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Campagne Semaines Pascales 2001

Combattons le tribalisme et la corruption pour une gestion transparente

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Les populations de l'Ouest face au tribalisme et à la corruption

 

Mgr Joseph ATANGA, évêque de Bafoussam

Bafoussam le 17 avril 2001

         Introduction

             Les évêques du Cameroun, dans leurs Lettres Pastorales sur le tribalisme et sur la corruption, ont analysé ces fléaux sociaux sous toutes leurs coutures. D'entrée de jeu, nous pouvons dire que les populations de l'Ouest, face à eux, réagissent de la même façon que les autres populations du Cameroun, c'est-à-dire à la fois victimes et agents. Ce qui nous semble important et utile, est d'en chercher les racines, de les identifier pour mieux les combattre comme nous y invite le thème général de cette Semaine Pascale. Or, il nous semble que ces fléaux trouvent leurs racines dans notre façon d'être et de faire de nos famille, ainsi que d'être chrétien.

             I - Tribalisme et corruption dans nos familles

             Nous semons et cultivons la corruption et le tribalisme dans nos familles sans nous en rendre compte la plupart du temps. Tout commence dans la plus tendre enfance lorsque nous associons "service-cadeau" dans la vie quotidienne avec les enfants ; fais-moi ceci je te donne un cadeau. Si on n'y fait pas attention cette habitude détruit chez l'enfant le sens de la générosité, de la gratuite et du dévouement. Ceci n'apprend pas à l'enfant à trouver sa joie dans le "bien faire" ce qu'il a à faire. Ce qu'il fait est pour les autres et il attend que ces derniers le paient. Il exige des cadeaux pour bien travailler à l'école, pour apprendre un métier et surtout pour rendre service. N'a-t-on pas entendu des enfants, à la fin du trimestre dire à leurs parents : "J'ai eu la moyenne, tu me donne quoi ?" Ou encore : "si je passe mon diplôme, que me donnez-vous ?"

             Dans la société, cette pratique fonctionne très vite dans les deux sens. Puisqu'il ne peut rien pour rien, il est le premier à acheter les services des autres. Mais ce genre de citoyen n'est pas seulement un "vendeur" ou un "acheteur de service", il est en réalité un paresseux et un incapable. Il a monnayé pour avoir ses diplômes, et par conséquent, n'a pas de formation sérieuse, donc incompétent ; il a monnayé pour occuper son poste et ses fonctions.

             Quant au tribalisme, au niveau de la famille, il se vit d'abord, sous forme de ségrégation, de la différence de traitement entre les enfants ; celui de faveur accordé aux enfants de la famille ; celui accordé aux enfants adoptifs ou bien tout simplement autour de la nourriture ou on prend l'habitude de donner les meilleures parts à ses propres enfants donnant le reste aux autres.

             Mais aussi chaque fois que les adultes parlent entre eux des absents et changent de sujet quand les intéressés ou un étranger rentre. Les sujets eux-mêmes dont on parle sont souvent ségrégationnistes. Les enfants sont négativement marqués par tous ces propos dans lesquels nous taxons celui-ci de ceci ou de cela, tout simplement parce que je les connais à travers tel ou tel défaut.

             Mais surtout, les mariages sont dans nos familles le théâtre le plus évident du tribalisme. Combien de parents même ceux qu'on croirait plus ouverts et plus évolués, s'opposent au mariage de leurs enfants parce que le conjoint est de tel village, tribu, ou région.

             Cependant le tribalisme et la corruption sont surtout la manifestation de notre paganisme ou de notre manque de foi.

             II - Corruption, tribalisme et foi

             2.1 - Corruption et foi

             La corruption est un manque de foi ou le refus d'être chrétien, c'est-à-dire le refus de faire la volonté de Dieu. Dans ce fléau, ce qui est caractéristique, c'est la recherche à outrance du profit et de l'intérêt, le refus de la gratuité, de la justice et de la vérité, tout comportement qui jure contre la foi.

             Dans le commerce par exemple, outre toutes les pratiques frauduleuses répréhensibles, lorsqu'un chrétien commerçant réalise des bénéfices de cent, cinq cent, mille pour cent, c'est de l'exploitation et du vol ; ce sont des pratiques anti-crhétiennes dans la mesure où le chrétien doit, en tout avoir le souci de témoigner du Christ en faisant autrement que les autres.

