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Campagne Semaines Pascales 2001

Combattons le tribalisme et la corruption pour une gestion transparente

Cahier d'Animation 2001

Le déroulement

Les contributions

Le Cahier d'animation

Les photos

 

Les évêques s'insurgent contre la corruption

«La corruption est en train de détruire notre pays». C'est ainsi qu'écrivaient les évêques du Cameroun en septembre 2000. Même si cette «Lettre pastorale aux chrétiens et à tous les hommes de bonne volonté sur la corruption» a été très médiatisée, il n'est pas sûr qu'elle ait été lue, méditée, appréciée à sa juste valeur. C'est pourquoi nous en publions ici de larges extraits pour nourrir votre réflexion et vos analyses.                                           

La corruption est en train de détruire notre pays. Elle détruit notre économie, elle détruit notre vie sociale, elle détruit surtout nos consciences.

Le Cameroun est sinistré a cause de ce fléau.

La corruption tout comme le détournement des biens qui nous sont confiés, est une tragédie qui nous concerne tous. C'est une maladie grave qui de près ou de loin nous atteint tous, et qui touche tous les secteurs de notre vie sociale. Elle se retrouve même dans nos communautés ecclésiales, elle pervertit la comptabilité et la vie de nos diocèses, de nos paroisses, de nos mouvements, de nos services.

Deux constatations nous alarment particulièrement:

La première est que l'exemple vient de haut, en ce sens que des gens haut placés dans notre pays et dans notre société sont impliqués dans ce scandale, ce qui donne aux autres un prétexte facile pour faire de même.

La seconde est que les enfants de notre pays naissent et grandissent désormais dans ce climat de corruption, qui fausse leur conscience dès le jeune âge en leur faisant croire que le succès s'obtient non par l'étude et le travail honnête mais par la tromperie et le vol.

L'on considère comme naïfs, aujourd'hui, ceux qui ne sont pas impliqués dans la corruption et qui vivent honnêtement. Les valeurs morales sont bafouées à tel point que les tricheurs sont qualifiés de forts, de courageux et d'intelligents. La rectitude morale, la conscience professionnelle et l'assiduité au travail sont regardées avec mépris.

La corruption a atteint un niveau suicidaire dans notre société. Elle est acceptée aujourd'hui comme un mode de vie normal, à telle enseigne que l'on n'éprouve plus aucun sentiment de culpabilité en la pratiquant.

La corruption fait du mal, elle tue l'homme. La corruption engendre une société injuste qui ne garantit plus l'égalité des droits et des chances pour ses citoyens. Elle crée un climat de suspicion et de méfiance entre les individus, elle les condamne à vivre dans la peur et l'insécurité (…)                                          

Si nous voulons maintenant entrer dans le vif du sujet et dénoncer les situations de corruption au Cameroun, ce n'est pas pour mettre en cause des personnes déterminées mais pour nous remettre tous en cause. Il ne suffit pas que l'un ou l'autre Camerounais seulement se sente visé par nos paroles, mais il faut que tous nous nous sentions visés, interpellés, à commencer par les chrétiens, particulièrement ceux qui ont des responsabilités importantes dans l'Eglise ou dans la société.

Il faudrait que chaque Camerounais comprenne que cette lettre lui est adressée personnellement, bien sûr, mais il faudrait aussi qu'il la considère comme écrite par lui, adressée par lui à ses frères et sœurs.

Le niveau très élevé de la corruption dans notre pays a été relevé par certaines études locales et confirmé par Transparency International, une organisation non gouvernementale dont la mission est de suivre l'indice de perception de la corruption dans le monde entier. Par deux fois, en 1998 et en 1999, cette organisation a classé le Cameroun comme le pays le plus corrompu sur quatre-vingt-dix-neuf pays enquêtés. Ce classement déshonore notre peuple. Il a fini par attirer l'attention de la plupart des Camerounais sur ce fléau considéré à juste titre comme l'un des plus grands maux de notre société.

Dans plusieurs secteurs de la vie nationale, parallèlement à la réglementation de l'Etat qui a pour but de garantir le bien commun, il existe un ensemble de règles informelles et de pratiques douteuses. Ces pratiques de corruption font rarement l'objet de poursuites judiciaires, elles s'étalent apparemment en toute impunité. La recherche du bien commun se trouve remplacée par l'injustice sociale ; la paix est compromise.

