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Campagne Semaines Pascales 2001

Combattons le tribalisme et la corruption pour une gestion transparente

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Les contributions

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DÉCLARATION CONJOINTE DES CHEFS TRADITIONNELS DE L'OUEST CAMEROUN AU SUJET DU TRIBALISME ET DE LA CORRUPTION

Nous,

leurs Majestés les Rois de Bafoussam, Baleng, Bamougoum, Bapi, Bandja et Bamendjou,

avons présidé le samedi 21 avril 2001, un rite de purification marquant le bannissement symbolique de deux maux sociaux majeurs : la corruption et le tribalisme. C'était dans le cadre de la Campagne Semaines Pascales 2001, organisée par le CIPCRE en collaboration avec la Fédération des Eglises et Missions Evangéliques du Cameroun (FEMEC), le Service National Justice et Paix Catholique et l'Association Culturelle Islamique du Cameroun (ACIC). 

Si nous, Rois de l'Ouest Cameroun, posons aujourd’hui un geste symbolique pour dénoncer le tribalisme et la corruption, nous le faisons en tant qu’héritiers et garants de la tradition de nos pères et dépositaires de la sagesse ancestrale. Nous le faisons aussi dans la conviction que la situation que nous vivons aujourd’hui est sans précédent et qu’elle exige de notre part un engagement ferme et résolu.

L’état de notre pays est grave. Il n’est plus possible aujourd’hui de se taire. Car il est effrayant de constater à quel point la corruption et le tribalisme sont omniprésents : dans les contrôles routiers, dans les bureaux de l’administration, dans les cours de justice, dans les écoles et universités, dans les hôpitaux et dans les églises.

Mais, avant d'interpeller les autres, nous devons reconnaître que nous avons aussi laissé nos Royaumes devenir des lieux de marchandages et de pots-de-vin, ou encore des prétextes de querelles et de divisions. Nous avons accepté que des désaccords entre chefs, entre villages ou entre tribus s’enveniment, divisent et opposent des communautés voisines et se transforment en conflits passionnés et violents.

Pourtant en tant que garants de la tradition, et à ce titre Mémoire de notre pays, nous nous souvenons d’un temps où les choses n’étaient pas ainsi.

Nous nous souvenons d’un temps où l'accueil, l'entraide, la solidarité entre les peuples des villages et des tribus différents étaient des valeurs sacrées ; où les services, les faveurs les titres, les diplômes et les postes ne se monnayaient pas, mais se méritaient ; où l’honnêteté, la vérité et le goût de l’effort étaient des valeurs centrales transmises de génération en génération au sein de l’éducation familiale et à travers les initiations traditionnelles.

Mais que s’est-il donc passé pour que tout cela change ? Les gens ne sont-ils donc plus les mêmes ? Nos parents ont-ils mis au monde des enfants qui ne portent plus le même sang dans leurs veines et le même amour dans leur cœur ?

Il y a eu les séismes la colonisation, de l’indépendance, du multipartisme et de la mondialisation qui ont installé  des réflexes du sauve-qui-peut. Beaucoup d’entre nous ont pensé d’abord à se mettre à l’abri eux-mêmes et leur entourage, en profitant, et souvent abusant de leur position, de leur fonction ou de leurs relations. Aujourd’hui les effets conjugués du tribalisme et de la corruption sont désastreux pour notre pays.

 Le système juridique et les forces de maintien de l’ordre,  l’administration et la fonction publique,  les impôts et les douanes,  les systèmes économique, politique, éducatif, les communautés religieuses, sont tous pris dans le tourbillon du tribalisme et de la corruption. Les populations en sont venues à perdre leurs repères. Une crise morale et spirituelle profonde s'est saisie de notre pays. Il est donc urgent aujourd’hui de réagir et ce à tous les niveaux.

Déjà, nous avons pris connaissance des efforts entrepris par le Gouvernement en matière de bonne gouvernance, notamment par l’établissement d’observatoires de lutte contre la corruption. Nous encourageons les pouvoirs publics à tout mettre en œuvre pour que ces efforts puissent se concrétiser par des réalisations visibles sur le terrain.

Bien sûr le gouvernement à lui tout seul ne pourra jamais faire reculer la corruption et le tribalisme. C'est pourquoi nous en appelons au peuple tout entier d’entreprendre partout où cela est possible des actions de sensibilisation et de lutte contre ces fléaux. Ainsi émergera dans nos consciences et dans notre pays une véritable culture de résistance face au tribalisme et à la corruption ; ainsi se mettront en place et s'affermiront les principes de la gestion transparente : désintéressement, impartialité, objectivité, honnêteté, responsabilité et capacité de rendre des comptes.

En ce qui nous concerne, en félicitant le CIPCRE et les autres organisateurs de la présente Campagne Semaines Pascales, nous prenons le ferme engagement de faire désormais de la lutte contre le tribalisme et la corruption une des priorités centrales de nos Royaumes.

C'est pourquoi nous décidons de mettre en place, à compter de ce jour, un Comité de Suivi et d'Evaluation de la lutte contre le tribalisme et la corruption, en vue de promouvoir la solidarité, l'équité, la justice et la paix dans toutes les couches et à tous les niveaux de la société. La composition et les modalités de fonctionnement de ce Comité seront rendues publiques dans les tout prochains jours.

Fait à Bafoussam, le 21 avril 2001.

Ont signé :

Leurs Majestés les Rois de Bafoussam, Bahouan, Baleng, Bamougoum, Bapi, Bandja et Bamendjou.

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