Rapport de la Campagne Semaines Pascales 2000

Table des matières

I

INtroduction

Historique

Déroulement de la Campagne Semaines Pascales 2000

Les partenaires

Le calendrier

1. Le Concours de poèmes et prières

2. Le Cahier d’animation

Les séminaires de formations à l’utilisations du Cahier d’animation

Formations ponctuelles

3. Le Message pascal

4. Célébrations oecuméniques

Bafoussam : Célébration d’ouverture de la Campagne

Douala

Bamenda

Yaoundé : Célébration de clôture de la Campagne

Le rite d’unité

5. Rencontre Prêtres - Pasteurs

6. Conférences sur « Politique et tribalisme »

Bafoussam, Douala et Yaoundé

Bamenda

7. Conférences sur « Eglise et tribalisme »

Bafoussam

Douala

Bamenda

Yaoundé

8. Conférences sur « Jeunesse et tribalisme »

Douala

Yaoundé

9. Conférence sur « Islam et tribalisme »

10. Soirées inter-culturelles

11. La déclaration de lutte contre le tribalisme

12. Activités d’autres groupes, associations et mouvements

CIPCRE

UFC, Bafoussam

Culte de l’enfance EEC, Bafoussam

Ambianceurs de la résurrection, Yaoundé

Aumônerie Protestante de l’Université de Dschang

Groupe de Réflexion sur la Reconstruction de l’Afrique, APU-Dschang

Cellule JPSC de l’IBFT, Ndikinimeki

Paroisse de la Cathédrale, Bafoussam

13. Résultats et perspectives

Oecuménisme

Collaborations

Participation

Genre

Analyses du problème

Pistes d’action

Conclusion

Annexe 1 : Message pascal 2000

Annexe 2 : la première place du concours poèmes et prières

Annexe 3 : Déclaration de lutte contre le tribalisme


Introduction

Retour

« Si les peuples africains ne détruisent pas le tribalisme, c’est le tribalisme qui détruira les peuples africains ». Par cette conclusion de sa conférence, le professeur de mathématique et spécialiste des questions de tribalisme MOUKOKO PRISO a exprimé toute l’urgence et la nécessité d’une démarche qui veut décrire et comprendre le phénomène du tribalisme pour dégager des pistes en vue de le combattre.

Or cette démarche fut effectivement celle de la Campagne Semaines Pascales 2000 « Vaincre le tribalisme pour créer une Eglise famille et un Cameroun réconcilié et uni » organisée par le Cercle International pour la promotion de la Création (CIPCRE) et la Commission diocésaine Justice et Paix de Bafoussam (CDJPB) du 24 avril au 11 juin 2000.

 L’originalité de cette troisième édition des Semaines Pascales fut, outre sa dimension nationale, le fait que les différentes conférences, les célébrations oecuméniques et les soirées inter-culturelles, organisées à Bafoussam, Douala, Bamenda et Yaoundé, furent accompagnées d’un matériel d’animation permettant à divers groupes, mouvements et associations de s’approprier le thème de la campagne là où ils sont.

Le présent rapport rend compte en premier lieu des activités organisées par les initiateurs de la campagne eux-mêmes, le CIPCRE et la CDJPB, dans les quatre grandes villes mentionnées. Cependant, comme cette campagne ne devait pas simplement être l’affaire de quelques grandes organisations, mais surtout de groupes à la base, ce rapport cherchera aussi à faire écho des activités organisées par d’autres groupes, associations et mouvement, dans la mesure des informations disponibles à ce jour.  

Historique

Sur l’initiative du CIPCRE, la campagne Semaines Pascales est née à Bafoussam, dans la province de l’Ouest. La première édition, co-organisée par le CIPCRE et la CDJPB sur le thème « Tous contre la culture d’impunité, tous pour la promotion de la vie », s’est déroulée du 12 au 19 avril 1998 avec un accent fort sur la problématique de la corruption. Placée sous le parrainage de Monseigneur André Wouking, alors Evêque de Bafoussam, et du Pasteur Moïse Kamdem, Coordinateur des activités de la Fédération des Eglises et Missions Evangéliques du Cameroun (FEMEC) pour l’Ouest, elle a enregistré une participation importante de la population et des résultats fort appréciables. C’est pourquoi les chrétiens et les responsables des Eglises Protestantes et Catholique à Bafoussam ont souhaité qu’une nouvelle édition de la Semaine Pascale soit organisée en 1999.

Ainsi, du 4 au 11 avril 1999, le CIPCRE et la CDJPB ont co-organisé la deuxième édition de la Semaine Pascale sur le thème « Jubilé de l’an 2000 et la remise des dettes ». Alors que les activités de la première édition s’étaient concentrées à Bafoussam, celles de la deuxième se sont déroulées à Bafang, Bafoussam et à Dschang, et ont également connu un grand succès. Lors de la rencontre des Prêtres et Pasteurs de le Province de l’Ouest le 6 avril 1999 dans le cadre de cette deuxième édition, il a été suggéré que la Semaine Pascale 2000 s’étende sur le territoire national.

Déroulement de la Campagne Semaines Pascales 2000

Afin de concrétiser la volonté de mobilisation générale autour d’un défi social à la lumière de la Résurrection du Christ et pour permettre à la campagne de devenir vraiment nationale en pénétrant différentes régions du pays, il a fallu étendre la durée de la campagne. Ainsi en l’an 2000, la Semaine Pascale est devenue une véritable campagne qui s’est déroulée durant tout le temps pascal, c’est-à-dire du dimanche de Pâques (23 avril 2000) au dimanche de Pentecôte (11 juin 2000). On parle ainsi dorénavant de la « Campagne Semaines Pascales ».

Outre les activités et programmes mis sur pied dans divers groupes, mouvements et associations à partir du Cahier d’animation, les organisateurs de la Campagne ont de leur côté choisi de proposer cinq types de rendez-vous à travers le pays :

a)   Des formations pour les animateurs de divers groupes pour mieux utiliser le Cahier d’animation

b)  Des célébrations oecuméniques

c)   Des rencontres entre pasteurs et prêtres

d)  Des conférences-débats sur les thèmes « Jeunesse et Tribalisme », « Politique et Tribalisme », « Islam et Tribalisme » et « Eglise et Tribalisme »

e)   Des soirées inter-culturelles

Les partenaires

Il n’était bien sûr pas possible d’organiser efficacement une campagne nationale de cette envergure sans faire recours à un réseau important de collaborations et de partenariats.

