I
Historique
Déroulement
de la Campagne Semaines Pascales 2000
Les
partenaires
Le
calendrier
1. Le Concours de poèmes et prières
Les
séminaires de formations à l’utilisations du Cahier d’animation
Formations
ponctuelles
Bafoussam :
Célébration d’ouverture de la Campagne
Douala
Bamenda
Yaoundé :
Célébration de clôture de la Campagne
Le
rite d’unité
5. Rencontre Prêtres - Pasteurs
6. Conférences sur « Politique et tribalisme »
Bafoussam,
Douala et Yaoundé
Bamenda
7. Conférences sur « Eglise et tribalisme »
Bafoussam
Douala
Bamenda
Yaoundé
8. Conférences sur « Jeunesse et tribalisme »
Douala
Yaoundé
9. Conférence sur « Islam et tribalisme »
11. La déclaration de lutte contre le tribalisme
12. Activités d’autres groupes, associations et mouvements
CIPCRE
UFC,
Bafoussam
Culte
de l’enfance EEC, Bafoussam
Ambianceurs
de la résurrection, Yaoundé
Aumônerie
Protestante de l’Université de Dschang
Groupe
de Réflexion sur la Reconstruction de l’Afrique, APU-Dschang
Cellule
JPSC de l’IBFT, Ndikinimeki
Paroisse
de la Cathédrale, Bafoussam
Oecuménisme
Collaborations
Participation
Genre
Analyses
du problème
Pistes
d’action
Annexe 1 : Message pascal 2000
Annexe 2 : la première place du concours poèmes et prières
Annexe 3 : Déclaration de lutte contre le tribalisme
« Si les peuples africains ne détruisent pas le tribalisme, c’est le tribalisme qui détruira les peuples africains ». Par cette conclusion de sa conférence, le professeur de mathématique et spécialiste des questions de tribalisme MOUKOKO PRISO a exprimé toute l’urgence et la nécessité d’une démarche qui veut décrire et comprendre le phénomène du tribalisme pour dégager des pistes en vue de le combattre.
Or cette démarche fut effectivement celle de la Campagne Semaines Pascales 2000 « Vaincre le tribalisme pour créer une Eglise famille et un Cameroun réconcilié et uni » organisée par le Cercle International pour la promotion de la Création (CIPCRE) et la Commission diocésaine Justice et Paix de Bafoussam (CDJPB) du 24 avril au 11 juin 2000.
L’originalité de cette troisième édition des Semaines Pascales fut, outre sa dimension nationale, le fait que les différentes conférences, les célébrations oecuméniques et les soirées inter-culturelles, organisées à Bafoussam, Douala, Bamenda et Yaoundé, furent accompagnées d’un matériel d’animation permettant à divers groupes, mouvements et associations de s’approprier le thème de la campagne là où ils sont.
Le présent rapport rend compte en premier lieu des activités organisées par les initiateurs de la campagne eux-mêmes, le CIPCRE et la CDJPB, dans les quatre grandes villes mentionnées. Cependant, comme cette campagne ne devait pas simplement être l’affaire de quelques grandes organisations, mais surtout de groupes à la base, ce rapport cherchera aussi à faire écho des activités organisées par d’autres groupes, associations et mouvement, dans la mesure des informations disponibles à ce jour.
Sur l’initiative du CIPCRE, la campagne Semaines Pascales est née à Bafoussam, dans la province de l’Ouest. La première édition, co-organisée par le CIPCRE et la CDJPB sur le thème « Tous contre la culture d’impunité, tous pour la promotion de la vie », s’est déroulée du 12 au 19 avril 1998 avec un accent fort sur la problématique de la corruption. Placée sous le parrainage de Monseigneur André Wouking, alors Evêque de Bafoussam, et du Pasteur Moïse Kamdem, Coordinateur des activités de la Fédération des Eglises et Missions Evangéliques du Cameroun (FEMEC) pour l’Ouest, elle a enregistré une participation importante de la population et des résultats fort appréciables. C’est pourquoi les chrétiens et les responsables des Eglises Protestantes et Catholique à Bafoussam ont souhaité qu’une nouvelle édition de la Semaine Pascale soit organisée en 1999.
Ainsi, du 4 au 11 avril 1999, le CIPCRE et la CDJPB ont co-organisé la deuxième édition de la Semaine Pascale sur le thème « Jubilé de l’an 2000 et la remise des dettes ». Alors que les activités de la première édition s’étaient concentrées à Bafoussam, celles de la deuxième se sont déroulées à Bafang, Bafoussam et à Dschang, et ont également connu un grand succès. Lors de la rencontre des Prêtres et Pasteurs de le Province de l’Ouest le 6 avril 1999 dans le cadre de cette deuxième édition, il a été suggéré que la Semaine Pascale 2000 s’étende sur le territoire national.
