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Campagne Semaines Pascales 2001

Combattons le tribalisme et la corruption pour une gestion transparente

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Combattons le tribalisme et la corruption pour une gestion transparente au Cameroun : approche islamique.

 

Cheikh Amadou BANOUFE, Association Culturelle Islamique

Yaoundé le 2 juin 2001

        Mesdames,

         Messieurs,

         Permettez-moi, d'entrée de jeu, d'adresser mes félicitations les plus chaleureuses et mes encouragements à notre ami le Pasteur Jean-Blaise Kenmogne ainsi qu'à sa dynamique et dévouée équipe, pour tout ce qu'ils font en faveur du rassemblement et du bien-être des hommes. C'est avec un plaisir toujours renouvelé que je reçois ses invitations pour participer à une activité avec lui et c'est avec le même plaisir que je réponds présent. Les sujets, sociaux, que traitent les différentes rencontres organisées par le CIPCRE sont d'autant plus expressifs que les causes des douleurs des hommes, victimes de ces maux, sont nombreuses.

         Le Prophète Muhammad nous a appris, par un Hadith, que quiconque parmi nous a vu un mal a l'obligation de l'éliminer selon les moyens qui lui sont donnés  :

         soit matériellement s'il en a l'autorité

         soit verbalement s'il est une voix autorisée

         soit par la répulsion à l'égard de ce mal. Et cette troisième catégorie, quoique considérée comme une arme pour combattre le mal, est qualifié comme étant le dernier degré de la foi.

         Introduction

         Il serait superflu, pour ma part, de revenir vous entretenir ici, une fois de plus, de la définition des mots corruption, tribalisme, gestion et transparence. Il me paraît plutôt utile et intéressant  de passer directement à l'essentiel pour vous dire ce que pensent les musulmans de la question et ce que dit l'Islam à propos de ces maux des sociétés évoluées, ces sociétés qui attendent d'être nanties de toutes les cultures, voire de se forger une civilisation, avant de commencer à sombrer dans l'immoralité.

         Le Cameroun, mon pays, constitue l'un des maillons de la chaîne de ces sociétés. Cela est bien déplorable. En fait, tout porte à croire que s'est établi un principe selon lequel chaque fois qu'il y aurait évolution, il y aurait aussi instauration et pratique de la corruption, du tribalisme, de la xénophobie. C'est un phénomène de société, un phénomène négatif certes, mais surtout inutile et même nuisible.

         Mais revenons à l'Islam et aux musulmans pour voir ce que la religion de ceux-ci et leur culture réservent à ces maux. Celui qui parcourt le Saint Coran est frappé par la fréquence de l'usage du mot "Dzulm" quand ce livre traite du mal, du mauvais, du négatif, du nuisible, de l'obscurantisme et j'en passe. Or ce mot veut dire tout simplement placer quelque chose ou quelqu'un à un endroit qui ne lui convient pas. Traduit en français par le mot oppression, il donne la plénitude e sa portée et la dimension des dégâts auxquels il faut s'attendre.

         Mesdames,

         Messieurs,

         La terre sur laquelle nous vivons n'est pas l'œuvre de quelqu'un d'autre que Dieu notre Créateur. La mesure, le poids, la justice, la vérité, l'équité, l'amour du prochain, le respect de la légalité et celui du naturel ne sont pas des maux creux, vains. Ils traduisent le sens propre du message céleste, de la mission de toute la lignée ou de toute la chaîne de la prophétie.

         Quand nous parlons d'Etre Suprême nous disons le Bon Dieu, Dieu d'amour. L'évocation de son nom nous comble de joie, puisque nous le savons juste et généreux.

         Nous voulons que la terre, notre planète, notre demeure, reste éternellement verte, c'est-à-dire à l'état naturel, que l'air que nous respirons demeure pur, que le soleil se lève toujours le matin et se couche toujours le soir, que le jour nous permette de vaquer à nos activités vitales, que la nuit reste toujours notre moment préféré de détente. Tel que Dieu l'a voulu. Nous n'admettons aucune altération à cet ordre agréable de la nature.

         La création de la terre, l'envoi de messagers, la mission des prophètes, la conservation à l'état naturel de l'air, de l'eau, du soleil, du jour et de la nuit sont des oeuvres parfaites de Dieu. Ce sont également et surtout des leçons dont nous devons nous inspirer pour ne pas procéder à l'altération de l'ordre naturel des choses, pour ne pas faire du "Dzulm". Notre Créateur, par miséricorde ne l'a pas fait. En effet, Il a dit dans le Saint Coran qu'Il n'opprime personne. De même, il est dit dans un Hadith que le Seigneur a chargé le Prophète Muhammad de nous faire savoir que "pour Lui, le Seigneur, Il s'est interdit l'oppression et en a fait un objet d'interdiction quant aux rapports entre les humains. Alors qu'ils ne s'oppriment point".