Au niveau national, la Campagne Semaines Pascales 2000 a été organisée sous le parrainage

de Monseigneur André WOUKING, Président de la Conférence Episcopale Nationale du Cameroun, et du Pasteur Emmanuel MBANGUE EBOA, Président de la Fédération des Eglises et Missions Evangéliques du Cameroun (FEMEC), avec la participation :

·      de la Fédération des Eglises et Missions Evangélique du Cameroun (FEMEC) ;

·      du Service National Justice et Paix ;

·      du Service Œcuménique pour la Paix (SeP) ;

·      du Centre Jean XXIII de Mvolyé ;

·      du Catholic Relief Service (CRS)

·      du Réseau Foi et Justice Afrique-Europe ;

·      du Projet Tokombéré.

A Bafoussam, les activités ont été organisées par le CIPCRE et la CDJPB en collaboration avec la Coordination des activités de la FEMEC de l’Ouest

A Douala, les activités ont été organisées par le CIPCRE en collaboration avec la Commission diocésaine Justice et Paix de Douala et le Département de la Jeunesse de l’Eglise Evangélique du Cameroun

A Bamenda, les activités ont été organisées par le CIPCRE en collaboration avec le Bamenda Ecumenical Council of Ministers of the Gospel.

A Yaoundé, les activités ont été organisées par le CIPCRE en collaboration avec la Commission diocésaine Justice et Paix de Yaoundé

Le calendrier

Le calendrier complet des activités de la Campagne Semaines Pascales 2000 a été le suivant :

Bafoussam            

 

Du vendredi 7 au dimanche 9 avril 2000 

au CPF de Mbô :

Formation à l’animation de la Campagne Semaines Pascales 2000

Lundi 24 avril 2000 à 15h00

à l’église EEC du Plateau :

 

Célébration oecuménique d’ouverture de la Campagne co-présidée par Mgr. Joseph ATANGA, évêque de Bafoussam, et le Pasteur Moïse KAMDEM, coordinateur des activités de la FEMEC pour l’Ouest.

Mercredi 26 avril 2000 de 9h00 à 13h00

au CPF de Mbô :

Rencontre des Prêtres et Pasteurs

Jeudi 27 avril 2000 à 18h00

à la salle de conférence de la CAPLAMI :

Conférence-débat sur le thème

« Politique et tribalisme »

par M. MOUKOKO PRISO

avec l’intervention de Sa Majesté Philippe J-R SOKOUDJOU, Chef supérieur Bamendjou

Vendredi 28 avril 2000 à 18h00

à la salle de conférence de la CAPLAMI :

Conférence-débat sur le thème

« Eglise et tribalisme »

par Mgr. Joseph ATANGA

avec l’intervention de M. MOUKOKO PRISO

Dimanche 30 avril 2000 à 18h00

à la Maison des Congrès :

Grande soirée inter-culturelle   

Bamenda   

 

Du Vendredi 5 au Dimanche 7 mai 2000

au Presbyterian Church Center :

Formation à l’animation de la Campagne Semaines Pascales 2000

Douala

 

Mardi 23 mai 2000 à 18h00

à la Maison des Jeunes et des Cultures :

Conférence-débat sur le thème

« Politique et tribalisme »

par M. MOUKOKO PRISO

Avec l’intervention de Sa Majesté Philippe J-R SOKOUDJOU, Chef supérieur Bamendjou

Mercredi 24 mai 2000 à 15h00

à la Maison des Jeunes et des Cultures :

Conférence-débat sur le thème

« Jeunesse et tribalisme »

par le Père Jean-Claude DJEREKE et le Pasteur Jacques KWETTE BOGO    

Jeudi 25 mai 2000 à 18h00

à la Maison des Jeunes et des Cultures :            

Conférence-débat sur le thème

« Eglise et tribalisme »

par le Père Vincent FOUTCHANTSE

avec l’intervention de M. MOUKOKO PRISO

Du vendredi 26 au dimanche 28 mai 2000 au Collège Libermann :

Formation à l’animation de la Campagne Semaines Pascales 2000

Lundi 29 mai 2000 à 17h00

à la Cathédrale St-Pierre-et-Paul :      

Grande Célébration Oecuménique

co-présidée par le Cardinal Mgr. Christian TUMI, archevêque de Douala, et le Pasteur Emmanuel MBANGUE EBOA, président de la FEMEC

Bamenda

 

Jeudi 1er Juin 2000 à 16h00

au Grand Mankon Hall :

Table Ronde sur le thème

« Eglise et tribalisme »

Introduction par Mgr Paul VERDZEKOV, Archevêque de Bamenda.

Avec le Pasteur Francis MEKUMBA, Mlle. Maxeline DOW, M. Joseph BOAM et M. Michel ASSAM 

Vendredi 2 juin 2000 à 16h00

au Congress Hall :

Table Ronde sur le thème

« Politique et tribalisme »

Avec M. Samuel MFONYAM, M. Abraham NDOFOR et Mme. Caroline MBINKAR

Samedi 3 juin 2000

au Congress Hall :       

Grande soirée inter-culturelle

Dimanche 4 mai 2000 à 15h00

à la Cathédrale :          

Grande Célébration Oecuménique

co-présidée par le Père Engelbert KOFON et le Pasteur Joe Set AJI-MVO

en présence de Mgr Paul VERDZEKOV, Archevêque de Bamenda.

Yaoundé

 

Mardi 6 juin 2000 à 17h00

à la Faculté de Théologie Protestante :

Conférence-débat sur le thème

« Islam et tribalisme »

par le Dr. DOUBLA

Mercredi 7 juin  2000 à 16h00

à la Faculté de Théologie Protestante :

Conférence-débat sur le thème

« Jeunesse et tribalisme »

par Mme Solange BESSOM

Jeudi 8 juin 2000 à 17h00

à la Faculté de Théologie Protestante :            

Conférence-débat sur le thème

« Politique et tribalisme »

par M. MOUKOKO PRISO

Avec l’intervention de Sa Majesté Philippe J-R SOKOUDJOU, Chef supérieur Bamendjou

Vendredi 9 juin 2000 à 17h00

à la Faculté de Théologie Protestante :            

Conférence-débat sur le thème

« Eglise et tribalisme »

par Rév.Dr. Simon-Baulivard NJAMI NWANDJI

avec l’intervention de M. MOUKOKO PRISO

Samedi 10 juin 2000 à 10h00

Cathédrale Notre-Dame-des-Victoires :           

Grande Célébration Oecuménique

de Clôture de la Campagne

co-présidée par Mgr. Joseph AKONGA, vicaire général du diocèse de Yaoundé et

le Pasteur Pierre A. SONGSARE, Secrétaire général de la FEMEC

 

Une étape au Nord Cameroun, Maroua puis Garoua, avait été planifiée pour la période du 11 au 14 mai 2000. Malheureusement les communications difficiles ont rendu impossible la concertation et l’organisation opportune des activités. Les dates proposées ne convenant finalement pas au partenaires sur place, l’étape a été renvoyée à octobre 2000.       