La corruption est à la racine de l'actuelle crise économique et du montant élevé de la dette extérieure. Les montants empruntés sont rarement utilisés de façon efficiente ou pour les fins prévues. C'est pourquoi la dette et les intérêts n'ont cessé de croître, ne garantissant rien d'autre que la pauvreté pour les futures générations qui continueront à devoir payer cette dette.

 

LA CORRUPTION DANS NOTRE PAYS

La forme de corruption la plus onéreuse pour notre pays se situe au niveau de l'attribution des marchés. Au lieu de considérer uniquement le sérieux et la compétence de l'entreprise qui propose ses services, on cherche d'abord à savoir combien elle est prête à verser sous la table. On se met ainsi, comme certains l'ont souligné, à la merci des aventuriers que l'on retrouve trop souvent dans les appels d'offre, gens incompétents dont la seule activité sera de gaspiller les fonds de l'Etat.

Il arrive aussi que des responsables de service exigent pour eux 30%, 50% des sommes prévues par le contrat, parfois davantage, comme prix de leur signature. Par leurs exigences odieuses ils retardent longuement et parfois même empêchent la réalisation de projets qui seraient souvent si utiles au pays et que les bailleurs de fonds seraient prêts à financer. Comment se fait-il que de telles personnes ne soient pas punies par la loi et les tribunaux?                       De plus selon la pratique courante, les projets publics et privés sont surfacturés parfois très largement. Il est si facile, par exemple, de déclarer l'achat de 50 tonnes de ciment alors que 20 ou 30 tonnes seulement seront utilisées dans la réalisation du projet. Le reste sera volé par les responsables de l'entreprise et revendu sur les marches à leur bénéfice personnel.

Quant à l'ouvrage réalisé avec la moitié du ciment prévu, il restera inachevé ou fragile et sera à recommencer l'année suivante.

Cette situation compromet gravement notre coopération avec les pays amis.               

L'Etat perd également de gros montants d'argent dans le domaine des impôts. Des percepteurs sans scrupule sont prêts à annuler des sommes importantes qui seraient dues par les entreprises, moyennant des bénéfices personnels.

Et c'est toute la nation camerounaise qui est perdante, puisque cet argent qui aurait pu être investi dans le développement du pays, pour construire des routes, des écoles et des centres de santé, est détourné et gaspillé.

Encouragés par ces exemples, des agents de l'Etat malhonnêtes se livrent à leur tour à de multiples marchandages. Douaniers et forces de l'ordre extorquent l'argent des usagers au bord des routes, alors que le règlement leur interdit d'accepter des dons dans l'exercice de leurs fonctions. On vend des permis de conduire à des chauffeurs inexpérimentés. En échange de quelques billets les agents de la sécurité ferment les yeux sur les véhicules en mauvais état ou sans signalisation, qui représentent pourtant pour tous les usagers un danger mortel.

Les affectations du personnel administratif et l'accès aux postes de responsabilité se négocient souvent selon des taux convenus ou sur la base de l'appartenance au « réseau » du fonctionnaire en charge. Il en est de même de certains examens officiels et concours d'entrée dans les grandes écoles, qui sont parfois remplacés par des « études de dossier ».

A leur tour, enseignants, professeurs et directeurs d'établissements secondaires et professionnels réclament de l'argent pour inscrire un élève ou pour le faire monter dans la classe supérieure. De l'école primaire à l'université le recours à l'argent ou au cadeau de toute nature pour bénéficier de la faveur de l'enseignant est aujourd'hui de règle. A l'approche des examens, élèves, étudiants et parents, défiant toute moralité, s'activent à la recherche de l'épreuve ou du bon réseau de négociation de diplômes.

Notre jeunesse, il faut le répéter, est ainsi de plus en plus convaincue que la réussite est moins dans l'effort et la recherche de l'excellence que dans la capacité d'user de son pouvoir et de son avoir pour corrompre.

Ce sont bien sûr les enfants de familles riches qui peuvent acheter les places intéressantes et donner les pots-de-vin nécessaires pour obtenir les diplômes. Mais quelle est la valeur réelle de tels diplômes, puisqu'en réalité ces fraudeurs n'ont rien appris ni acquis une quelconque compétence? Quel avenir sommes-nous en train de préparer, quelle élite sommes-nous en train de former?

Des agents de santé, médecins, infirmiers, matrones, exigent de l’argent avant de regarder un patient. Les malades de condition modeste, qui ont déjà tant de difficultés à avoir accès aux soins à cause de la crise économique, ne peuvent faire face à ces exigences infâmes et renvoient sans espoir leur visite médicale à plus tard.

