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Campagne Semaines Pascales 2001 Combattons le tribalisme et la corruption pour une gestion transparente |
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Cahier d'Animation 2001 |
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Bible
et
Corruption
Par le
Prof. Jean-Paul MESSINA, théologien.
Les deux testaments que nous présente la Bible, l'ancien et le nouveau, associent étroitement la corruption au péché. Le premier péché connu sous le nom de péché originel n'est-il pas intimement lié à la corruption? En effet, la déchéance d'Adam et Eve du paradis d'Eden résulte de ce mal. Après avoir établi Ish et Ishsha dans le bonheur incarné par le Jardin d'Eden, Dieu, en même temps qu'il leur donne l'autorisation de jouir de tous les biens de la création, leur demande de s'abstenir pour ce qui est des fruits de l'arbre de la connaissance du bonheur et du malheur (Gn 2:16-17). Cet
interdit
aurait
pu
bien
être
observé
si
l'effet
séducteur
et
corrupteur
de
l'ennemi
de
Dieu,
ici
présenté
sous
les
traits
du
serpent,
n'avait
pas
eu
raison
des
faiblesses
spirituelles
d'Ishsha.
Croyant
devenir
aussi
puissant
que
Dieu,
selon
les
fausses
raisons
du
serpent,
Ishsha
se
laisse
corrompre
en
mangeant
du
fruit
de
l'arbre
défendu.
Elle
en
propose
à
son
mari,
Ish,
qui
à
son
tour,
viole
avec
une
satisfaction
mal
dissimulée
l'interdit
de
leur
Créateur.
La
conséquence,
on
le
sait,
c'est
que
de
ce
premier
péché
sur
fond
de
corruption,
est
arrivée
la
déchéance
de
l'homme.
Chassé
du
Jardin
d'Eden
et
puni
par
Dieu,
l'homme
connaîtra
désormais
la
misère,
la
souffrance
et
la
mort
(Gn
2:16-23).
Ceci
nous
montre
que
la
corruption
en
tant
qu'acte
de
trahison
ne
rentre
pas
dans
le
plan
de
la
création
tel
que
Dieu
l'a
connu
et
réalisé. Et c'est encore à cause de la corruption de l'humanité que Dieu provoque le déluge (Gn 6:5-7) tout comme la perte de Sodome. (Gn 19,1 et ss). Pour permettre à son peuple de disposer d'un code moral, Dieu a communiqué dix commandements à Moise. Le peuple élu de Dieu saura-t-il être fidèle aux commandements de ne pas voler? Il semble difficile de répondre par l'affirmative, au regard du discours que nous sert le livre des prophètes. La
mise
en
garde
du
prophète
Amos
au
peuple
d'Israël
procède
de
la
volonté
d'extirper
la
corruption
des
mœurs
sociales.
II
s'agit
par
ailleurs
de
préserver
Israël
des
mauvaises
habitudes
rencontrées
chez
les
peu ples voisins. Et d'une manière générale, les actes de corruption font intervenir des sanctions appropriées. Le prophète Amos peut ainsi s'écrier: « Samarie corrompue périra » (Amos 3:9). La
seule
issue
pouvant
éviter
un
tel
châtiment
à
la
Samarie
est
la
conversion,
c'est-à-dire
un
retour
à
l'obéissance
des
commandements
de
Dieu.
L'amour
de
Dieu
et
l'amour
du
prochain
en
sont
les
meilleurs
palliatifs. Le
prophète
Michée
est
encore
plus
incisif
dans
ses
propos.
Il
fustige
les
mercenaires,
c'est-à-dire
les
prophètes
corrompus
qui
cherchent
à
égarer
le
peuple
de
Dieu
.« Ainsi
parle
Yahvé
contre
les
prophètes
qui
égarent
mon
peuple.
S'ils
ont
quelque
chose
entre
les
dents,
ils
proclament;
«Paix !»
Mais
à
qui
ne
leur
met
rien
dans
la
bouche,
ils
déclarent
la
guerre »
(Michée3:5-8). Michée
dénonce
aussi
la
corruption
des
dirigeants,
ceux-là
mêmes
qui
gèrent
le
pouvoir
en
opprimant
le
peuple,
et
contre
la
loi
de
Dieu.
C'est
ainsi
qu'il
annonce
la
ruine
de
Sion. «Ecoutez
donc
ceci,
chefs
de
la
maison
de
Jacob
et
commandants
de
la
maison
d'Israël,
vous
qui
exercez
la
justice
et
qui
tordez
tout
ce
qui
est
droit,
vous
qui
construisez
Sion
avec
le
sang
et
Jérusalem
avec
le
crime,
ses
chefs
jugent
pour
des
présents,
ses
prêtres
décident
pour
un
salaire,
ses
prophètes
vaticinent
à
prix
d'argent.