1. Le Concours de poèmes et prières

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En collaboration avec les Ambianceurs de la Resurrection de Yaoundé, les organisateurs de la Campagne ont initié un jeu concours de création de poèmes et prières qui s’est déroulé durant les mois de décembre 1999 et janvier 2000. En tout 35 personnes répartis sur tout le territoire national ont envoyé un total de 54 poèmes et prières. Un jury de quatre personnes a entreprit le travail de les départager et d’établir un classement. Les vingt meilleures contributions ont été publié dans le Cahier d’animation.

En plus de la production d’œuvres esthétiquement belles, profondes et engagées, ce concours aura permis aux organisateurs de faire connaître la Campagne Semaines Pascales et de susciter une première vague d’intérêt au près des jeunes en particulier.

Une très forte participation de l’Aumônerie Protestante de l’Université de Dschang a été notée. C’est de là en particulier que vient le vainqueur (avec les trois meilleures contributions) en la personne de Joachim NTETMEN MBETBO. La meilleure contribution est reproduite en annexe de ce rapport (p.29). 

2. Le Cahier d’animation

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Afin que les groupes et mouvements puisse s’approprier la problématique du tribalisme à leur niveau, les organisateurs de la Campagne Semaines Pascales ont donc conçu un Cahier d’animation tiré à 5000 exemplaires en français et à 100 exemplaires en anglais.

Le contenu proposait ainsi des études de cas qui concrétisaient la problématique selon les différents contextes ; des données bibliques et des idées d’études bibliques permettant de faire le lien entre la problématique du tribalisme et le fondement de la foi chrétienne ; des poèmes et prières, des propositions de liturgie, des pistes d’animation de groupes et des suggestions d’actions permettant finalement à chaque groupe, à chaque association et à chaque mouvement de participer et contribuer à sa manière et selon ses propres engagements à la Campagne Semaines Pascales.

Les séminaires de formations à l’utilisations du Cahier d’animation

Dans le but de permettre une utilisation du Cahier d’animation la plus large et la plus adaptée possible, les organisateurs de la Campagne Semaines Pascales 2000 ont mis sur pied trois sessions de formation à l’animation de la Campagne :

A Bafoussam du 7 au 9 avril 2000 avec une participation de 26 personnes.

A Bamenda du 5 au 7 mai 2000 avec une participation de 24 personnes.

A Douala du 26 au 28 mai 2000 avec une participation de 17 personnes.

Les participants venaient de divers groupes et mouvements à la base : Commissions Justice et Paix ou JPSC ; mouvements de femmes, mouvements de jeunes, communautés ecclésiales de base, Chaîne de Solidarité Agissante, etc. Le but était de permettre aux participants, futurs animateurs et formateurs, de se familiariser avec les méthodes d’animations du Cahier en les exerçant entre eux avec une possibilité de feed-back immédiat. Après une soirée d’introduction animée par les formateurs, une demi-journée était consacrée à la préparation d’animations en équipes de trois ou quatre. Puis chaque équipe avait l’occasion de mener 60 minutes d’animation avec deux autres équipes comme participants. Finalement chaque animateur recevait un feed-back de la part des participants et des formateurs.

La méthode était donc décidément participative basée sur l’expérimentation personnelle et les interactions entre participants. Cette démarche, somme toute peu usuelle, a rencontré un grand succès à en croire les avis exprimés lors des évaluations finales.

Un seul point négatif lors de ces séminaires de formations : l’absence de version anglaise lors du séminaire à Bamenda. Celle-ci ne fut disponible qu’après près d’un mois de retard, mais heureusement à temps pour les activités de la campagne sur place.

Formations ponctuelles

Outre ces séminaires de formation à l’utilisations du Cahier d’animation, les organisateurs ont participé à des formations ponctuelles, initiés par des groupes ou mouvements à la base. Ils s’agissait en particulier :

·      d’une formation, le mercredi 12 avril 2000, pour les Commissions paroissiales Justice et Paix du diocèse de Bafoussam ;

·      d’une formation, le vendredi 14 avril 2000, pour les Commissions protestantes Justice, Paix et Sauvegarde de la Création de Bafoussam ;

·      d’une formation, le samedi 22 avril 2000, sur invitation de l’Aumônerie protestante de l’Université de Dschang, pour des groupes de l’aumônerie et des paroisses protestantes de Dschang.

3. Le Message pascal

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Comme les éditions précédentes, la Campagne Semaines Pascales 2000 a été introduite dans la province de l’Ouest par un Message pascal adressé aux communautés catholiques et protestantes lors des célébrations de Pâques. Le message de cette année abordait le problème du tribalisme à travers l’expérience d’enfermement puis d’ouverture et de libération des disciples du Christ en Jean 20, 19-23. Le texte intégral du Message Pascal 2000 se trouve en annexe p.26.

4. Célébrations oecuméniques

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Depuis son « invention » en 1998, la Campagne Semaines Pascales a toujours été une façon de lire l’Evangile de la Résurrection de manière renouvelée, à la lumière d’un fléau qui mine la société. Il ne s’agissait donc pas seulement d’entreprendre une réflexion, mais de vivre une spiritualité ancrée dans le réel. Une spiritualité qui se veut résolument oecuménique.

Un aspect fondamental de la Campagne Semaines Pascales a donc toujours été le volet « Célébrations Oecuméniques ». Avec l’élargissement au niveau national, l’occasion a été donnée de vivre ces moments forts en des lieux qui n’en ont pas véritablement l’habitude. Beaucoup de chrétiens eurent ainsi, grâce aux Semaines Pascales, l’occasion pour la première fois de leur vie d’entrer dans un lieu de culte d’une autre confession que la leur. Une manière aussi de permettre de briser des barrières en vue de la construction d’une Eglise famille et d’un Cameroun réconcilié et uni.    

Bafoussam : Célébration d’ouverture de la Campagne

Le lundi de Pâques 24 avril, un millier de personnes se sont pressés à l’église EEC du Plateau à Bafoussam pour vivre la célébration d’ouverture de la Campagne co-présidée par Mgr. Joseph ATANGA, évêque de Bafoussam, et le Pasteur Moïse KAMDEM, coordinateur des activités de la FEMEC pour l’Ouest. La célébration elle-même avait été précédée par un défilé à travers la ville de près de 400 personnes, en partant de l’hôtel des postes jusqu'à l’église du Plateau.