Afin de concrétiser la volonté de mobilisation générale autour d’un défi social à la lumière de la Résurrection du Christ et pour permettre à la campagne de devenir vraiment nationale en pénétrant différentes régions du pays, il a fallu étendre la durée de la campagne. Ainsi en l’an 2000, la Semaine Pascale est devenue une véritable campagne qui s’est déroulée durant tout le temps pascal, c’est-à-dire du dimanche de Pâques (23 avril 2000) au dimanche de Pentecôte (11 juin 2000). On parle ainsi dorénavant de la « Campagne Semaines Pascales ».
Outre les activités et programmes mis sur pied dans divers groupes, mouvements et associations à partir du Cahier d’animation, les organisateurs de la Campagne ont de leur côté choisi de proposer cinq types de rendez-vous à travers le pays :
a) Des formations pour les animateurs de divers groupes pour mieux utiliser le Cahier d’animation
b) Des célébrations oecuméniques
c) Des rencontres entre pasteurs et prêtres
d) Des conférences-débats sur les thèmes « Jeunesse et Tribalisme », « Politique et Tribalisme », « Islam et Tribalisme » et « Eglise et Tribalisme »
e) Des soirées inter-culturelles
Il n’était bien sûr pas possible d’organiser efficacement une campagne nationale de cette envergure sans faire recours à un réseau important de collaborations et de partenariats.
Au niveau national, la Campagne Semaines Pascales 2000 a été organisée sous le parrainage
de Monseigneur André WOUKING, Président de la Conférence Episcopale Nationale du Cameroun, et du Pasteur Emmanuel MBANGUE EBOA, Président de la Fédération des Eglises et Missions Evangéliques du Cameroun (FEMEC), avec la participation :
· de la Fédération des Eglises et Missions Evangélique du Cameroun (FEMEC) ;
· du Service National Justice et Paix ;
· du Service Œcuménique pour la Paix (SeP) ;
· du Centre Jean XXIII de Mvolyé ;
· du Catholic Relief Service (CRS)
· du Réseau Foi et Justice Afrique-Europe ;
· du Projet Tokombéré.
A Bafoussam, les activités ont été organisées par le CIPCRE et la CDJPB en collaboration avec la Coordination des activités de la FEMEC de l’Ouest
A Douala, les activités ont été organisées par le CIPCRE en collaboration avec la Commission diocésaine Justice et Paix de Douala et le Département de la Jeunesse de l’Eglise Evangélique du Cameroun
A Bamenda, les activités ont été organisées par le CIPCRE en collaboration avec le Bamenda Ecumenical Council of Ministers of the Gospel.
A Yaoundé, les activités ont été organisées par le CIPCRE en collaboration avec la Commission diocésaine Justice et Paix de Yaoundé
Le calendrier complet des activités de la Campagne Semaines Pascales 2000 a été le suivant :
|
Bafoussam |
|
|
Du vendredi 7 au dimanche 9 avril 2000 au CPF de Mbô : |
Formation à l’animation de la Campagne Semaines Pascales 2000 |
|
Lundi 24 avril 2000 à 15h00 à l’église EEC du Plateau : |
Célébration oecuménique d’ouverture de la Campagne co-présidée par Mgr. Joseph ATANGA, évêque de Bafoussam, et le Pasteur Moïse KAMDEM, coordinateur des activités de la FEMEC pour l’Ouest. |
|
Mercredi 26 avril 2000 de 9h00 à 13h00 au CPF de Mbô : |
Rencontre des Prêtres et Pasteurs |
|
Jeudi 27 avril 2000 à 18h00 à la salle de conférence de la CAPLAMI : |
Conférence-débat sur le thème « Politique et tribalisme » par M. MOUKOKO PRISO avec l’intervention de Sa Majesté Philippe J-R SOKOUDJOU, Chef supérieur Bamendjou |
|
Vendredi 28 avril 2000 à 18h00 à la salle de conférence de la CAPLAMI : |
Conférence-débat sur le thème « Eglise et tribalisme » par Mgr. Joseph ATANGA avec l’intervention de M. MOUKOKO PRISO |
|
Dimanche 30 avril 2000 à 18h00 à la Maison des Congrès : |
Grande soirée inter-culturelle |
|
Bamenda |
|
|
Du Vendredi 5 au Dimanche 7 mai 2000 au Presbyterian Church Center : |
Formation à l’animation de la Campagne Semaines Pascales 2000 |
|
Douala |
|
|