         Le tribalisme

         De manière plus concrète, en matière de tribalisme, Dieu n'a pas laissé les gens en Islam juger de l'opportunité de faire ou de ne pas faire du racisme, du tribalisme, bref de la discrimination de quelque forme que ce soit fondé sur l'origine ou l'appartenance d'un être humain. Jugeant des conséquences désastreuses d'un tel acte, Dieu a, dans la sourate intitulée "les appartements" que d'aucuns appellent à juste titre le "chapitre de l'ethnique" inséré de nombreux versets qui traitent de cette question et de manière claire. Aucun détail n'y est de trop et la démarche va de la communauté des croyants qui est restreinte à la famille humaine. Afin que nul n'en ignore, lisons :

         "Croyants, ne vous criblez pas de railleries mutuelles. Ceux qui sont raillés valent parfois mieux que leurs persifleurs. Que les femmes non plus ne s'invectivent pas entre elles. Celles que l'on dénigre valent peut-être mieux que leurs railleuses. Point ne vous  calomniez. Point ne vous donnez de sobriquets injurieux. De telles perversions s'allient mal avec la foi que vous professez. Ceux qui ne se repentiront pas seront des injustes avérés.

         Croyants ! Evitez de vous laisser trop aller aux soupçons ! Il est des soupçons qui sont de vrais péchés. Ne vous épiez pas ! Ne médisez pas les uns des autres ! L'un de vous voudrait-il jamais se repaître de la chair de son frère mort ? Non, vous l'auriez en horreur. Ainsi en est-il de qui médit de son prochain. Craignez Dieu ! Dieu est pourtant si absoluteur, si plein de compassion.

         Humains ! Nous vous créâmes d'un mâle et d'une femelle, pour vous répartir ensuite en nations et en tribus : ainsi vous pourrez vous connaître entre vous. Les plus honorables d'entre vous auprès de Dieu sont les plus pieux. Dieu est si bien informé, si clairvoyant à votre sujet.

         Voilà l'Islam face au phénomène de la discrimination. Voilà sa pensée là-dessus, voilà ses dispositions à l'égard de ce mal humain.

         Ces versets sont si pleinement expressifs qu'ils n'appellent pas de commentaire de ma part.

         La corruption

         Nous voici dans la corruption. Une fois de plus, c'est cette oppression qui va  nous intéresser. Le dzulm. Parce qu'il s'agit de placer quelque chose à un endroit qui ne lui est pas propre, quelle que soit la nature de la corruption à laquelle l'on se livre. Et qu'elle soit matérielle ou morale.

         Il faut relever cependant qu'avec l'Islam, c'est de toute une autre dimension de la considération de la corruption qu'il s'agit. En effet, c'est par cette information-prescription que le Coran prend ou traite globalement les questions relatives au phénomène de la corruption :

         "Ceux d'entre les enfants d'Israël qui ont tourné le dos à la foi ont été maudits par la bouche de David et celle de Jésus, fils de Marie, pour avoir été rebelles au Seigneur et avoir commis l'iniquité".

"Ils demeuraient indifférents devant le mal, évitant de se censurer les uns les autres. Comportement infâme s'il en fut !" (Sourate V, versets 78-79).

         Cette prescription décrit la position globale des prophètes messagers de Dieu face aux comportements des incrédules parmi les enfants d'Israël, tout au long de leur histoire. Ces deux (2) prophètes David et Jésus ont appelé la malédiction de Dieu sur ces mécréants et le Seigneur les a exaucés. Dieu nous a dit pourquoi il y a eu demande de malédiction de la part de ces deux prophètes et pourquoi Il les a exaucés:

         - pour avoir été rebelles au Seigneur

         - pour avoir commis l'iniquité

         - pour être demeuré indifférent devant le mal

         - pour avoir évité de se censurer les uns les autres

         La désobéissance, l'agression et l'incivisme peuvent se produire dans une communauté par le fait de ses délinquants. Ses pervers. La terre ne peut jamais se vider de tous ses pervertis. Ses déviants. Mais la particularité des sociétés honorablement distinguée est d'empêcher le mal, le blâmable, de devenir la règle, de s'ériger en système, de créer le droit, car cela rendrait facile à celui qui ose de prendre son courage pour perpétrer un crime.

         Quand faire le mal devient plus ardu que faire le bien dans une société et la répression du mal non seulement dissuasive, mais encore assurée par la collectivité, la perversité se retranche progressivement et ses mobiles refluent à la satisfaction de tous. A ce moment-là, un regain de vitalité pour un rassemblement autour du bien se produit comme par enchantement, et crée une force permettant de combattre toutes les formes de dépravation, de délinquance, d'altération morale, bref tout ce qui va à l'encontre de l'éthique, l'empêchant ainsi de s'imposer à la société.

         Le régime islamique, quand il expose ces faits et rappelle comment ils se produisaient dans la société israélite, et ce pour le déplorer, le décrier et parce qu'il en a horreur, veut que la société musulmane ait une existence vive, solide et solidaire, qu'elle réprime en outre toute tentative d'agression, de rébellion, de perversité, afin que celles-ci ne prennent forme pour devenir un phénomène public et banalisé.