Le déroulement de la Célébration, marquée par la présence d’une vingtaine de pasteurs et prêtres, quatre chorales et une fanfare, a été placé sous le signe de la fête de Pâques. Ainsi le prédicateur du jour, Mgr ATANGA, a-t-il rappelé que la résurrection du Christ est une libération pour tous, une délivrance et une destruction des murs de haine et de préjugés. Il a aussi rappelé que l’Eglise a une vocation universelle : « Les disciples n’ont pas été appelés à annoncer la Bonne Nouvelle à leur tribu seulement ». D’ailleurs l’Eglise dit bien « Notre Père qui est aux cieux... » et non pas « Mon Père... » comme l’a rappelé le Père Jacques TADJOUA, vicaire général, parlant au nom de l’Eglise Catholique qui est à Bafoussam, illustrant ainsi l’aspect communautaire et unifiant de la foi.

Pourtant il ne faut pas jeter l’enfant avec l’eau du bain. Il ne faut pas confondre tribalisme et appartenance à une tribu. Si le tribalisme est condamnable, la tribu reste néanmoins une chose bonne, comme le fit remarquer le Pasteur KAMDEM, coordinateur des activités de la FEMEC pour l’Ouest, en affirmant le plus clairement possible : « C’est Dieu qui a créé les tribus ».   

Douala

En clôture des activités de la Campagne Semaines Pascales à Douala, une célébration oecuménique co-présidée par le Cardinal Mgr. Christian TUMI, archevêque de Douala, et le Pasteur Emmanuel MBANGUE EBOA, président de la FEMEC a été organisée le lundi 29 mai 2000 dès 17h00 à la Cathédrale St-Pierre-et-Paul.

En présence d’un grand nombre de fidèles, de prêtres et de pasteurs accourus un jour ouvrable pour joindre leurs chants, leurs prières et l’écoute de l’écriture, le prédicateur du jour, le Pasteur Emmanuel MBANGUE EBOA, a entreprit une comparaison des récits de la Tour de Babel (Genèse 11, 1-9) et de Pentecôte (Actes 2, 1-13). Confrontant la tentation humaine de pensée unique à la volonté divine d’unité des chrétiens, il a ainsi rappelé à l’Eglise sa responsabilité fondamentale, de prêcher l’évangile à tous, d’unir plutôt que de diviser.

Le Cardinal Christian TUMI, dans son allocution, en appela à l’intériorité de chaque chrétien, à sa spiritualité et à son humilité pour résolument combattre un fléau qui mine autant la société laïque que les Eglises chrétiennes.

Bamenda

Les activités à Bamenda ont trouvé leur clôture et leur apogée le dimanche 4 mai 2000 à 15h00 lors de la célébration oecuménique à la Cathédrale co-présidée par le Père Engelbert KOFON et le Pasteur Joe Set AJI-MVO du Bamenda Ecumenical Council of Ministers of the Gospel. La diversité confessionnelle était particulièrement remarquable, avec la présence côte à côte de catholiques, presbytériens, baptistes, évangéliques et anglicans. Elle était visuellement signifiée par une richesse de couleurs et de formes dans les habits liturgiques des célébrants.

La prédication du jour, dite par une femme pasteure en la personne de Rév. Margareth AZANGE, portait sur I Corinthiens 3 : Ceux qui appartiennent à Paul, ceux qui appartiennent à Appolos... Le Christ fait des disciples de toutes les nations. Pourtant la tendance est souvent d’accentuer beaucoup plus le « mon » que le « notre » : mon église, ma confession, mon prédicateur... L’harmonie n’est pas d’être tous du même avis mais de respecter l’avis des autres.

Mgr Paul VERDZEKOV, Archevêque de Bamenda, rappela quand à lui la nécessité de garder la Parole de Dieu au centre de la lutte contre le tribalisme. Or celle-ci est très claire : à une seule occasion la Bible hébraïque demande-t-elle d’aimer son prochain, mais à trente-sept reprise demande-t-elle d’aimer l’étranger...

Yaoundé : Célébration de clôture de la Campagne

La Célébration Oecuménique de clôture de la Campagne a eu lieu le samedi 10 juin 2000 à 10h00 à la Cathédrale Notre-Dame-des-Victoires. En l’absence de Mgr. André WOUKING, empêché pour des raisons de santé, la co-présidence fut assurée par Mgr. Joseph AKONGA ESSOMBA, vicaire général du diocèse de Yaoundé et le Pasteur Pierre A. SONGSARE, Secrétaire général de la FEMEC. La célébration a été précédée d’un défilé convergeant de trois points de la ville. De plus, plusieurs personnes avaient fait le déplacement de Bafoussam, lieu de l’ouverture des Semaines Pascales, bouclant ainsi symboliquement la boucle de la Campagne.

Dans sa prédication, le Pasteur SONGSARE revint sur la responsabilité spécifique des chrétiens, mais aussi des musulmans. Ensemble chrétiens et musulmans constituent la majorité écrasante de la population camerounaise. Il n’est donc pas possible qu’ils ne puissent  influencer favorablement les choses. La diversité du pays signifie que les uns possèdent ce qui manque aux autres (p.ex. la terre). Il faut donc apprendre à partager. Il faut aussi partager le Christ qui n’est pas la propriété d’une seule tribu.

Le rite d’unité

Sans doute le moment le plus fort de chacune de ces célébrations aura été le rite ou symbole d’unité reconduit en chaque lieu. Au moment de la prière universelle, dix jeunes habillés en costumes traditionnels des dix provinces du Cameroun se levèrent, tenant chacun la forme sculptée en bois d’une des dix provinces. Puis, chacun à son tour, après avoir dit une prière pour l’unité du pays, alla déposer la forme sur un socle, reconstituant ainsi petit à petit une carte complète du Cameroun d’environ 1m50 de hauteur, devant les regard médusés de l’assemblée. 

5. Rencontre Prêtres - Pasteurs

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Une rencontre Prêtres - Pasteurs a été organisée dans un seul de quatre lieux pour l’instant : à Bafoussam, où l’expérience oecuménique des Semaines Pascales a déjà été vécue à deux reprises. Dans les autres villes, les organisateurs ont préféré donner le temps à l’expérience de se dérouler une première fois avant de proposer une telle rencontre.

Ainsi le Mercredi 26 avril 2000, une vingtaine de prêtres et de pasteurs se sont retrouvés au Centre Polyvalent de Formation de Mbô pour une séance de travail oecuménique. Il ne s’agissait plus, comme l’année précédente, d’un événement essentiellement protocolaire, mais d’une matinée de réflexions et d’échanges sur le thème de la Campagne. Un temps considérable a ainsi été réservé à l’étude biblique comparée de Genèse 11, 1-9 (la Tour de Babel) et Actes 2, 1-13 (Pentecôtes). Pour beaucoup ce fut la première occasion d’un pareil échange dans un contexte oecuménique. Les participants ont dégagé quelques éléments importants concernant d’une part la différence à faire entre tribalité et tribalisme et d’autre part la vocation de l’Eglise d’unir au-delà des différences. Quelques stratégies de lutte contre le tribalisme de la part de l’Eglise ont été évoqués en particulier en lien avec la formation des chrétiens (catéchèse) et de la jeunesse (écoles confessionnelles).