Mardi 23 mai 2000 à 18h00 à la Maison des Jeunes et des Cultures : |
Conférence-débat sur le thème « Politique et tribalisme » par M. MOUKOKO PRISO Avec l’intervention de Sa Majesté Philippe J-R SOKOUDJOU, Chef supérieur Bamendjou |
|
Mercredi 24 mai 2000 à 15h00 à la Maison des Jeunes et des Cultures : |
Conférence-débat sur le thème « Jeunesse et tribalisme » par le Père Jean-Claude DJEREKE et le Pasteur Jacques KWETTE BOGO |
|
Jeudi 25 mai 2000 à 18h00 à la Maison des Jeunes et des Cultures : |
Conférence-débat sur le thème « Eglise et tribalisme » par le Père Vincent FOUTCHANTSE avec l’intervention de M. MOUKOKO PRISO |
|
Du vendredi 26 au dimanche 28 mai 2000 au Collège Libermann : |
Formation à l’animation de la Campagne Semaines Pascales 2000 |
|
Lundi 29 mai 2000 à 17h00 à la Cathédrale St-Pierre-et-Paul : |
Grande Célébration Oecuménique co-présidée par le Cardinal Mgr. Christian TUMI, archevêque de Douala, et le Pasteur Emmanuel MBANGUE EBOA, président de la FEMEC |
|
Bamenda |
|
|
Jeudi 1er Juin 2000 à 16h00 au Grand Mankon Hall : |
Table Ronde sur le thème « Eglise et tribalisme » Introduction par Mgr Paul VERDZEKOV, Archevêque de Bamenda. Avec le Pasteur Francis MEKUMBA, Mlle. Maxeline DOW, M. Joseph BOAM et M. Michel ASSAM |
|
Vendredi 2 juin 2000 à 16h00 au Congress Hall : |
Table Ronde sur le thème « Politique et tribalisme » Avec M. Samuel MFONYAM, M. Abraham NDOFOR et Mme. Caroline MBINKAR |
|
Samedi 3 juin 2000 au Congress Hall : |
Grande soirée inter-culturelle |
|
Dimanche 4 mai 2000 à 15h00 à la Cathédrale : |
Grande Célébration Oecuménique co-présidée par le Père Engelbert KOFON et le Pasteur Joe Set AJI-MVO en présence de Mgr Paul VERDZEKOV, Archevêque de Bamenda. |
|
Yaoundé |
|
|
Mardi 6 juin 2000 à 17h00 à la Faculté de Théologie Protestante : |
Conférence-débat sur le thème « Islam et tribalisme » par le Dr. DOUBLA |
|
Mercredi 7 juin 2000 à 16h00 à la Faculté de Théologie Protestante : |
Conférence-débat sur le thème « Jeunesse et tribalisme » par Mme Solange BESSOM |
|
Jeudi 8 juin 2000 à 17h00 à la Faculté de Théologie Protestante : |
Conférence-débat sur le thème « Politique et tribalisme » par M. MOUKOKO PRISO Avec l’intervention de Sa Majesté Philippe J-R SOKOUDJOU, Chef supérieur Bamendjou |
|
Vendredi 9 juin 2000 à 17h00 à la Faculté de Théologie Protestante : |
Conférence-débat sur le thème « Eglise et tribalisme » par Rév.Dr. Simon-Baulivard NJAMI NWANDJI avec l’intervention de M. MOUKOKO PRISO |
|
Samedi 10 juin 2000 à 10h00 Cathédrale Notre-Dame-des-Victoires : |
Grande Célébration Oecuménique de Clôture de la Campagne co-présidée par Mgr. Joseph AKONGA, vicaire général du diocèse de Yaoundé et le Pasteur Pierre A. SONGSARE, Secrétaire général de la FEMEC |
Une étape au Nord Cameroun, Maroua puis Garoua, avait été planifiée pour la période du 11 au 14 mai 2000. Malheureusement les communications difficiles ont rendu impossible la concertation et l’organisation opportune des activités. Les dates proposées ne convenant finalement pas au partenaires sur place, l’étape a été renvoyée à octobre 2000.
En collaboration avec les Ambianceurs de la Resurrection de Yaoundé, les organisateurs de la Campagne ont initié un jeu concours de création de poèmes et prières qui s’est déroulé durant les mois de décembre 1999 et janvier 2000. En tout 35 personnes répartis sur tout le territoire national ont envoyé un total de 54 poèmes et prières. Un jury de quatre personnes a entreprit le travail de les départager et d’établir un classement. Les vingt meilleures contributions ont été publié dans le Cahier d’animation.
En plus de la production d’œuvres esthétiquement belles, profondes et engagées, ce concours aura permis aux organisateurs de faire connaître la Campagne Semaines Pascales et de susciter une première vague d’intérêt au près des jeunes en particulier.