         Il veut que la société islamique soit forte dans la justice et sensible à toute agression dont elle est, même potentiellement, l'objet.

         Le régime islamique veut que les autorités de la religion assument leur responsabilité en se dressant contre le mal, la corruption, la tyrannie et l'agression, sans se plier devant qui que ce soit ou quoi que ce soit et quelle que soit la provenance de cette dépravation. Un mal est un mal, que son auteur soit une autorité qui abuse de son pouvoir, un homme d'affaires qui use et abuse du pouvoir de l'argent, un malfrat qui impose la force du mal ou un public dominé par la passion du mal. Le régime de Dieu est immuable et toute personne qui tente une rébellion est traitée comme telle.

         Cela en langage islamique s'appelle amanah, ce qui peut se traduire à la fois par fidélité, bonne foi, honnêteté, loyauté, probité. Quand un mot est aussi lourd de signification il ne peut être l'objet de marchandage. L'on ne peut badiner avec quand il s'agit de l'Islam. C'est pourquoi l'Islam est exigeant quant au respect de cette amanah et au prix qu'il y attache. Tout manquement à cette amanah entraîne une répression collective qui n'écarte pas la culpabilité individuelle.

         L'Imam Ahamad rapporte, d'après Abdallah Ben Masud, que le prophète Muhammad a dit que lorsque les enfants d'Israël se sont laissés entraîner par le péché, les rabbins, les ont rappelés à l'ordre. Mais ils ont fait fi de leur injonction. Toutefois, ce comportement n'a pas empêché les rabbins de se mêler aux pervertis, partageant avec eux la vie au quotidien. Dieu les a frappé par une guerre fratricide et les a maudits par David et Jésus, comme je l'ai déjà dit, à cause de leur rébellion et leur iniquité. Le narrateur de ce hadith dit en outre que le prophète, qui était à moitié couché d'un côté, s'est redressé, puis s'est assis brusquement et à ajouté dans un ton grave : je jure par celui qui détient mon âme que "vous ne pouvez échapper à une telle répression divine" jusqu'à ce que vous assumiez votre responsabilité de maîtrise de l'encadrement des administrés.

         Les propos par lesquels le prophète ordonne la réalisation du bien et le rejet du mal comme responsabilité individuelle et communautaire sont très nombreux dans les enseignements de l'Islam. Mais il ne s'agit pas seulement d'une simple prescription du bien et d'une simple interdiction du mal livrées verbalement ou consignées sur du papier. Non ! Il s'agit de cela certes, mais il faut surtout comprendre qu'il est question ici d'insister et de persévérer dans l'insistance en vue d'empêcher que le mal s'installe et le cas échéant de l'éradiquer.

         Mesdames,

         Messieurs,

         Par mon propos, je m'adresse aux croyants, je m'adresse aux fidèles, je m'adresse à ceux dont le cœur a quelque chose qui les lie à Dieu, ceux qui vibrent corps et âme quand on évoque le nom de Dieu. Ceux qui savent que le séjour ici bas n'est qu'un passage et non une fin en soi. Ceux qui croient et sont confortablement installés dans leur foi que le jugement dernier est inéluctable. Ceux qui et s'apprêtent à rendre compte de tous les actes qu'ils auront posés ici-bas devant un juge qui est Dieu et qui déclare dans le Coran : "La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son Messager, et qui s'efforcent de semer la corruption sur la terre, c'est qu'ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu'ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l'ignominie ici-bas ; et dans l'au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment,

Excepté ceux qui se sont repentis avant de tomber en votre pouvoir : sachez qu'alors, Allah est Pardonneur et Miséricordieux.

Mes chères soeurs,

Mes chers frères,

         C'est à vous que je m'adresse, parce que je suis heureux de vous savoir dans ces conditions qui vous permettent d'avoir le courage de l'effort et le sens du sacrifie nécessaire et noble qu'exige l'édification d'une société, que dis-je, de la société du bien. A n'en pas douter, celle-ci ne peut se constituer que d'après les enseignements célestes. Le judaïsme avec les enseignements de Moïse, le christianisme avec les enseignements de Jésus Fils de Marie et les musulmans avec le Coran et la Sunnah savent que la société du bien constitue l'ossature de la mission de l'homme sur la terre quand, après l'avoir créé, Dieu a fait de lui son vicaire pour coloniser notre planète.

         Les efforts de l'homme vers le bien ont besoin d'être éclairés par la lumière divine que leur procurent les enseignements célestes. Et il est clair que les solutions élégantes aux problèmes angoissants de la société ne peuvent conduire que vers d'autres problèmes peut-être plus angoissants encore. Malheureusement c'est la direction de la facilité que l'homme a prise. C'est une voie qui ne mène nulle part. Car c'est un cul de sac et, au bout, il y a péril.

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