Car
dans
la
réalité,
l'expérience
a
prouvé
qu'en
dehors
des
cas
de
concussion
et
d'abus
de
pouvoir,
la
corruption
de
l'agent
des
douanes
profite
toujours
beaucoup
plus
à
l'usager
qui
se
gardera
de
la
dénoncer
auprès
des
supérieurs
hiérarchiques
de
cet
agent.
Avouons
que
cette
connivence,
ce
"pacte
du
silence"
qui
scelle
les
rapports
entre
deux
individus
animés
de
mauvaises
intentions
constitue
l'obstacle
majeur
pour
l'éradication
de
cette
pratique
au
sein
de
l'administration.
En
outre,
une
"sécurisation"
positive
de
l'agent
passe
certainement
par
la
mise
en
place
d'un
système
attractif
d'intéressement
qui,
en
principe
devrait
mettre
celui-ci
à
l'abri
des
tentations,
voire
même
du
besoin.
Dans
ce
cadre,
l'administration
des
douanes
s'efforce
de
rémunérer
substantiellement
tout
saisissant
dans
un
contentieux
fiscal
en
guise
de
motivation,
pour
qu'il
lui
paraisse
toujours
plus
exaltant
d'avoir
des
gains
"propres"
et
qui
sont
la
récompense
d'un
effort
reconnu
par
le
système
administratif
lui-même
!
Le
socle
moral Au-delà de tout cadre répressif, la lutte contre la corruption interpelle tout d'abord les consciences. Car, avant de servir la société dans un certain cadre d'activités, tout individu est d'abord dépositaire d'un bagage moral, d'une somme de valeurs. Il devient donc impératif, à chaque fois que l'occasion se présente d'intégrer ces considérations éthiques dans l'action. Car, au centre de toute préoccupation se trouve l'homme. Les interpellations des hommes d'église devraient nous aider dans ce sens, car il n'est pas sûr que le modernisme qui nous harcèle aujourd'hui s'accompagne toujours de cette spiritualité qui réintègre l'homme dans sa dignité. A ce propos le concile Vatican II dans l'un de ses textes déclare : "l'ampleur et la rapidité des transformations de la société réclament d'une manière pressante, que personne, par inattention à l'évolution des choses ou par inertie, ne se contente d'une éthique individualiste. Lorsque chacun, contribuant au bien commun selon ses capacités propres en tenant compte des besoins d'autrui, se préoccupe aussi et effectivement de l'essor des institutions publiques ou privées qui servent à améliorer les conditions de vie humaine ; c'est alors et de plus en plus qu'il accomplit son devoir de justice et de charité". Surtout, il ne faut pas penser qu'il soit interdit pour les hommes d'affaires de faire des profits, au contraire, le monde des affaires est au centre des préoccupations des grandes religions (Islam, Catholicisme et Protestantisme, etc...) qui préconisent que le profit qui est un revenu du service rendu, serve à la promotion de la personnalité humaine. Ce n'est que dans ces conditions que la société peut se prémunir des scories de la corruption et des autres malaises.
En
conclusion,
au-delà
des
actions
visant
à
s'attaquer
aux
différents
foyer
de
corruption
par
le
biais
de
la
dénonciation
et
des
actions
disciplinaires
voire
judiciaires,
la
lutte
contre
ce
fléau
social
passe
par
une
implication
et
une
détermination
personnelles
de
chaque
acteur
social.
N'est-ce
pas
le
lieu
ici
de
puiser
dans
cette
énergie
morale
que
constitue
la
vertu
?
Celle-ci
qui
procède
de
la
dynamique
sociale
et
dont
les
principaux
moules
sont
tous
les
milieux
de
socialisation
et
dont
l'action
formatrice
sur
l'individu
augure
déjà
de
la
qualité
et
du
niveau
de
société
dans
laquelle
ils
seront
appelés
à
vivre.
C'est
pourquoi
il
n'y
a
point
de
vertu
sans
épreuve.
Aujourd'hui,
la
corruption
est
une
épreuve
pour
le
consensus
social
au
Cameroun.
Il
nous
appartient
à
tous
de
la
surmonter
en
lui
opposant
cette
vertu
qui,
seule,
peut
réhabiliter
l'homme
comme
espèce
supérieure
et
dont
une
grande
partie
de
lui-même
est
poussée
vers
le
désintéressement
et
la
générosité
gratuite.
En
d'autres
termes,
il
nous
est
demandé
de
retrouver
cet
humanisme
que
Levy
Strauss
définit
comme
"un
humanisme
bien
tempéré
qui
ne
commence
pas
par
soi-même,
mais
place
avant
tout
le
monde
avant
la
vie,
la
vie
avant
l'homme,
le
respect
des
autres
avant
l'amour
propre". |
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