Une très forte participation de l’Aumônerie Protestante de l’Université de Dschang a été notée. C’est de là en particulier que vient le vainqueur (avec les trois meilleures contributions) en la personne de Joachim NTETMEN MBETBO. La meilleure contribution est reproduite en annexe de ce rapport (p.29).
Afin que les groupes et mouvements puisse s’approprier la problématique du tribalisme à leur niveau, les organisateurs de la Campagne Semaines Pascales ont donc conçu un Cahier d’animation tiré à 5000 exemplaires en français et à 100 exemplaires en anglais.
Le contenu proposait ainsi des études de cas qui concrétisaient la problématique selon les différents contextes ; des données bibliques et des idées d’études bibliques permettant de faire le lien entre la problématique du tribalisme et le fondement de la foi chrétienne ; des poèmes et prières, des propositions de liturgie, des pistes d’animation de groupes et des suggestions d’actions permettant finalement à chaque groupe, à chaque association et à chaque mouvement de participer et contribuer à sa manière et selon ses propres engagements à la Campagne Semaines Pascales.
Dans le but de permettre une utilisation du Cahier d’animation la plus large et la plus adaptée possible, les organisateurs de la Campagne Semaines Pascales 2000 ont mis sur pied trois sessions de formation à l’animation de la Campagne :
A Bafoussam du 7 au 9 avril 2000 avec une participation de 26 personnes.
A Bamenda du 5 au 7 mai 2000 avec une participation de 24 personnes.
A Douala du 26 au 28 mai 2000 avec une participation de 17 personnes.
Les participants venaient de divers groupes et mouvements à la base : Commissions Justice et Paix ou JPSC ; mouvements de femmes, mouvements de jeunes, communautés ecclésiales de base, Chaîne de Solidarité Agissante, etc. Le but était de permettre aux participants, futurs animateurs et formateurs, de se familiariser avec les méthodes d’animations du Cahier en les exerçant entre eux avec une possibilité de feed-back immédiat. Après une soirée d’introduction animée par les formateurs, une demi-journée était consacrée à la préparation d’animations en équipes de trois ou quatre. Puis chaque équipe avait l’occasion de mener 60 minutes d’animation avec deux autres équipes comme participants. Finalement chaque animateur recevait un feed-back de la part des participants et des formateurs.
La méthode était donc décidément participative basée sur l’expérimentation personnelle et les interactions entre participants. Cette démarche, somme toute peu usuelle, a rencontré un grand succès à en croire les avis exprimés lors des évaluations finales.
Un seul point négatif lors de ces séminaires de formations : l’absence de version anglaise lors du séminaire à Bamenda. Celle-ci ne fut disponible qu’après près d’un mois de retard, mais heureusement à temps pour les activités de la campagne sur place.
Outre ces séminaires de formation à l’utilisations du Cahier d’animation, les organisateurs ont participé à des formations ponctuelles, initiés par des groupes ou mouvements à la base. Ils s’agissait en particulier :
· d’une formation, le mercredi 12 avril 2000, pour les Commissions paroissiales Justice et Paix du diocèse de Bafoussam ;
· d’une formation, le vendredi 14 avril 2000, pour les Commissions protestantes Justice, Paix et Sauvegarde de la Création de Bafoussam ;
· d’une formation, le samedi 22 avril 2000, sur invitation de l’Aumônerie protestante de l’Université de Dschang, pour des groupes de l’aumônerie et des paroisses protestantes de Dschang.
Comme les éditions précédentes, la Campagne Semaines Pascales 2000 a été introduite dans la province de l’Ouest par un Message pascal adressé aux communautés catholiques et protestantes lors des célébrations de Pâques. Le message de cette année abordait le problème du tribalisme à travers l’expérience d’enfermement puis d’ouverture et de libération des disciples du Christ en Jean 20, 19-23. Le texte intégral du Message Pascal 2000 se trouve en annexe p.26.
Depuis son « invention » en 1998, la Campagne Semaines Pascales a toujours été une façon de lire l’Evangile de la Résurrection de manière renouvelée, à la lumière d’un fléau qui mine la société. Il ne s’agissait donc pas seulement d’entreprendre une réflexion, mais de vivre une spiritualité ancrée dans le réel. Une spiritualité qui se veut résolument oecuménique.
Un aspect fondamental de la Campagne Semaines Pascales a donc toujours été le volet « Célébrations Oecuméniques ». Avec l’élargissement au niveau national, l’occasion a été donnée de vivre ces moments forts en des lieux qui n’en ont pas véritablement l’habitude. Beaucoup de chrétiens eurent ainsi, grâce aux Semaines Pascales, l’occasion pour la première fois de leur vie d’entrer dans un lieu de culte d’une autre confession que la leur. Une manière aussi de permettre de briser des barrières en vue de la construction d’une Eglise famille et d’un Cameroun réconcilié et uni.