D'autres agents de santé détournent les médicaments pour les revendre à leur bénéfice personnel. Même des échantillons gratuits sont l'objet de ce commerce. Le trafic honteux des produits pharmaceutiques est bien connu. Des médicaments de qualité douteuse sont ainsi disponibles sur le marché et constituent une réelle menace, parfois mortelle, pour les populations.

Les malades sont ainsi devenus la proie de certains professionnels véreux de la santé, qui ont évacué de leur conscience l'esprit de sacrifice et d'abnégation au service de la cause humaine pour le remplacer par la course effrénée au gain facile.

De plus l'accès à cette profession si noble, qui exige de solides aptitudes techniques, scientifiques et morales, se négocie pour de nombreux candidats sur la base de l'avoir et du pouvoir, depuis le concours d'entrée jusqu'à la sortie de l'école.

La forme de corruption la plus grave pour notre pays se situe au niveau de notre système judiciaire qui a pourtant pour mission de faire régner l'équité. Des magistrats, juges et procureurs vendent leur jugement au plus offrant. Les prévenus qui sont incapables de payer devront passer des années en prison, parfois même sans avoir été jamais jugés, en flagrante violation des droits humains et des lois du pays. Et lorsqu'une décision de justice est finalement rendue, son exécution n'est pas évidente.

Nos palais de justice deviennent de plus en plus des épouvantails pour les justiciables pauvres et sans relation. Parce qu'ils sont exclus du réseau de la corruption, ils se trouvent exposés à toutes les injustices. La situation est particulièrement angoissante pour ceux qui sont innocents de ce dont on les accuse.

Les sociétés publiques et parapubliques surfacturent les consommations et les services sans que les victimes aient le moyen d'être rétablis dans leurs droits, par suite de ces déficiences de notre système judiciaire.

Rares sont ceux qui croient encore en la capacité de certains tribunaux de rendre la justice honnêtement. Et lorsqu'un peuple perd confiance dans son système judiciaire, il se fait justice lui-même. L'arbitraire s'instaure. Ainsi, l'une des conséquences les plus visibles chez nous de la corruption est le remplacement de la justice officielle par la justice populaire. Des Camerounais se plaignent que les bandits arrêtés soient remis en liberté sans que la justice soit appliquée. Ils estiment donc, au mépris de la vie humaine, que la meilleure solution est de tuer ces malfaiteurs sur place. Il suffit de crier « Au voleur! » pour que la foule batte à mort l'individu.

La lutte contre le grand banditisme devient prétexte à de nouvelles formes de violence, se manifestant par de nombreux cas de tortures, de blessures graves et d'assassinats pratiqués sur des personnes qui n'ont pas encore été jugés et dont on ne sait même pas si elles sont coupables ou innocentes.         

Nous condamnons des innocents et laissons libres des coupables dans notre société de corruption et de violence.

Même si l'on assiste à certains redressements, la corruption dans le secteur financier est encore souvent pratiquée ouvertement. Des caissiers ne remettent au bénéficiaire le montant de son bon de caisse que s'il abandonne le tiers de la somme. Dans certains services un taux, non officiel mais bien connu, doit être payé à des démarcheurs experts dans le « suivi des dossiers ». Parmi ces démarcheurs se trouvent souvent des employés du Ministère des Finances, et aucun dossier ne peut aboutir sans leur intervention. Ils vous font comprendre qu'avec 10.000 ou 20.000 francs le dossier avancerait plus facilement.

L'individu ainsi escroqué. sans défense, éprouve un profond sentiment d'humiliation et d'amertume.

 

COMMENT EN SOMMES-NOUS ARRIVES LA?

Voila donc comment la corruption s'installe chez nous. La nation camerounaise y perd plus que son argent et sa prospérité économique: elle y perd son âme. Nos jugements de valeur sont faussés, notre conscience est déformée. Comment en sommes-nous arrivés là ?

C'est la cupidité, c'est-à-dire l'amour de l'argent, qui a perverti les plus belles de nos valeurs traditionnelles africaines. La solidarité, la protection des personnes faibles et vulnérables ainsi que leur insertion dans la société sont évacuées au profit de l'égoïsme. La cupidité favorise une situation où chacun s'occupe de soi-même et où les démunis sont écrasés. Dans ce climat les gens cherchent à acheter des postes de responsabilité. non pour servir. mais pour en tirer des avantages financiers. Car à I'amour de l'argent est lié l'amour du pouvoir, qui donne accès à l'argent.

