|
Accueil - Présentation - Forum - Documents - Contact - Liens - English
|
Campagne Semaines Pascales 2001 Combattons le tribalisme et la corruption pour une gestion transparente |
|
|
Cahier d'Animation 2001 |
||
|
Et si la transparence, ce n'était pas ça ? Par Jean-Paul MEGNEU Depuis quelques temps, tout le monde nous parle de transparence : le gouvernement, les organisations internationales, les ONG et même, depuis peu, les évêques catholiques du Cameroun. Or cet engouement pour un concept somme toute assez flou suscite chez moi des remarques que je ne peux plus longtemps retenir. Alors voilà… Tout d'abord j'aimerais adresser mon plus grand étonnement à nos frères et sœurs en Europe et en Amérique du Nord. Voici qu'après nous avoir, depuis plus d'un siècle, instruit sur toutes les méthodes de la fraude et de la corruption, après avoir acheté la conscience de nos chefs à coup de babioles et d'alcools forts, après avoir fait et défait nos gouvernements, après avoir déversé sur notre continent les déchets toxiques, les médicaments périmés, les habits démodés et les poulets à la dioxine, pour mieux voler nos ressources naturelles et agricoles, voici qu'ils se permettent de venir nous faire la morale en matière de gestion publique et privée. Permettez-moi de m'interroger sur les intentions véritables, inavouables sans doute, qui se cachent derrière cette démarche. Une stratégie nouvelle n'est-elle pas en train d'être mise en place, pour mieux contrôler, et si besoin est sanctionner, des économies qui risqueraient de vous échapper ? Un néo-néo-colonialisme moral n'est -il pas en construction, basé sur les deux piliers du « droit d'ingérence humanitaire » et du « contrôle de bonne gouvernance transparente » ? Car finalement - et là je m'adresse surtout à mes
concitoyens pan-africains - ne tentons-nous pas, en scandant sans arrêt
« transparence, transparence », de greffer un corps étranger
sur notre culture et nos habitudes, qui sans aucun doute le rejetteront,
ou alors s'accommoderont d'un discours sans le vivre véritablement, dans
une douce schizophrénie qui fait déjà la gloire de nos pratiques
sociales et religieuses ? Permettez-moi donc d'exprimer ma thèse le plus clairement
possible : la transparence est une mode néo-libérale occidentale,
totalement inadaptée au contexte social traditionnel africain. En effet, il me semble clair que la transparence est bel et bien un fonctionnement logique et approprié dans le contexte d'une société fonctionnelle et déshumanisée comme l'Occident. Dans un contexte où le fonctionnement prend le dessus sur le relationnel, il est normal que le fonctionnaire ne puisse faire la différence entre un parfait inconnu et son propre enfant, il est normal que le comptable puisse gérer de manière neutre et désincarnée des milliards de francs tandis que son beau-frère ne sait pas comment nourrir sa nombreuse famille. Mais l'Afrique ne fonctionne pas comme cela. L'Afrique est construite sur la solidarité de proximité. Rien de plus normal pour nous que d'aller réclamer notre part de gains à un grand frère qui a obtenu un poste intéressant dans la fonction publique. Rien de plus normal aussi pour nous que d'aller quémander notre part de fête chez le voisin qui a tué la chèvre pour une raison quelconque. Si vous avez de quoi vivre, et même de quoi vivre bien, votre entourage viendra pour participer à votre avoir. Chez nous, la principale sécurité sociale réside dans le fait que celui qui n'a pas aura toujours le droit de demander à celui qui a. Il n'est du coup pas bien étonnant que le fonctionnaire, l'agent de l'ordre ou l'employé d'administration, qui souvent manque cruellement de salaire, demande sa bière ou sa part de fête au premier passant venu. Cela ne fait-il pas partie de tout un contexte culturel de solidarité de proximité ? Plus profondément encore, on pourrait faire remonter nos
habitudes de détournement de fonds, de gestion non transparente, de
tribalisme et de corruption à une mentalité économique encore très
attachée à la «cueillette» et à la «chasse» plutôt qu'à la
culture de plantation et de récolte. La différence est claire : le
chasseur et le cueilleur ne se soucient pas de planifier et de prévoir,
il prend et il mange lorsqu'il trouve, tandis que l'agriculteur doit prévoir,
il doit gérer, il ne mange que ce qu'il a semé lui-même, et récolte
selon son mérite. Avant de prêcher « transparence » à tout
vent, il faudrait déjà se demander si l'Afrique est bel et bien sortie
de l'esprit de cueillette et de chasse. Quelle conclusion tirer de ces réflexions ? Peut-être aucune. Ou peut-être tout simplement celle-ci: qu'il faudra encore bien réfléchir sur les tenants et aboutissants de la lutte contre le tribalisme et la corruption dans le contexte africain. Peut-être le concept de transparence (comme d'autres concepts occidentaux à prétentions universalistes) n'est-il pas simplement transposable dans notre culture et faudra-t-il chercher d'autres manières de promouvoir une gestion juste et équitable. |
Cahier d'Animation 2001
Réflexions et analyses Exemples de lutte
Outils pour la lutte
Animations en groupe
|