Le lundi de Pâques 24 avril, un millier de personnes se sont pressés à l’église EEC du Plateau à Bafoussam pour vivre la célébration d’ouverture de la Campagne co-présidée par Mgr. Joseph ATANGA, évêque de Bafoussam, et le Pasteur Moïse KAMDEM, coordinateur des activités de la FEMEC pour l’Ouest. La célébration elle-même avait été précédée par un défilé à travers la ville de près de 400 personnes, en partant de l’hôtel des postes jusqu'à l’église du Plateau.
Le déroulement de la Célébration, marquée par la présence d’une vingtaine de pasteurs et prêtres, quatre chorales et une fanfare, a été placé sous le signe de la fête de Pâques. Ainsi le prédicateur du jour, Mgr ATANGA, a-t-il rappelé que la résurrection du Christ est une libération pour tous, une délivrance et une destruction des murs de haine et de préjugés. Il a aussi rappelé que l’Eglise a une vocation universelle : « Les disciples n’ont pas été appelés à annoncer la Bonne Nouvelle à leur tribu seulement ». D’ailleurs l’Eglise dit bien « Notre Père qui est aux cieux... » et non pas « Mon Père... » comme l’a rappelé le Père Jacques TADJOUA, vicaire général, parlant au nom de l’Eglise Catholique qui est à Bafoussam, illustrant ainsi l’aspect communautaire et unifiant de la foi.
Pourtant il ne faut pas jeter l’enfant avec l’eau du bain. Il ne faut pas confondre tribalisme et appartenance à une tribu. Si le tribalisme est condamnable, la tribu reste néanmoins une chose bonne, comme le fit remarquer le Pasteur KAMDEM, coordinateur des activités de la FEMEC pour l’Ouest, en affirmant le plus clairement possible : « C’est Dieu qui a créé les tribus ».
En clôture des activités de la Campagne Semaines Pascales à Douala, une célébration oecuménique co-présidée par le Cardinal Mgr. Christian TUMI, archevêque de Douala, et le Pasteur Emmanuel MBANGUE EBOA, président de la FEMEC a été organisée le lundi 29 mai 2000 dès 17h00 à la Cathédrale St-Pierre-et-Paul.
En présence d’un grand nombre de fidèles, de prêtres et de pasteurs accourus un jour ouvrable pour joindre leurs chants, leurs prières et l’écoute de l’écriture, le prédicateur du jour, le Pasteur Emmanuel MBANGUE EBOA, a entreprit une comparaison des récits de la Tour de Babel (Genèse 11, 1-9) et de Pentecôte (Actes 2, 1-13). Confrontant la tentation humaine de pensée unique à la volonté divine d’unité des chrétiens, il a ainsi rappelé à l’Eglise sa responsabilité fondamentale, de prêcher l’évangile à tous, d’unir plutôt que de diviser.
Le Cardinal Christian TUMI, dans son allocution, en appela à l’intériorité de chaque chrétien, à sa spiritualité et à son humilité pour résolument combattre un fléau qui mine autant la société laïque que les Eglises chrétiennes.
Les activités à Bamenda ont trouvé leur clôture et leur apogée le dimanche 4 mai 2000 à 15h00 lors de la célébration oecuménique à la Cathédrale co-présidée par le Père Engelbert KOFON et le Pasteur Joe Set AJI-MVO du Bamenda Ecumenical Council of Ministers of the Gospel. La diversité confessionnelle était particulièrement remarquable, avec la présence côte à côte de catholiques, presbytériens, baptistes, évangéliques et anglicans. Elle était visuellement signifiée par une richesse de couleurs et de formes dans les habits liturgiques des célébrants.
La prédication du jour, dite par une femme pasteure en la personne de Rév. Margareth AZANGE, portait sur I Corinthiens 3 : Ceux qui appartiennent à Paul, ceux qui appartiennent à Appolos... Le Christ fait des disciples de toutes les nations. Pourtant la tendance est souvent d’accentuer beaucoup plus le « mon » que le « notre » : mon église, ma confession, mon prédicateur... L’harmonie n’est pas d’être tous du même avis mais de respecter l’avis des autres.
Mgr Paul VERDZEKOV, Archevêque de Bamenda, rappela quand à lui la nécessité de garder la Parole de Dieu au centre de la lutte contre le tribalisme. Or celle-ci est très claire : à une seule occasion la Bible hébraïque demande-t-elle d’aimer son prochain, mais à trente-sept reprise demande-t-elle d’aimer l’étranger...