En fin de rencontre, la collaboration oecuménique entre Prêtres et Pasteurs a été évoquée et la volonté de rencontres plus fréquentes exprimée.  

6. Conférences sur « Politique et tribalisme »

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Les conférences publiques ont toujours été un aspect important des Semaines Pascales. Elle sont l’occasion de rassembler et de toucher un grand nombre de personnes, de stimuler une réflexion et un débat, pour provoquer une sensibilisation accrue face aux problèmes de la société. Durant la Campagne Semaines Pascales 2000, quatre thèmes ont été abordés par des conférences : « Politique et tribalisme », « Eglise et tribalisme », « Jeunesse et tribalisme » et « Islam et tribalisme ».

Pour ce qui est du sujet « Politique et tribalisme », la même conférence a été reconduite dans les trois lieux retenus dans la partie francophone du Cameroun : Bafoussam, Douala et Yaoundé. Dans la partie anglophone, à Bamenda, une table ronde avec plusieurs intervenants a été organisée.

Bafoussam, Douala et Yaoundé

Le 27 avril à Bafoussam, le 23 mai à Douala et le 8 juin à Yaoundé a eu lieu une conférence publique de M. MOUKOKO PRISO, professeur de mathématique et spécialiste du tribalisme, suivi d’une intervention du Chef Supérieur Bamendjou, Sa Majesté Philippe J-R SOKOUDJOU (accompagné à Douala par Sa Majesté René DOUALA MANGA BELL, Chef Supérieur Douala).

Le terme « tribalisme » n’a pas véritablement un fondement scientifique, a d’abord argumenté le premier orateur. Le concept de tribu en particulier est problématique et dégradant. Pourquoi parle-t-on de tribus lorsqu’il s’agit de l’Afrique mais de nations lorsqu’il s’agit de l’Europe ou même de l’Asie ? Le tribalisme est en fait la forme spécifique que prend le problème des nations en Afrique.

Mais quelles sont alors les raisons de l’exacerbation du chauvinisme tribal dont nous sommes témoins aujourd’hui ? Pour MOUKOKO PRISO les raisons sont surtout économiques et sociales. Il pense en particulier au désir des classes dominantes de mettre main basse sur l’Etat, source de pouvoir et de richesse dans un Cameroun post-colonial sans véritables forces économiques propres. D’ailleurs, « ceux-là même qui expliquent chaque jour aux populations que telle ou telle ethnie (prise globalement, dans sa totalité) en veut à telle ou telle autre (généralement la leur), ces gens là, s’entendent pourtant comme larrons en foire depuis bientôt 40 ans, avec leurs amis de ces ethnies ‘ennemies’ pour s’imposer au pays et à l’ensemble de toutes les ethnies sans exception, donc y compris la leur». Il faudra donc que le peuple cesse enfin d’être dupe et que chacun combatte le tribalisme en commençant dans sa propre ethnie.

Au plan des stratégies de lutte, il faut dire tout d’abord qu’on ne peut pas combattre le tribalisme en niant l’existence des tribus, comme a cru pouvoir le faire par décret l’Union Camerounaise d’Ahmadou Ahidjo en 1962. MOUKOKO PRISO exprime l’espoir - pas toujours partagé par son public - qu’une  industrialisation plus hardie et équilibrée du pays ainsi qu’une politique rationnelle d’occupation du territoire permettront un décloisonnement rural et un mélange ethnique salutaire. Il appelle finalement à la redécouverte des lieux d’intégration et de structuration de la personne multi-ethniques : colonies de vacances, internats, etc.

Dans son intervention, Sa Majesté Philippe J-R SOKOUDJOU a surtout voulu démontrer à travers un témoignage personnel que « le tribalisme n’a pas toujours existé » et qu’il n’est donc pas une fatalité. Le Chef Supérieur Bamendjou en est lui-même un témoignage vivant : par un concours invraisemblable de circonstances, il a vécu plusieurs années de son enfance adopté par une famille Béti, loin de chez lui, « sans qu’il ne me soit reproché d’être Bamiléké » dira-t-il. 

Bamenda

La table ronde sur le thème « Politique et tribalisme » a eu lieu le vendredi 2 juin au Congress Hall de Bamenda. Les intervenants, M. Samuel MFONYAM, M. Abraham NDOFOR et Mme. Caroline MBINKAR ont tout trois parlé du problème du tribalisme à partir de leur expérience de militants sur le terrain.

Ainsi, en particulier, le lien entre tribalisme et partis politique a été souligné. Il existe quelques 230 langues au Cameroun, il existe aussi plus de 200 partis politiques. Quels sont donc les critères pour créer un nouveau parti politique ? N’y a-t-il pas un problème profond d’absence de confrontations idéologiques et de projets concrets dans le débat politique camerounais ?

La force du Cameroun réside certes dans le fait qu’il n’existe pas une tribu majoritaire dans le pays, mais il faut bien se demander si ce pays est bel et bien une nation ou simplement un groupe de tribu vivant sous le même gouvernement.

La problématique de la présence des concepts d’allogènes et autochtones dans la constitution a également été abordé. Que veulent dire ces termes dans un contexte de mouvement des populations, où il n’existe plus un seul endroit avec une tribu seulement ? Que veut dire finalement être « allogène », c’est-à-dire étranger, dans son propre pays ? 

7. Conférences sur « Eglise et tribalisme »

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Le sujet « Eglise et tribalisme » a été abordé dans chacune des quatre étapes de la Campagne par des conférenciers différents. A Bafoussam, Douala et Yaoundé, M. MOUKOKO PRISO s’est prêter à l’exercice de réagir brièvement aux interventions des conférenciers.

Bafoussam

A Bafoussam, c’est l’évêque du lieu, Mgr. Joseph ATANGA, qui a tenu le vendredi 28 avril la conférence sur le thème « Eglise et tribalisme ». Après avoir relevé les côtés positifs de la tribu, qui comme la famille est un don de Dieu qu’il faut accepter (on ne choisi ni sa famille ni sa tribu), l’orateur a remarqué qu’ « au sein de cette entité, on rencontre aussi des situation de péché qui la défigurent et l’abîment ». Il arrive que la différence soit utilisée comme instrument de conquête ou de maintien de pouvoir. Il arrive que des boucs émissaires soient cherchés, créant des situation de rejet et d’exclusion.

Ce phénomène ne s’arrête d’ailleurs pas aux portes des Eglises. Mgr. ATANGA relèvera ainsi pour les déplorer des attitudes encourageant le tribalisme au sein des Eglises : Paroisses ethniques dans les grandes villes, chorales et groupes à connotations tribales, refus d’accueillir des pasteurs d’autres tribus.

