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Campagne Semaines Pascales 2001

Combattons le tribalisme et la corruption pour une gestion transparente

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Rôle des religions dans la lutte contre le tribalisme et la corruption : Religions et construction de la paix.

Abbé Etienne ETOUNDI ESSAMA

Yaoundé le 29 mai 2001

 

        Introduction

         Au nom des organisateurs CIPCRE des Semaines Pascales 2001, je souhaite à tous les participants à cette table-ronde la paix du Christ Ressuscité : "la paix soit avec vous !"

         Quelques remarques préliminaires

         - Le thème de la table-ronde de ce soir est doublé d'un sous-thème...

         - Le sous-thème de la table-ronde s'avère être, selon moi la conclusion, voire la conséquence du thème général "Combattons le tribalisme et la corruption pour une gestion transparente".

         Pourquoi lutter contre le tribalisme et combattre la corruption ? N'est-ce pas pour l'avènement de la justice, de la paix et de la vérité en bref d'un monde meilleur et plus juste ?

         J'aborderai le sous-thème "Religions et construction de la paix" en 5 points :

         - la paix comme don de Dieu

         - Jésus, le "Prince de la paix"

         - La mise de l'Eglise

         - La Commission Diocésaine Justice et Paix

- La collaboration avec les autres croyants

         Je conclurai en paraphrasant la prière de paix de St François d'Assise.

         1 - La paix comme don de Dieu

         Pour le chrétien, la source et le fondement de la paix, c'est Dieu : la paix est le don de Dieu. La paix biblique représente bien plus que le rêve d'une vie tranquille et d'une absence de guerre. Elle désigne, dit le Vocabulaire de Théologie Biblique "le bien-être de l'existence quotidienne, l'état de l'homme qui vit en harmonie avec la nature, avec lui-même, avec Dieu ; concrètement, elle est bénédiction, repos, gloire, richesse, salut, vie "[1] Bref, la paix biblique est plénitude du bonheur humain, physique et matériel, moral et spirituel.

         Une telle paix ne peut venir que de Dieu, le Créateur du monde qui se révèle, dès les débuts de l'histoire biblique comme un "Dieu de paix" (Yahweh Shalom), qu'on voit Gédéon, dans le Livre des Juges, lui bâtir un autel. (Jg. 6, 24).

         Dieu lui-même d'ailleurs, par la voix des prophètes, promet à ceux qui vivent selon sa loi, qui suivent ses chemins de justice, une ère de paix durable et universelle

         "Il sera le juge de la multitude des peuples, l'arbitre des nations puissantes, jusqu'au loin. De leurs épées, ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances des faucilles. On ne lèvera plus l'épée nation contre nation, on ne s'entraînera plus pour la guerre. Chacun pourra s'asseoir sous sa vigne et son figuier, sans que personne l'inquiète. La bouche du Seigneur de l'univers a parlé" (Michée 4, 3-4).

         On trouve un texte identique en Isaïe 25, 4-5. Isaïe va plus loin en attribuant au Messie l'instauration d'un royaume de paix. Voici le passage où il donne au Messie le titre de "Prince de la paix" :

         "Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné... On proclame son nom : Merveilleux, Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince de la paix. Ainsi le pouvoir s'étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume..." (Isaïe 9, 5-6).

         Soulignons que dans ce passe, le royaume de paix sera "solidement établi sur la justice et le droit". Die promet la paix aux hommes qui vivent selon sa volonté dans le droit et la justice. C'est ce que proclame Isaïe dans une formule demeurée célèbre : "La paix est l'œuvre de la justice".

         Conclusions que, la paix véritable et durable est à la fois don de Dieu et dans la Bible fruit de la justice, i.e. un don divin promis à ceux qui pratiquent à l'égard de tous la justice et le droit par fidélité avec Dieu infirment juste.

         Jésus, le "Prince de la Paix"

         "Heureux les artisans de paix" (Mt 5, 9)

a) Sa naissance

         "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime" (Lc 2, 14).

         C'est un message de paix que termine l'annonce de la naissance du Sauveur aux bergers de Bethléem dans la nuit de Noël. Le Sauveur est ici déjà révélé comme porteur de paix pour les hommes sur terre, parce que Dieu les aime.

         b) Son ministère

         Au seuil de son ministère, Jésus proclame les "béatitudes" parmi lesquelles : "Heureux les artisans de paix". Il reviendra sur ce sujet de multiple manières dont Jean Paul II brosse un tableau résumé dans son message du 1er janvier 1982 par la "Journée de la Paix".