La Célébration Oecuménique de clôture de la Campagne a eu lieu le samedi 10 juin 2000 à 10h00 à la Cathédrale Notre-Dame-des-Victoires. En l’absence de Mgr. André WOUKING, empêché pour des raisons de santé, la co-présidence fut assurée par Mgr. Joseph AKONGA ESSOMBA, vicaire général du diocèse de Yaoundé et le Pasteur Pierre A. SONGSARE, Secrétaire général de la FEMEC. La célébration a été précédée d’un défilé convergeant de trois points de la ville. De plus, plusieurs personnes avaient fait le déplacement de Bafoussam, lieu de l’ouverture des Semaines Pascales, bouclant ainsi symboliquement la boucle de la Campagne.
Dans sa prédication, le Pasteur SONGSARE revint sur la responsabilité spécifique des chrétiens, mais aussi des musulmans. Ensemble chrétiens et musulmans constituent la majorité écrasante de la population camerounaise. Il n’est donc pas possible qu’ils ne puissent influencer favorablement les choses. La diversité du pays signifie que les uns possèdent ce qui manque aux autres (p.ex. la terre). Il faut donc apprendre à partager. Il faut aussi partager le Christ qui n’est pas la propriété d’une seule tribu.
Sans doute le moment le plus fort de chacune de ces célébrations aura été le rite ou symbole d’unité reconduit en chaque lieu. Au moment de la prière universelle, dix jeunes habillés en costumes traditionnels des dix provinces du Cameroun se levèrent, tenant chacun la forme sculptée en bois d’une des dix provinces. Puis, chacun à son tour, après avoir dit une prière pour l’unité du pays, alla déposer la forme sur un socle, reconstituant ainsi petit à petit une carte complète du Cameroun d’environ 1m50 de hauteur, devant les regard médusés de l’assemblée.
Une rencontre Prêtres - Pasteurs a été organisée dans un seul de quatre lieux pour l’instant : à Bafoussam, où l’expérience oecuménique des Semaines Pascales a déjà été vécue à deux reprises. Dans les autres villes, les organisateurs ont préféré donner le temps à l’expérience de se dérouler une première fois avant de proposer une telle rencontre.
Ainsi le Mercredi 26 avril 2000, une vingtaine de prêtres et de pasteurs se sont retrouvés au Centre Polyvalent de Formation de Mbô pour une séance de travail oecuménique. Il ne s’agissait plus, comme l’année précédente, d’un événement essentiellement protocolaire, mais d’une matinée de réflexions et d’échanges sur le thème de la Campagne. Un temps considérable a ainsi été réservé à l’étude biblique comparée de Genèse 11, 1-9 (la Tour de Babel) et Actes 2, 1-13 (Pentecôtes). Pour beaucoup ce fut la première occasion d’un pareil échange dans un contexte oecuménique. Les participants ont dégagé quelques éléments importants concernant d’une part la différence à faire entre tribalité et tribalisme et d’autre part la vocation de l’Eglise d’unir au-delà des différences. Quelques stratégies de lutte contre le tribalisme de la part de l’Eglise ont été évoqués en particulier en lien avec la formation des chrétiens (catéchèse) et de la jeunesse (écoles confessionnelles).
En fin de rencontre, la collaboration oecuménique entre Prêtres et Pasteurs a été évoquée et la volonté de rencontres plus fréquentes exprimée.
Les conférences publiques ont toujours été un aspect important des Semaines Pascales. Elle sont l’occasion de rassembler et de toucher un grand nombre de personnes, de stimuler une réflexion et un débat, pour provoquer une sensibilisation accrue face aux problèmes de la société. Durant la Campagne Semaines Pascales 2000, quatre thèmes ont été abordés par des conférences : « Politique et tribalisme », « Eglise et tribalisme », « Jeunesse et tribalisme » et « Islam et tribalisme ».
Pour ce qui est du sujet « Politique et tribalisme », la même conférence a été reconduite dans les trois lieux retenus dans la partie francophone du Cameroun : Bafoussam, Douala et Yaoundé. Dans la partie anglophone, à Bamenda, une table ronde avec plusieurs intervenants a été organisée.
Le 27 avril à Bafoussam, le 23 mai à Douala et le 8 juin à Yaoundé a eu lieu une conférence publique de M. MOUKOKO PRISO, professeur de mathématique et spécialiste du tribalisme, suivi d’une intervention du Chef Supérieur Bamendjou, Sa Majesté Philippe J-R SOKOUDJOU (accompagné à Douala par Sa Majesté René DOUALA MANGA BELL, Chef Supérieur Douala).