Au niveau des stratégies de lutte contre le tribalisme, l’évêque de Bafoussam en a décrit de quatre types : la conversion personnelle (il ne faut pas rejeter la faute sur les autres, quand on est soi-même pris dans le tribalisme), la promotion des communautés ecclésiales de base (communautés à tailles humaines réunissant au-delà des distinctions d’âge, de sexe et de tribu), la formation (dans les institutions scolaires, les groupes et les mouvements d’Eglise) et la prière.     

Douala

A Douala, la conférence sur « Eglise et tribalisme » le jeudi 25 mai à la Maison des Jeunes et des Cultures a été marquée non seulement par la présence d’un orateur compétent en la personne du Père Vincent FOUTCHANTSE s.j., mais aussi par la modération d’une personne de renom, le journaliste Pius NJAWE du Messager.

Pour le conférencier du jour, le tribalisme sous sa forme moderne est un phénomène récent, lié à l’association dans un même ensemble de différentes tribus par l’administration coloniale. Pourtant la montée du nationalisme dans les années 47 à 50 avait fait disparaître toutes oppositions tribales. On célébrait les héros nationaux, Um Nyobé, Douala Manga Bell, indépendamment de l’origine ethnique. Le tribalisme est donc, à strictement parlé, un phénomène post-colonial, en lien avec le clientelisme et la recherche d’un électorat facile.

Que peut-on alors dire de l’Eglise face à ce phénomène ? Entretient-elle les divisions ? Historiquement, il faut bien le reconnaître, l’Eglise a en effet eu tendance à entretenir, voir même accentuer les divisions. Et le Père FOUTCHANTSE d’en chercher les causes dans l’histoire même de la mission, qui a été marquée par une volonté d’incarner et de contextualiser le message dans un lieu et un temps précis (à l’image de Jésus-Christ). Dans se rapport tendu entre universel et particulier, le travail missionnaire a été vers une inscription locale forte, créant des liens privilégiés entre certaines sociétés missionnaires et certaines tribus, aboutissant à des inégalités, des partialités et des préférences.

En conclusion à son exposé, l’orateur a finalement tenté de donner quelques pistes pour un engagement des Eglises contre le tribalisme. Il faut tout d’abord, dit-il, combattre la misère sous toutes ses formes. Il faut miser sur l’éducation et la formation en privilégiant des contextes de mélanges ethniques. Il faut en fin de compte favoriser, au niveau des Eglises, les paroisses, les liturgies et les chorales multilingues. 

Bamenda

A Bamenda, une table Ronde sur le thème « Eglise et tribalisme » a été organisée le jeudi de l’ascension 1er Juin 2000 au Grand Mankon Hall. Les interventions des orateurs, Pasteur Francis MEKUMBA, Mlle. Maxeline DOW, M. Joseph BOAM et M. Michel ASSAM, ont été précédés d’une introduction par Mgr Paul VERDZEKOV, Archevêque de Bamenda.

Dans un premier temps, Mgr. VERDZEKOV a rendu attentif l’auditoire à la différence qu’il faut faire entre « Ethnicity » et « Ethnocentism ». Ce dernier concept étant défini comme « attitude largement répandue par laquelle un peuple a la tendance naturelle de défendre son identité en dénigrant celle des autres, au point de leur refuser, ne serait-ce que symboliquement, la pleine humanité »[1].

Dans un deuxième temps l’orateur a alors rappelé que face au tribalisme, la tradition chrétienne offre la notion d’ « Eglise famille », présente en particulier en I Timothée 3, 14-15 et dans la première et la troisième prière eucharistique. Malheureusement cette notion est restée plus au niveau des cerveaux qu’au niveau des coeurs. Ainsi, trop souvent, les questions de savoir où une église est construite, où le prêtre habite et d’où l’évêque est originaire prennent le dessus sur ce qu’ils représentent : l’Eglise comme famille de la foi.

En citant le Synode Africain, l’orateur esquissera finalement quelques pistes d’actions contre le tribalisme : Partage de ressource et de personnes entre Eglises, apprentissage d’autres langues africaines par les séminaristes, le choix des candidats les plus compétents à l’épiscopat indépendamment de l’origine, la discussion ouverte et fraternelle entre évêques sur le problème du tribalisme.

La table ronde qui suivit fut une occasion d’approfondir certains aspect de la question et surtout de lancer un appel vibrant à la lutte contre le tribalisme : par l’amour de soi et des autres, par l’amour des ennemis même, par la prière et la méditation des écritures, par le témoignage à travers l’exemple et par la patience des tribus plus fortes vis-à-vis des tribus plus faibles.     

Yaoundé

A Yaoundé, la conférence sur « Eglise et tribalisme » a été donnée par le Pasteur Dr. Simon-Baulivard NJAMI NWANDJI le vendredi 9 juin 2000. La thèse principale défendue par l’orateur fut que le tribalisme, qu’il définit comme orgueil et prétention d’une tribu à se croire supérieur aux autres, est un phénomène étranger tant au fond culturel africain qu’à la foi chrétienne.

Pour le Rév. Dr. NJAMI NWANDJI, les peuples africains vivaient avant la colonisation dans une cohabitation tout à fait pacifique. Et même le processus de colonisation à encore accentué la solidarité face à l’envahisseur. Mais c’est l’administration coloniale qui a ensuite introduit un parcage ethnique (interdiction de circuler sans laissez-passer) et un sens de l’inégalité entre peuples considérés comme plus ou moins civilisés.

L’Eglise quant à elle combat fondamentalement le tribalisme. Elle est une communauté de croyant d’origine différente, s’appliquant «à écouter l’enseignement des apôtres, à vivre dans la communion fraternelle, à prendre part aux repas communs et à participer aux prières » (Actes 2, 42). Il s’agit donc de retrouver à la fois les véritables racines africaines et les véritables racines chrétiennes pour enfin éradiquer le fléau de l’inégalité, de la suspicion et de l’orgueil.   

8. Conférences sur « Jeunesse et tribalisme »

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Pendant les préparatifs des activités de la Campagne à Douala, une demande de la part de quelques jeunes est parvenue aux organisateurs de mettre en place une activité particulière à leur génération. C’est ainsi que deux conférences, une à Douala et une à Yaoundé, ont été organisées sur le thème « Jeunesse et tribalisme ». Bien sûr, la conférence étant publique, l’assistance ne fut pas exclusivement composée de jeunes. Ceux-ci se firent d’ailleurs même plutôt rares, en raison sans doute de la proximité des examens.