».
(Michée
3:9-12). Pour le prophète, les fraudeurs de la cité seront insatiables. La punition de Dieu sera à la hauteur de leur vice. Aucun n'y échappera. Ecoutons encore le prophète. «C'est
la
voix
de
Yahvé !
Il
crie
à
la
cité:
Ecoutez,
tribu
et
assemblée
de
la
cité,
Puis-je
supporter
une
mesure
fausse
et
un
boisseau
diminué,
abominable?
Puis-je
tenir
pour
pur
qui
se
sert
de
balances
fausses,
d'une
bourse
de
poids
truqués?
Elle
dont
les
riches
sont
pleins
de
violence
et
dont
les
habitants
profèrent
le
mensonge!
Aussi,
moi-même,
j'ai
commencé
à
te
frapper,
à
te
dévaster
pour
tes
péchés.
Tu
mangeras,
mais
tu
ne
pourras
te
rassasier,
tu
mettras
de
côté,
mais
tu
ne
pourras
rien
garder;
et
si
tu
peux
garder
quelque
chose,
je
le
livrerai
à
l'épée.
Tu
sèmeras,
mais
tu
ne
pourras
faire
la
moisson;
tu
presseras
l'olive,
mais
tu
ne
pourras
te
oindre
d'huile,
le
moût,
mais
tu
ne
boiras
de
vin ». Ces
propos
de
Yahvé,
prononcés
par
Michée
sont
à
méditer
en
profondeur.
Le
corrompu,
le
malhonnête,
le
détourneur
du
bien
commun,
est-il
rassasié?
Est-il
satisfait
de
son
ignoble
besogne? La
conclusion
qu'on
peut
en
tirer,
c'est
que
la
corruption
ne
procure
pas
le
bonheur
recherché,
ni
la
paix
de
l'âme
et
de
la
conscience.
Car
Dieu
lui-même
condamne
le
corrompu
à
ne
pas
jouir
des
biens
si
mal
acquis.
C'est
pourquoi
la
corruption,
dans
l'Ancien
Testament,
est
présentée
comme
un
crime,
un
grand
péché
que
Yahvé
punit
sévèrement.
Le
corrupteur
et
le
corrompu
ne
bénéficient
pas,
ici,
de
l'impunité. Le
Nouveau
Testament
regorge,
lui
aussi,
des
cas
de
corruption,
contre
lesquels
Dieu
s'élève.
La
corruption
apparaît
tantôt
sous
la
forme
de
supercherie,
tantôt
sous
la
forme
de
mensonge
et
souvent
sous
la
forme
d'hypocrisie. Jean-Baptiste, qui annonce selon la prophétie d'Isaïe, le royaume des cieux et la venue du Messie, prêche la conversion à tous ceux qui viennent se faire baptiser. Car sans la conversion, c'est-à-dire l'abandon de mauvaises habitudes, nul ne peut espérer entrer dans le nouveau royaume. Aux publicains qui lui demandent ce qu'il faut faire, il répond clairement: « N'exigez rien au-delà de ce qui vous est prescrit » (Lc 3:13). Dans
le
même
sens,
il
répond
aux
soldats:
« Ne
molestez
personne,
n'extorquez
rien
et
contentez-vous
de
votre
solde »
(Mc
3:14). Les
publicains
comme
les
soldats
sont
des
fonctionnaires.
Jean-Baptiste
les
engage
à
ne
pas
recourir
à
la
corruption,
à
n'accomplir
que
leur
devoir,
tout
leur
devoir,
et
rien
que
leur
devoir.
La
conversion
implique
ainsi
la
fidélité
à
son
devoir. Jésus
lui-même,
à
peine
baptisé
par
Jean-Baptiste,
est
confronté
à
l'épreuve
de
la
corruption.
Apres
avoir
jeûné
40
jours
et
40
nuits
dans
le
désert,
il
doit
affronter
le
diable.
Ayant
résisté
aux
premières
tentations,
le
diable
recourt
à
la
corruption
pour
infléchir
ses
positions.
Il
lui
propose
les
richesses
du
monde: « Tout
cela
je
te
donnerai,
si,
te
prosternant,
tu
me
rends
hommage »
(Mt
4:
8).