Le terme « tribalisme » n’a pas véritablement un fondement scientifique, a d’abord argumenté le premier orateur. Le concept de tribu en particulier est problématique et dégradant. Pourquoi parle-t-on de tribus lorsqu’il s’agit de l’Afrique mais de nations lorsqu’il s’agit de l’Europe ou même de l’Asie ? Le tribalisme est en fait la forme spécifique que prend le problème des nations en Afrique.
Mais quelles sont alors les raisons de l’exacerbation du chauvinisme tribal dont nous sommes témoins aujourd’hui ? Pour MOUKOKO PRISO les raisons sont surtout économiques et sociales. Il pense en particulier au désir des classes dominantes de mettre main basse sur l’Etat, source de pouvoir et de richesse dans un Cameroun post-colonial sans véritables forces économiques propres. D’ailleurs, « ceux-là même qui expliquent chaque jour aux populations que telle ou telle ethnie (prise globalement, dans sa totalité) en veut à telle ou telle autre (généralement la leur), ces gens là, s’entendent pourtant comme larrons en foire depuis bientôt 40 ans, avec leurs amis de ces ethnies ‘ennemies’ pour s’imposer au pays et à l’ensemble de toutes les ethnies sans exception, donc y compris la leur». Il faudra donc que le peuple cesse enfin d’être dupe et que chacun combatte le tribalisme en commençant dans sa propre ethnie.
Au plan des stratégies de lutte, il faut dire tout d’abord qu’on ne peut pas combattre le tribalisme en niant l’existence des tribus, comme a cru pouvoir le faire par décret l’Union Camerounaise d’Ahmadou Ahidjo en 1962. MOUKOKO PRISO exprime l’espoir - pas toujours partagé par son public - qu’une industrialisation plus hardie et équilibrée du pays ainsi qu’une politique rationnelle d’occupation du territoire permettront un décloisonnement rural et un mélange ethnique salutaire. Il appelle finalement à la redécouverte des lieux d’intégration et de structuration de la personne multi-ethniques : colonies de vacances, internats, etc.
Dans son intervention, Sa Majesté Philippe J-R SOKOUDJOU a surtout voulu démontrer à travers un témoignage personnel que « le tribalisme n’a pas toujours existé » et qu’il n’est donc pas une fatalité. Le Chef Supérieur Bamendjou en est lui-même un témoignage vivant : par un concours invraisemblable de circonstances, il a vécu plusieurs années de son enfance adopté par une famille Béti, loin de chez lui, « sans qu’il ne me soit reproché d’être Bamiléké » dira-t-il.
La table ronde sur le thème « Politique et tribalisme » a eu lieu le vendredi 2 juin au Congress Hall de Bamenda. Les intervenants, M. Samuel MFONYAM, M. Abraham NDOFOR et Mme. Caroline MBINKAR ont tout trois parlé du problème du tribalisme à partir de leur expérience de militants sur le terrain.
Ainsi, en particulier, le lien entre tribalisme et partis politique a été souligné. Il existe quelques 230 langues au Cameroun, il existe aussi plus de 200 partis politiques. Quels sont donc les critères pour créer un nouveau parti politique ? N’y a-t-il pas un problème profond d’absence de confrontations idéologiques et de projets concrets dans le débat politique camerounais ?
La force du Cameroun réside certes dans le fait qu’il n’existe pas une tribu majoritaire dans le pays, mais il faut bien se demander si ce pays est bel et bien une nation ou simplement un groupe de tribu vivant sous le même gouvernement.
La problématique de la présence des concepts d’allogènes et autochtones dans la constitution a également été abordé. Que veulent dire ces termes dans un contexte de mouvement des populations, où il n’existe plus un seul endroit avec une tribu seulement ? Que veut dire finalement être « allogène », c’est-à-dire étranger, dans son propre pays ?
Le sujet « Eglise et tribalisme » a été abordé dans chacune des quatre étapes de la Campagne par des conférenciers différents. A Bafoussam, Douala et Yaoundé, M. MOUKOKO PRISO s’est prêter à l’exercice de réagir brièvement aux interventions des conférenciers.
A Bafoussam, c’est l’évêque du lieu, Mgr. Joseph ATANGA, qui a tenu le vendredi 28 avril la conférence sur le thème « Eglise et tribalisme ». Après avoir relevé les côtés positifs de la tribu, qui comme la famille est un don de Dieu qu’il faut accepter (on ne choisi ni sa famille ni sa tribu), l’orateur a remarqué qu’ « au sein de cette entité, on rencontre aussi des situation de péché qui la défigurent et l’abîment ». Il arrive que la différence soit utilisée comme instrument de conquête ou de maintien de pouvoir. Il arrive que des boucs émissaires soient cherchés, créant des situation de rejet et d’exclusion.