Douala

Pour la conférence « Jeunesse et tribalisme » le mercredi 24 mai à la Maison des Jeunes et des Cultures de Douala, les organisateurs avaient fait appel à deux conférenciers : le Père Jean-Claude DJEREKE et le Pasteur Jacques KWETTE BOGO.

La conférence a commencé par la description de deux cas concrets : L’exemple d’un jeune étudiant gréviste à Yaoundé arrêté par l’armée et de son camarade s’approchant du Ministre pour intercéder en sa faveur. Et le Ministre de poser cette question : « Pourquoi te mêles-tu des affaires de Bamiléké ? ». L’autre exemple fut celui d’un mariage impossible entre une fille Bamiléké et un garçon Béti.

Quelle réponse peut-on alors donner à ces cas flagrants de tribalisme ? Il s’agira, selon le Père DJEREKE, de suivre l’exemple du Christ qui n’est pas seulement venu aider les juifs mais qui loue aussi la foi des autres, qui brise les barrières ethniques et qui montre que les liens de sang passent après les liens de la famille de Dieu. Plus concrètement il faudra éviter les généralisations abusives, les réductions de la personne à son ethnie, les croyance en la supériorité des uns sur les autres, les stéréotypes.

Une fois de plus les orateurs de cette conférence rendent les jeunes attentifs à ne pas confondre tribalité et tribalisme. L’amour de sa tribu est bonne, c’est l’amour excessif qui est mauvais.

Yaoundé 

Dans sa conférence tenue le mercredi 7 juin à la Faculté de Théologie Protestante, Mme Solange BESSOM, de la Commission Diocésaine Justice et Paix de Yaoundé, ne s’est pas non plus contentée d’une simple description du problème. Elle a aussi esquissé quelques pistes de solution.

Décrivant les nombreuses facette du problème et ses nombreuses dimensions, culturelles, sociales, politiques et économiques, l’oratrice a su montrer que le tribalisme n’est pas, pour les jeunes, quelque chose d’abstrait et de lointain. Le tribalisme touche les jeunes  directement : dans la recherche d’emploi, dans le choix d’amis ou de compagnons de vie, dans l’éducation, dans le rapport à l’administration et à la justice.

Pour lutter contre le tribalisme, les églises disposent notamment de mouvement de jeunes qui rassemblent au-delà des divisions tribales. Il faudrait aussi que l’on rappelle sans cesse l’importance du sacrement de la réconciliation comme arme contre l’orgueil, la haine et le mépris.

Outre l’Eglise, ce sont surtout les écoles et les médias qui peuvent contribuer à la construction d’un Cameroun réconcilié et uni. Par une éducation et une sensibilisation à l’honnêteté, à la charité, aux droits de l’homme, aux valeurs de la famille, de la tribu et de la nation, en favorisant l’ouverture à des civilisations différentes de la sienne. Car, conclu l’oratrice, il faut aimer sa tribu, sans pour autant exclure l’autre, et cultiver le sens de l’effort.     

9. Conférence sur « Islam et tribalisme »

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Une seule conférence sur le thème « Islam et tribalisme » a été organisée dans le cadre de la Campagne Semaines Pascales 2000, le mardi 6 juin à la Faculté de Théologie Protestante à Yaoundé, avec comme intervenant le Dr. DOUBLA de l’Association Culturelle Islamique du Cameroun.

A la question de savoir si l’Islam est pour ou contre le tribalisme, l’orateur a d’emblée et clairement répondu « contre ». Et d’argumenter par plusieurs citations coraniques, en particulier celle où Dieu dit « Je vous ai créé en nations et tribus afin que vous vous connaissiez et vous aimiez ». Tous les hommes remontent à Adam. Dieu a honoré Adam. Nous devons donc le faire aussi.

Le tribalisme est ainsi le fruit de la mécréance, de l’hypocrisie, la religion du Diable. Il ne s’explique que par l’ignorance. Et le Dr. DOUBLA d’ajouter « Il y a des gens qui ignorent qu’ils ignorent ». L’homme ignore qu’il est éphémère : si nous sommes tous éphémères, étrangers sur cette terre, que veut dire alors autochtone et allogène...

Contre le tribalisme, Dieu préconise la piété, l’honnêteté, la tolérance, l’humilité, le respect, la réconciliation, l’entraide, la solidarité et la fréquentation d’hommes intègres.

Sur le plan pratique, le Dr. DOUBLA reconnaît pourtant que le musulman n’applique pas toujours ces valeurs. Il y a des croyants qui ne le sont que dans les églises ou les mosquées. Il cita notamment l’exemple du complexe islamique à Yaoundé, qui bien que largement financé par l’Arabie Saoudite, ne fonctionne pas en raison d’un conflit tribal entre « autochtones » et Haoussa.

Pourtant la pratique religieuse constitue une excellente stratégie contre le tribalisme : prier ensemble, jeûner ensemble, faire le pèlerinage ensemble. A travers toutes ces pratiques, on dépasse les frontières de race, de classe et de tribu...        

10. Soirées inter-culturelles

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Au delà des conférences, pour signifier aussi que les discours, à eux tout seul, ne suffisent pas, les organisateurs de la Campagne Semaines Pascales 2000 ont mis sur pied deux soirées inter-culturelles, le dimanche 30 avril à la Maison des Congrès à Bafoussam et le samedi 3 juin au Congress Hall de Bamenda.

Il s’agissait avant tout de favoriser les échanges, les partages, les découvertes inter-tribales par la valorisation des diversités culturelles. Au programme se trouvaient des danses, des chants, des costumes traditionnels et des nourritures de différentes tribus du pays.  

Ce fut donc l’occasion pour les participants à la campagne de passer à l’action en célébrant la riche diversité d’un Cameroun réconcilié et uni. Des moments de partage riches où, l’espace d’un instant, appartenir à une tribu ne voulait plus dire « s’enfermer sur soi-même » mais « donner à l’autre » et où la rencontre n’était pas faite de préjugé mais d’émerveillement.

11. La déclaration de lutte contre le tribalisme

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Une autre manière de signifier la volonté de passer d’un simple discours à un engagement réel et concret, fut la déclaration de lutte contre le tribalisme. De manière semblable à une pétition (sauf qu’elle n’était adressée à personne), les participants aux différentes activités de la campagne étaient invités à apposer leur signature sur une déclaration personnelle, signifiant leur volonté de participer à une lutte individuelle et collective contre le fléau du tribalisme.

Un grand nombre de feuilles pour signatures ont été distribués et, au moment de rédiger ce rapport, toutes n’ont pas encore été retournées aux organisateurs. Pour l’heure, 773 signatures ont été recueillies. Le texte de la déclaration se trouve en annexe de ce rapport (p.30).  

