Accueil  -  Présentation  -  Forum  -  Documents  -  Contact  -  Liens  -  English

 

Campagne Semaines Pascales 2001

Combattons le tribalisme et la corruption pour une gestion transparente

Cahier d'Animation 2001

Le déroulement

Les contributions

Le Cahier d'animation

Les photos

 

Des mots pour le dire

« Gombo », « bière », « thé », « carburant », « motivation », « dessous-de-table », « pots-de-vin » « cadeau », etc. Rares sont les réalités de la vie de tous les jours qui suscitent pareil vocabulaire, aussi riche en couleur et en détours poétiques. Peut-être la raison en est-elle tout simplement que les autres mots, plus techniques et plus directs, dérangent et accusent : Corruption… Tribalisme… Tricherie… Mensonge…

Quoi qu'il en soit il faut des mots pour dire la réalité que l'on veut changer, et il faut bien s'entendre sur ce que l'on a en tête, ce que l'on veut dire, lorsqu'on utilise ces mots. Alors avant d'aller plus loin, faisons un peu de vocabulaire :                                   

Corruption:

Pas facile de donner une définition simple de ce qu'est la corruption, même si au fond nous vivons tous avec elle et que nous savons la reconnaître lorsque nous la rencontrons. Le terme corruption est lié au verbe corrompre qui indique une détérioration, une altération de quelque chose vers un état jugé moins bon (l'âme p.ex. peut être corrompue). Mais quelle est la chose altérée dans le cas qui nous intéresse ? La vertu du fonctionnaire qui se laisse corrompre ? Ou le bon fonctionnement de la société ?

On définit couramment la corruption comme « l'abus du pouvoir public à des fins privés » ou « l'aliénation de l'intérêt public au profit d'une utilité privée ». Mieux encore J.S.NYE définit la corruption comme « un comportement qui dévie du devoir formel d'une responsabilité publique pour des raisons de gain à connotation privée (personnel, famille rapprochée, clique privée) en argent ou en statut»1.

En regardant le phénomène par l'autre bout, certains définissent la corruption comme une pression orientant certaines prises de décisions et provoquant ainsi le favoritisme et l'injustice. L'auteur de l'acte de corruption n'est alors plus celui qui accepte (ou même sollicite) l' « enveloppe », mais celui qui l'offre. Quoi qu'il en soit, les deux ne sont-ils pas condamnables ?              

Raquet:

Il arrive parfois que la corruption soit si ancrée dans les habitudes, qu'elle apparaisse comme normale. Le phénomène se transforme alors et la transaction ne se fait plus afin d'obtenir un privilège mais afin même de jouir de son droit le plus strict (droit de se faire soigner dans un hôpital public, droit d'envoyer son enfant à l'école, droit de payer ses allocations de sécurité sociale, etc). Il s'agit alors de plus que simplement de la corruption. Il s'agit de raquet ou de rançonnage : Extorquer de l'argent à quelqu'un sous la menace.

Pourboires et cadeaux promotionnels:

Lorsqu'on a été mis au bénéfice d'un service ou d'une prestation particulièrement satisfaisante, il arrive couramment que l'on laisse à la personne une récompense. C'est ce que l'on appelle un pourboire. Celui-ci ne sert pas seulement de remerciement, mais aussi de motivation pour qu'il en soit à nouveau de même la prochaine fois. D'autre part, c'est une pratique courante, pour les grandes entreprises notamment, d'offrir à leurs clients actuels et potentiels des cadeaux publicitaires pour les encourager à faire appel à leurs produits ou à leurs services. Alors la question se pose : à quel moment ses pratiques deviennent-elles de la corruption ?

Tribalisme:

Trop souvent on assiste à une confusion entre des notions telles que l'appartenance à une tribu, les caractéristiques culturelles d'une tribu et le tribalisme. Il s'agira donc de distinguer la «culture» et la «tradition» qui font référence à des ensembles de symboles, de valeurs, de structures sociales et de pratiques ancestrales qui sont transmis à l'intérieur d'une tribu, la tribalité, qui fait référence à l'identité, au sentiment d'appartenance des membres d'une tribu et qui peut se traduire en amour pour sa tribu ou en fierté d'être de telle ou telle tribu, et le tribalisme, qui, dans un sens large, signifie un amour excessif, une fierté exagérée (appelée chauvinisme) allant au détriment du respect et de l'ouverture à l'autre, et fait souvent l'objet de manipulations pour l'accès au pouvoir ou à des biens matériels.

Mais dans un sens plus restreint, on peut aussi comprendre le tribalisme comme l'utilisation abusive d'une position de pouvoir ou de responsabilité publique pour favoriser ceux de sa tribu dans la distribution de postes, d'avantages ou de biens matériels. Dans ce cas-là, le tribalisme devient une forme particulière de corruption.