Ce phénomène ne s’arrête d’ailleurs pas aux portes des Eglises. Mgr. ATANGA relèvera ainsi pour les déplorer des attitudes encourageant le tribalisme au sein des Eglises : Paroisses ethniques dans les grandes villes, chorales et groupes à connotations tribales, refus d’accueillir des pasteurs d’autres tribus.
Au niveau des stratégies de lutte contre le tribalisme, l’évêque de Bafoussam en a décrit de quatre types : la conversion personnelle (il ne faut pas rejeter la faute sur les autres, quand on est soi-même pris dans le tribalisme), la promotion des communautés ecclésiales de base (communautés à tailles humaines réunissant au-delà des distinctions d’âge, de sexe et de tribu), la formation (dans les institutions scolaires, les groupes et les mouvements d’Eglise) et la prière.
A Douala, la conférence sur « Eglise et tribalisme » le jeudi 25 mai à la Maison des Jeunes et des Cultures a été marquée non seulement par la présence d’un orateur compétent en la personne du Père Vincent FOUTCHANTSE s.j., mais aussi par la modération d’une personne de renom, le journaliste Pius NJAWE du Messager.
Pour le conférencier du jour, le tribalisme sous sa forme moderne est un phénomène récent, lié à l’association dans un même ensemble de différentes tribus par l’administration coloniale. Pourtant la montée du nationalisme dans les années 47 à 50 avait fait disparaître toutes oppositions tribales. On célébrait les héros nationaux, Um Nyobé, Douala Manga Bell, indépendamment de l’origine ethnique. Le tribalisme est donc, à strictement parlé, un phénomène post-colonial, en lien avec le clientelisme et la recherche d’un électorat facile.
Que peut-on alors dire de l’Eglise face à ce phénomène ? Entretient-elle les divisions ? Historiquement, il faut bien le reconnaître, l’Eglise a en effet eu tendance à entretenir, voir même accentuer les divisions. Et le Père FOUTCHANTSE d’en chercher les causes dans l’histoire même de la mission, qui a été marquée par une volonté d’incarner et de contextualiser le message dans un lieu et un temps précis (à l’image de Jésus-Christ). Dans se rapport tendu entre universel et particulier, le travail missionnaire a été vers une inscription locale forte, créant des liens privilégiés entre certaines sociétés missionnaires et certaines tribus, aboutissant à des inégalités, des partialités et des préférences.
En conclusion à son exposé, l’orateur a finalement tenté de donner quelques pistes pour un engagement des Eglises contre le tribalisme. Il faut tout d’abord, dit-il, combattre la misère sous toutes ses formes. Il faut miser sur l’éducation et la formation en privilégiant des contextes de mélanges ethniques. Il faut en fin de compte favoriser, au niveau des Eglises, les paroisses, les liturgies et les chorales multilingues.
A Bamenda, une table Ronde sur le thème « Eglise et tribalisme » a été organisée le jeudi de l’ascension 1er Juin 2000 au Grand Mankon Hall. Les interventions des orateurs, Pasteur Francis MEKUMBA, Mlle. Maxeline DOW, M. Joseph BOAM et M. Michel ASSAM, ont été précédés d’une introduction par Mgr Paul VERDZEKOV, Archevêque de Bamenda.
Dans un premier temps, Mgr. VERDZEKOV a rendu attentif l’auditoire à la différence qu’il faut faire entre « Ethnicity » et « Ethnocentism ». Ce dernier concept étant défini comme « attitude largement répandue par laquelle un peuple a la tendance naturelle de défendre son identité en dénigrant celle des autres, au point de leur refuser, ne serait-ce que symboliquement, la pleine humanité »[1].
Dans un deuxième temps l’orateur a alors rappelé que face au tribalisme, la tradition chrétienne offre la notion d’ « Eglise famille », présente en particulier en I Timothée 3, 14-15 et dans la première et la troisième prière eucharistique. Malheureusement cette notion est restée plus au niveau des cerveaux qu’au niveau des coeurs. Ainsi, trop souvent, les questions de savoir où une église est construite, où le prêtre habite et d’où l’évêque est originaire prennent le dessus sur ce qu’ils représentent : l’Eglise comme famille de la foi.
En citant le Synode Africain, l’orateur esquissera finalement quelques pistes d’actions contre le tribalisme : Partage de ressource et de personnes entre Eglises, apprentissage d’autres langues africaines par les séminaristes, le choix des candidats les plus compétents à l’épiscopat indépendamment de l’origine, la discussion ouverte et fraternelle entre évêques sur le problème du tribalisme.
La table ronde qui suivit fut une occasion d’approfondir certains aspect de la question et surtout de lancer un appel vibrant à la lutte contre le tribalisme : par l’amour de soi et des autres, par l’amo