         "Le Christ par sa parole et par son exemple, a suscité de nouveaux comportements et par son exemple, a suscité de nouveaux comportements de paix. Il a poussé l'éthique de la paix bien au-delà des attitudes courantes de justice et d'entente...".

         c) Sa Résurrection "La paix soit avec vous" (Jn 20, 19.21)

         Après sa résurrection, dans ses dernières apparitions, Jésus salue ses disciples par un voeu de paix. Mais en leur donnant sa paix, il leur donne aussi l'Esprit Saint et le pouvoir sur le péché (Jn 20, 19-23).

         La paix, don de Dieu et fruit de l'Esprit qui habite ses enfants, est toujours une victoire sur le péché, i.e. le fruit d'un acte de réconciliation de l'homme avec Dieu et des hommes entre eux.

         d) Les écrits apostoliques

         Les écrits apostoliques, particulièrement ceux de Paul, développement abondamment ce dernier thème[2]. L'épître de St Jacques aussi ne peut être ignorée, tel le passage suivant :

         "La jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d'actions malfaisantes. Au contraire, la sagesse qui vient de Dieu est d'abord droiture, et par suite elle est paix, tolérance, compréhension ; elle est pleine de miséricorde et défonce en bienfaits, et sans partialité sans hypocrisie. C'est dans la paix qu'est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de paix" (Jc 3, 16-18).

         3 - La mission de l'Eglise : Témoigner de la paix du Christ

         Héritiers de ces enseignements de la Bible, du Christ et de ses apôtres, les chrétiens ont dès les premiers siècle sont compris que, témoins du Christ-Sauveur, ils avaient en même temps à être témoins du Christ Prince de la paix.

         Les prières pour la paix abondent dans la liturgie, particulièrement dans la célébration eucharistique et la préparation immédiate à la commission (après le Pater).

         a) Deux niveaux de réalisation

         Comme le faisait déjà l'A.T., l'Eglise dans son enseignement sur le don de la paix promis par Dieu distingue différents niveaux de réalisation de ce don.

1. Il y a d'abord la paix de la promesse pour la fin des temps quand le Christ reviendra : la paix eschatologique. Il instaurera un monde nouveau les "cieux nouveaux" et "la terre nouvelle" de l'Apocalypse, où règneront à jamais la Justice et la Paix du Royaume de Dieu. La réalisation plénière de ce monde nouveau, les chrétiens l'attendent de Dieu. Mais ils savent aussi que tous leurs efforts pour promouvoir sur terre la justice et la paix constituent une préparation à l'avènement final du Règne de Dieu. Le Concile Vatican II l'a rappelé ferment tout en laissant la place à une part de mystère[3].

2. Il y a donc aussi un niveau de réalisation de la paix de Dieu sur terre, qui dépend grandement des efforts de l'Eglise et des chrétiens. Jésus invite de façon pressante à avoir faim et soi de la justice et se faire artisans de paix. La paix du Christ, c'est quelque chose à faire, à construire, c'est une valeur du salut du monde et de l'humanité pour la promotion de laquelle les chrétiens doivent en même temps prier et travailler.

         Il faut prier pour la paix sur la terre, car elle est don du Christ Sauveur. Il faut aussi travailler à sa réalisation, car cette paix nous est donnée comme fruit de la justice, i.e. comme fruit de nos efforts pour "chercher d'abord le Royaume de Dieu et sa justice". En effet, la prophétie d'Isaïe (32, 17) reste toujours d'application : "la justice produira la paix".

         Cependant, la paix sur la terre se réalise elle-même encore à 2 niveaux différents :

         - La paix intérieure, d'ordre spirituel, donné au chrétien qui vit autant qu'il peut en "homme juste" selon les commandements de Dieu et la voix de sa conscience, i.e. en harmonie avec Dieu et les hommes.