2.2 - Tribalisme et foi

            Ce qui est caractéristique du tribalisme, c'est la discrimination sur la base du village, de la tribu, qui rend immédiatement partial, faux, peu soucieux de la vérité et de la justice. Je suis automatiquement de son côté parce qu'il est de mon village, de ma tribu, ou le contraire.

             Cette attitude rend celui qui l'adopte inapte à dire, en vérité, le "Notre Père". En effet dans cette prière des enfants de Dieu, le chrétien ne dit pas "Mon Père", mais bien "Notre Père". Ce notre ne se limite pas à sa famille, ni à ceux avec qui il prie, ni à ceux qu'il connaît, ni à son Eglise ou ceux qui partagent sa foi, même pas à ceux qui croient en Dieu. C'est un "notre" universel, sans limite ; y mettre la moindre limite serait s'exclure des enfants de Dieu et donc refuser le salut que nous apporte Jésus-Christ par sa mort et sa résurrection. En effet, la mission de Jésus sur terre peut bien se résumer en ceci : "faire de nous des enfants de Dieu pour que nous demeurions avec Lui dans on royaume".

             Ainsi le tribalisme et la corruption sont des manifestations majeures du paganisme. Ne pas les combattre avec la dernière énergie, c'est confesser dans les actes, notre appartenance non pas à Jésus, mais à satan qui est le diable (de diabolos qui signifie séparer, diviser pour détruire). Notre foi chrétienne nous invite à lutter sans merci contre ces fléaux. Tout chrétien qui s'oppose à une personne, à cause de ses origines villageoises ou tribales n'est chrétien que de nom et impropre au salut de Jésus-Christ ; il en est de même pour tout chrétien qui pratique la corruption active ou passive.

             III - Quel remède

             Pour faire reculer, tant soit peu, ces fléaux chez nous, nous devons attaquer le mal à la racine ; c'est-à-dire d'abord dans nos familles qui sont le lieu de l'éducation de base ; et en même temps, sur le pan social, en témoignant plus énergiquement de notre appartenance à Jésus-Christ, dans notre vie de chaque jour (il n'y a ni juif, ni chrétien, ni esclave, ni homme libre .......).

             3.1 - En famille

             Il est important que nos familles, comme lieu de l'éducation humaine et sociale de base, reprennent conscience de leur importance et de leur rôle irremplaçable dans l'édification d'une société vraiment humaine. Les parents devraient redoubler de vigilance pour que les stimulants éducatifs ne fassent pas l'effet contraire. Ils doivent surtout veiller à ne pas communiquer à leurs enfants leurs ressentiments contre les villages ou les tribus entiers. Ils devraient veiller à ce que les enfants apprennent à voir en toute personne qu'ils rencontrent un être humain à aimer et à accueillir.

             3.2 - Sur le plan religieux

             La lutte contre ces fléaux, nous l'avons dit plus haut est une nécessité de notre foi et de notre vie chrétienne. La fraternité universelle est le corollaire de l'enseignement de Jésus-Christ. Puisque notre Dieu est père de tous, nous ne sommes vraiment ses dignes enfants que dans la mesure où nous acceptons d'être des frères et soeurs de tous. Nous ne pouvons le devenir qu'en combattant en nous et autour de nous, tout ce qui nous rapproche et du tribalisme et de la corruption. Dans ce combat, nous devons nous armer de la conviction que ce qui nous unité est plus grand que ce qui nous divise. Alors, au nom de Jésus Christ et avec Lui, allons en guerre contre ces fléaux, avec ses armes. Témoignons de Lui.

             Conclusion

             S'il est vrais que face au tribalisme et à la corruption les populations de l'Ouest sont comme les autres du pays i.e à la fois victimes et agents, la nécessité de les combattre, chacun à son niveau n'est plus qu'urgente. Si ce combat est l'affaire de tous, elle est celle des chrétiens que nous sommes à un titre spécial. Il s'inscrit au cœur de notre mission dans le monde. Certes en république et dans un Etat comme le nôtre, les pouvoirs publics ont leur rôle à jouer et qui n'est pas négligeable. Mais nous allons le subordonner à notre action à tous et donc à notre salut à tous. Chacun sait donc maintenant ce qu'il devrait faire.

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