Espace public:

Les deux termes de corruption et de tribalisme comme nous les avons définis plus haut, font référence au couple public/privé. L'état moderne démocratique est en effet construit sur la notion extrêmement complexe d'espace public. Au sens strict, l'espace public devrait être un espace accessible ou appartenant à l'ensemble de la collectivité sociale. Mais ici il s'agit plutôt d'une abstraction, d'une fiction peut-être : un espace imaginaire où sont gérées les libertés en concurrence de l'ensemble des citoyens : libertés publiques (de vote, d'expression, d'association, etc.), privées (d'opinion, de conscience, etc.), culturelles (d'information et de formation) et économiques (de commerce, de travail, etc.). Il s'agit en fait de garantir constamment l'égalité de chances et de libertés de tout individu. Pour cela, le citoyen côtoie en quelque sorte continuellement la présence imaginée (au nom de l'égalité des individus et des libertés) de tous les autres citoyens qui pourraient être là et ceux qui viendront peut-être encore (les générations à venir), sans qu'ils soient physiquement présents.

La corruption et le tribalisme sont des violations de cet espace public. Ils constituent une exclusion de ces autres, ces présences imaginaires, les ravissant de leurs droits et de leurs libertés. La transaction de corruption exclut et va au détriment de tous ceux qui sont absents de la transaction. Or la notion d'espace public est extrêmement importante. On constate dans les sociétés gangrenées par la corruption la paralysie dans laquelle se trouvent les personnes non corrompues, car elles n'ont plus d'horizon pour agir, plus d'espace de confiance.

Bien commun:

La société est constituée de personnes individuelles et de groupes sociaux divers, qui chacun poursuivent leur but et leur destinée propres : leur bien particulier. Or la société ne peut exister que si ces biens particuliers ne se détruisent pas mutuellement mais coexistent de manière complémentaire. Le rôle de l'Etat est alors de créer le contexte général permettant aux différentes composantes de la société de poursuivre leur bien particulier, dans une interdépendance et une solidarité générale. Il s'agit donc de poursuivre un bien utile à tous, c'est ce que l'on appelle le bien commun. Concrètement le bien commun contient la sauvegarde de la vie physique, la santé, les droits de la personne, l'instruction et l'éducation, l'égalité des chances, la moralité publique, etc. La poursuite du bien commun pose des exigences aux individus : payement d'impôts et respect de la loi par exemple. Il est clair que la corruption comme le tribalisme vont foncièrement à l'encontre de ce bien commun.

Transparence:

L'idée de transparence est liée à celle d'espace public. Il y a opacité lorsque certaines pratiques sont coupées de l'espace public et vice-versa. La transparence consiste à permettre à l'espace public d'accéder à toutes les pratiques de gestion administrative et de pouvoir. La transparence est constituée par sept principes fondamentaux : 1) le désintéressement (les décisions sont prises en terme d'intérêts communs et non pour des gains financiers ou matériels personnels, pour la famille ou les amis). 2) l'indépendance (aucune emprise extérieure ne doit pouvoir influencer une décision). 3) l' objectivité (des choix quant au personnel se font sur la base de mérite uniquement) 4) la responsabilité (les responsables doivent rendre des comptes au public de leurs décisions et leurs actes) 5) l'ouverture (les décisions se font ouvertement et sont justifiées, l'information est limitée qu'en raison de l'intérêt commun) 6) l'honnêteté (des conflits d'intérêts publics-privés sont déclarés ouvertement et sont résolus le plus rapidement possible) 7) le leadership (les supérieurs hiérarchiques montrent l'exemple).

Bonne Gouvernance:

Depuis la fin de la Guerre Froide, les puissances économiques et les bailleurs de fonds multilatéraux travaillent essentiellement à mettre en œuvre un « nouvel ordre mondial », défini par une globalisation économique et technologique ainsi que la promotion du marché néo-libéral et de l'état démocratique. Dans ce cadre, la corruption est apparue plus fortement qu'avant comme un frein à l'internationalisation du capital. Depuis le début des années 90 la promotion de la « Bonne gouvernance » est ainsi à l'ordre du jour du G7, de l'OCDE2, des institutions financières internationales et des bailleurs de fonds bilatéraux. Depuis le 11 août 1998, les autorités camerounaises se sont résolument engagées dans un Programme national de gouvernance (PNG) suite à un contrat signé entre Yaoundé et le PNUD le 3 juillet 1997. Le PNG a plusieurs volets et ne se limite pas à la lutte contre la corruption. Il s'agit de doter le pays « d'un système efficace de pilotage et de régulation adapté aux exigences d'une société moderne et démocratique apte à définir et à mettre en œuvre les stratégies et les programmes d'action répondant aux attentes de la population et permettant d'assurer un développement ». Le PNG a cinq secteurs prioritaires : 1) la dépolitisation de l'administration publique, 2) la décentralisation de la gestion publique, 3) la revitalisation de l'appareil judiciaire et de 4) la gestion 5) la participation des citoyens, de la société civile, dans la gestion des affaires publiques.

 

1 J.S.NYE « Corruption and Political Development : A Cost-benefit Analysis » in American Political Science Review, vol.61, no2, 1967, pp 417-427. C'est nous qui traduisons. Retour

2 Organisation pour la Coopération et le Développement Economiques Retour

 

 

Cahier d'Animation 2001

 

Introduction

 

Réflexions et analyses 

Exemples de lutte

Outils pour la lutte

Poèmes et prières

 

Liturgie oecuménique

 

Animations en groupe