         - La paix extérieure, sociale, politique, d'ordre temporel, qui, elle aussi, faisait, déjà partie des composantes de la paix biblique.

         b) Prêcher la paix[4]

         La prédication de la paix ne se limite pas seulement à l'homélie de la messe dominicale, bien qu'elle soit essentielle et au cœur de la prédication de l'Eglise, en raison de sa place dans le déroulement de liturgie eucharistique ; on doit également l'étendre à toutes les autres interventions et prises de positon des Eglises. Je pense ici:

         - Aux Encycliques des papes en particulier Pacem in Terris de Jean XXIII

         - Aux Messages de la Journée Mondiale de la Paix, le 1er janvier Cf. plaquette 1982 avec thème : croyants, tous unis dans la construction de la paix

         - Aux appels de la paix de Jean Paul II pour la région des grands Lacs, en Algérie, au Moyen-Orient entre Israëliens et Palestiniens...

         - Aux déclarations de conférences épiscopales sur la paix[5]

         - Aux interventions des papes à la tribune de l'ONU en particulier celle de Paul VI en 1965[6]

         4 - La Commission Diocésaine "Justice et Paix" (CDJP)

         Période de 12.01.1969 par Feu Mgr Jean ZOA, la "CDJP" essaie d'être un instrument de :

1. promotion de la justice, de construction de la paix et de réalisation du développement intégral des peuples par la défense de la dignité et des droits fondamentaux de la personne humaine. Dans la mesure du possible, elle associe les frères chrétiens séparés, les croyants et tous les hommes de bonne volonté à ces actions.

2. Conseil juridique pour les pasteurs, les fidèles, les sans-voix et ayants-droit laissés pour compte.

3. Formation des consciences à la justice, faisant passer les principes évangéliques dans la vie sociale.

4. Animation et formation des comités paroissiaux "Justice et Paix" dans leur tâche quotidienne d'instaurer à la base une civilisation qui est aujourd'hui plus juste qu'hier. Ils deviennent, par la méthode du "voir-juger-agir" des agents de la promotion de la Justice"[7] et des artisans dans la construction de la paix.

         Aujourd'hui, on compte dans l'Archidiocèse de Yaoundé 76 comités paroissiaux Justice et Paix dont 33 comités en zone urbaine et 43 dans la zone rurale.

Une des missions assignées à la Commission Diocésaine Justice et Paix est la promotion de la paix afin de construire une société plus juste. Cet objectif est centré sur la Réconciliation : réconciliation des coeurs, des communautés et des familles lacérées et étranglées par les démons de la division. Cette Réconciliation atteint son apogée dans le rite de bénédiction et de réconciliation "Eva Mëte"[8] qui se célèbre durant la dernière semaine de l'année et culmine le 1r janvier, Journée Mondiale de la Paix instaurée par le Pape Paul VI.

5 - La collaboration avec les autres croyants

         Construire la paix n'est pas le devoir individuel ou individualiste, encore moins d'une Eglise ou d'une religion. C'est un impératif pour tout homme et pour toute femme. Il oblige en particulier l'Eglise Catholique, les autres Eglises et Communautés religieuses avec lesquelles les catholiques sont disposés à collaborer dans ce domaine[9].

         Comme enfants d'un même Père, soyons toujours et partout des acteurs et des artisans de paix. Oeuvrons ensemble pour dénoncer sévèrement les fossoyeurs de la paix et combattre vigoureusement les "braconniers" de la colombe de la paix.

 

         Conclusion

         Je termine mon propos par cette prière populaire de Saint François d'Assise mais toujours d'actualité :

         " Seigneur, fais de nous les artisans de paix :

            Quand domine la haine (et le tribalisme), que nous annoncions l'amour ;

            Quand blesse l'offense, que nous offrions le pardon ;

            Quand sévit la discorde (et la corruption), que nous bâtissons (la justice et) la paix" Amen

Je vous remercie.


[1] Article Paix dans le VTB

[2] Cf. Ep2, 14-22 ; Col 1, 20 ;  Rm 5, 5 ; Ga 5, 22...

[3] Cf. Vat. II, Gaudium et Spes, n° 39, 2 et 3

[4] Cf. René COSTE, L'Eglise et la Paix, Descllée, Paris, 1979

[5] Cf. Edouard HERR, Sauver la paix, Culture et vérité, Namur, 1991, 1991, pp. 83-127

[6] La Documentation Catholique, 1965, Col 1732

[7] Plaquette "A la découverte de la Commission Diocésaine Justice et Paix de Yaoundé", 3è édition, CDJP, 1997, P.6

[8] Plaquette "Le rite "Eva-Mëtè", 2è éditon, CDJP, Yaoundé, 1995.

[9] Cf. Jean Paul II, Ecclesia in Africa, Ed. Vaticanes, Yaoundé, 1995, n° 109.

 

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