L'égoïsme, l'individualisme, le « chacun pour soi » si étranger à notre sagesse ancestrale, s'est installé chez nous de façon incompréhensible, à cause de l'amour de l'argent.

La misère consécutive à la crise économique et à la réduction des salaires passe pour être une autre cause de la corruption. Les agents corrompus se donnent ainsi bonne conscience en croyant trouver une raison pour transformer les administrations publiques et privées en lieux de marchandages permanents.

Il est vrai que notre peuple ploie aujourd'hui sous le poids d'une pauvreté indigne. Certains citoyens ont alors la tentation de croire que la corruption est la seule possibilité qui leur est offerte pour améliorer leurs conditions de vie. Ces corrupteurs oublient seulement que cet argent volé, soi-disant destiné à résoudre leurs propres problèmes de pauvreté, est violemment et injustement extorqué à des gens souvent bien plus pauvres qu'eux.

Les intérêts politiques et ethniques sont également à la racine de la misère morale que nous connaissons aujourd'hui. Le tribalisme, que nous avons vigoureusement dénoncé par notre « Lettre pastorale sur le Tribalisme », en 1996, est intimement lié à la corruption et à ses conséquences que sont la pauvreté économique et la misère morale.

Ces intérêts politiques et familiaux nous rendent aveugles et nous empêchent de combattre la corruption. Nous avons tendance à excuser et à couvrir les fautes de ceux qui nous sont proches par les liens politiques ou tribaux. Ce faisant nous favorisons l'impunité qui nous fait tant de mal dans notre lutte contre la corruption.

 

COMBATTRE LA CORRUPTION, L'AFFAIRE DE TOUS

Ne pas parler haut et fort de la corruption serait garder un silence coupable. Ne pas la combattre énergiquement serait une lâcheté inacceptable. Et ne rien faire de sérieux pour éradiquer ce fléau serait trahir notre peuple. Il faut donc former nos concitoyens à une plus forte perception de ce mal pour mieux le soigner. Il s'agit de développer un peu partout une plus grande prise de conscience des droits et des devoirs des citoyens, pour dénoncer la corruption et combattre ses conséquences à travers la nation, surtout chez les jeunes en quête d'idéal et de repères solides pour leur épanouissement harmonieux.

C'est pourquoi, fidèles à notre mission de Pasteurs, nous rappelons aux chrétiens et à tous les hommes de bonne volonté le devoir de s'opposer à la corruption sous toutes ses formes, et d'instaurer dans notre pays la justice et la paix.

La corruption, contrairement à ce que certains pensent, n'est pas une fatalité qui nous tomberait du ciel et contre laquelle nous ne pourrions rien faire. « Je suis avec vous », nous a dit Jésus « jusqu à la fin des temps » (Mt 28,20).

Avec l'aide de Dieu, prenons ensemble la décision d'extirper désormais de nos comportements toute corruption, dans l'Eglise, dans nos services publics et privés, dans tous les lieux où elle se manifeste.     


                                                                                               

Prière des évêques du Cameroun contre la corruption

 

Père céleste,

tu prends toujours soin de toutes tes créatures

et tu veux pour elles la vie et le bonheur.

Tu as béni notre pays, le Cameroun,

tu l'as comblé de richesses humaines

et de ressources naturelles,

afin que nous en usions pour ton honneur

et ta gloire, et pour le bien-être de chaque camerounais.

Nous regrettons profondément le mauvais usage que nous avons fait de tes dons

et de tes bénédictions

par des actes d'injustice et de corruption,

qui ont rendu une grande partie de notre peuple

affamée, malade, ignorante et sans défense.

Père, toi seul peux nous guérir,

nous et notre nation, de ce fléau.

Nous t'en supplions, touche nos cœurs,

et les cœurs de nos dirigeants et de notre peuple, pour qu'ensemble nous prenions conscience

du mal de la corruption,

et travaillions activement pour l'éliminer.

Suscite en notre pays un peuple qui t'aime

et des dirigeants qui prennent soin de nous

et nous conduisent sur les chemins de la justice, de la paix et de la prospérité.

Par le Christ notre Seigneur. Amen.  

N.B. : A réciter à chaque messe avant la bénédiction finale et à l'école tous les matins.   

 

 

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