Jésus,
résistant
une
fois
de
plus,
lui
répond:
«
Retire-toi
Satan!
car
il
est
écrit:
c'est
le
Seigneur,
le
Seigneur
ton
Dieu,
que
tu
adoreras
et
à
lui
seul
tu
rendras
un
culte »
(Mt
4:10). La corruption est ici un péché contre la volonté et l'autorité de Dieu. Naturellement, Jésus-Christ qui est le Fils de Dieu, investi d'une mission divinement salvifique, ne se laisse pas corrompre par Satan. Ce serait un acte de trahison. La corruption, nous l'avons dit, est un acte de trahison. Jésus, lui, est porteur d'une justice nouvelle, une justice basée sur l'amour du prochain. Aimer son prochain exclut toute tentative de corruption. Et pour tourner le dos à la corruption, Jésus invite ses disciples à être parfaits comme le Père Céleste (Mt 5:48). Cela implique: contempler Dieu, observer sa loi, abandonner l'esprit de convoitise des richesses du monde. « Nul ne peut servir deux maîtres à la fois » (Mt 6:24; Lc 16:13). Mais tourner le dos à la convoitise des richesses du monde ne signifie pas s'abandonner à la misère et à la pauvreté, mais dépasser la cupidité, la recherche effrénée de l'argent et des biens matériels. Le sommet de la corruption ici est la trahison de Judas par l'un des
douze apôtres. Ayant perçu de l'argent de la part des ennemis du Christ,
Judas leur facilite l'arrestation de Jésus en lui donnant un baiser selon
la convention passée avec les persécuteurs. (Mt
26:49-50;
Mc
14:43-44;
Lc
22:47-48;
Jn
18:2-5). C'est
donc
un
des
douze
disciples
qui,
pour
avoir
succombé
à
la
corruption,
trahit
le
Maître.
Ici
encore,
corruption
et
trahison
vont
ensemble.
Réalisant
la
gravité
de
son
acte
après
coup,
Judas
va
se
suicider.
Le
geste
de
Judas
est
très
proche
de
I'esprit
de
corruption
qui
nous
habite
aujourd'hui
au
Cameroun.
Les
enfants
tuent
leurs
parents
pour
s'emparer
de
l'héritage.
Au
nom
de
la
recherche
effrénée
de
l'argent,
on
vit
dans
une
société
en
perte
des
valeurs
éthiques.
Nous,
les
Camerounais,
nous
sommes
prêts
à
vendre
notre
pays
pour
des
intérêts
égoïstes.
Le
patriotisme
et
la
morale
religieuse
n'ont
presque
plus
de
place
dans
notre
pays. Or
la
Bible,
à
travers
les
quelques
exemples
que
nous
venons
de
parcourir,
montre
que
la
corruption
est
un
mal,
c'est
un
péché
contre
l'ordre
social
et
la
volonté
de
Dieu.
C'est
la
corruption
de
l'humanité
qui
est
à
l'origine
de
la
misère
de
l'homme. Les
chrétiens représentent près de
la
moitié
de
la
population
de
notre
pays.
Mais,
nous
les
chrétiens,
malheureusement,
nous
sommes
les
premiers
corrupteurs
et
les
premiers
corrompus
de
ce
pays.
Cela
est
d’autant
plus
inadmissible
que
par
la
corruption
nous
trahissons
notre
foi
(comme
Judas
a
trahi
le
Christ)
et
nous
empêchons
l’évolution
socio-économique
du
Cameroun.
Dans
ces
conditions
quel
avenir
préparons-nous
pour
nos
enfants?
L’égoïsme
peut-il
avoir
un
avenir? Mais
la
Bible
nous
donne
aussi
de
constater
que
lorsque
le
mal
s’est
plus
ou
plus
généralisé,
il
se
trouve
toujours
un
homme
juste
et
vertueux
que
Dieu
épargne
pour
la
survie
du
clan
et
de
la
tribu.
Ils
incarnent
l’espoir
des
lendemains
meilleurs.
Il
n’
y
a
donc
pas
lieu
de
croire
à
la
fatalité. « On
va
faire
comment? »
«
Ce
n’est
pas
moi
qui
vais
changer
le
monde » sont
autant
d’expressions
à
bannir
du
langage
des
chrétiens
de
ce
pays.
Car
le
Christ
est
désormais
pour
tout
chrétien
la
parfaite
incarnation
de
l’incorruptibilité,
et
nous
invite
donc
tous
à
renoncer
à
la
corruption.
Extraits
d’une
conférence
intitulée
«La
position
de
l’Eglise
face
à
la
corruption»
donnée
dans
le
cadre
d’une
formation
des
Comités
paroissiaux
Justice
et
Paix
de
l’Archidiocèse
de
Yaoundé,
Novembre
1999 |
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