12. Activités d’autres groupes, associations et mouvements

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Outre les activités mises en place par les organisateurs eux-mêmes, la Campagne Semaines Pascales 2000 a voulu offrir un espace dans lequel divers groupes, associations et mouvements pouvait s’engager pour imaginer des activités et des actions en lien avec le thème « Vaincre le tribalisme pour créer une Eglise famille et un Cameroun réconcilié et uni ». Certaines de ces activités ont été mis sur pied dans une collaboration étroite avec les initiateurs de la campagne. Dans d’autres cas la collaboration a été plus faible voire inexistante. Il est en plus probable que bien des activités aient eu lieu, à partir du Cahier d’animation notamment, sans que les organisateurs n’en soient même informés.

Dans la suite nous présentons quelques exemples d’activités organisées par des tiers dans le cadre de la Campagne Semaines Pascales 2000. 

CIPCRE

Le mardi 25 avril 2000, le Cercle International pour la Promotion de la Création a organisé, en tant qu’institution, une journée de travail de ses collaborateurs sur le thème « tribalisme au CIPCRE ». Il s’agissait de permettre d’une part aux cadres engagés sur le terrain d’être familiarisé avec le thème de la campagne et d’autre part de permettre une introspection institutionnelle sur la situation du tribalisme dans l’ONG.

Il en est ainsi ressorti la constatation que, comme beaucoup d’entreprises pionnières, le CIPCRE a démarré dans un cadre précis, parmi des personnes proches les unes des autres. Dans un contexte d’élargissement et d’internationalisation de l’ONG, cette prééminence d’une origine tribale (voire même villageoise) sur les autres devient bien sûr problématique. D’où l’urgence d’une politique de recrutement qui favorise la variété ethnique, accompagnée d’une attention accrue à la dynamique interne de l’organisation, au niveau des rapports inter-ethniques notamment.    

UFC, Bafoussam

A la suite du séminaire de formation à l’animation de la campagne, à Mbô du 7 au 9 avril 2000, l’Union de Femmes Chrétiennes (UFC) de l’Eglise Evangélique du Cameroun à Bafoussam s’est immédiatement mis à la préparation des Semaines Pascales. Un des résultat de leur travail a été une participation remarquée par un chant spécial à la célébration oecuménique et à la soirée inter-culturelle à Bafoussam.

Culte de l’enfance EEC, Bafoussam

Un exemple d’utilisation du Cahier d’animation a été rapporté par les moniteurs et monitrices du Culte de l’enfance (Eglise Evangélique du Cameroun) à Bafoussam. Lors d’un week-end de formation le thème du tribalisme a pu être abordé et un concours de chant a été organisé. 

Ambianceurs de la résurrection, Yaoundé

Les Ambianceurs de la résurrection (jeunes chrétiens catholiques organisés en particulier en chorale et en groupe Justice et Paix) ont été informés très tôt du choix du thème de la Campagne Semaines Pascales 2000. Ils ont ainsi été partie prenante dans l’organisation du concours de poèmes et prières.

Ils ont également eu l’occasion, en préalable à la campagne, de préparer des chants et des sketchs en lien avec le tribalisme. Malheureusement des problèmes d’organisation ont empêché leur participation à la soirée inter-culturelle à Bafoussam.

Aumônerie Protestante de l’Université de Dschang

L’APU de Dschang a pris très au sérieux l’invitation des initiateurs des Semaines Pascales de faire sienne la campagne par des activités dans son contexte. Les membres de l’aumônerie ont été très nombreux à participer au concours de poèmes et prières.

Le samedi 22 avril 2000, l’APU-Dschang a organisé une journée de formation à l’animation de la campagne pour les responsables des différents groupes de l’aumônerie ainsi que pour des membres des paroisses protestantes de la ville. La participation s’est élevée à 13 personnes.

Le 7 mai 2000, le culte de l’aumônerie a été centré sur le problème du tribalisme. Pour la liturgie, les célébrant se sont inspiré du Cahier d’animation, notamment pour ce qui est des signes d’unité (reconstitution de la carte du Cameroun, partage de la cola). Le prédicateur du jour était le Pasteur KÄ MANA.

L’APU-Dschang a également collaboré avec la Commission Justice et Paix de Dschang pour organiser deux tables rondes et une célébration oecuménique.

Groupe de Réflexion sur la Reconstruction de l’Afrique, APU-Dschang

Au sein de l’Aumônerie Protestante de Dschang, un groupe a particulièrement relevé le défi de la Campagne Semaines Pascales 2000. Ce fut le Groupe de Réflexion sur la Reconstruction de l’Afrique (GRRAF).

Afin que la réflexion engagée dans le cours de la campagne ne se fasse pas simplement en l’air, le GRAAF a proposé aux initiateurs des Semaines Pascales d’entreprendre une enquête « afin d’évaluer le fait tribaliste au campus sous ses diverses colorations, percevoir son vécu et l’expérience estudiantine pour ce qui est de ses origines tout comme des moyens de lutte possible »[2].

Avec l’appui du CIPCRE, l’enquête a pu se dérouler du 20 mars au 20 avril 2000 sur un échantillon de 652 répondants. Il s’agissait d’une enquête à l’aide d’un questionnaire de trois pages. La trame était constituée de vingt-six questions présentant des modalités plurielles. Au terme d’une brève formation, une dizaine d’étudiant(e)s des deux sexes et de toutes facultés confondues a été sélectionnée pour mener l’enquête.

Cette enquête a notamment montré qu’après les associations religieuses, se sont les associations à caractère ethnique qui sont jugées les plus dynamiques sur le campus (avant les associations sportives même). Plus de 60% des interrogés jugent l’ampleur du tribalisme sur le campus très fort, fort ou moyen, même si près de 70% des interrogés disent n’être nullement ou que très faiblement victimes d’attitudes jugées tribalistes sur le campus. Comme responsables, les personnes interrogées désignent à plus de 70% les étudiants eux-mêmes. Alors que les enseignants et l’administration ne sont accusés chacun que par 25% des interrogés.  

Cellule JPSC de l’IBFT, Ndikinimeki

Dans le cadre de la Campagne Semaines Pascales 2000, la Cellule JPSC de l'Institut Baptiste de Formation Théologique de Ndiki a choisi d’organiser deux tables rondes et un séminaire de formation à l'animation dans la période du mercredi 24 mai au samedi 27 mai 2000.

a) Table ronde du mercredi 24 mai sur « tribalisme : causes et manifestations ».

Pour le Pasteur Maurice Etanda, la sauvegarde des intérêts propres génère l’égoïsme et par extension la haine de l'autre. Le tribalisme est ainsi un danger pour l'épanouissement de l'homme. Les lieux de manifestation sont aujourd'hui l’Eglise, les entreprises publiques et privées. Le Professeur Etienne Havugimana, de nationalité rwandaise, est parti de l’expérience vécue dans son propre pays pour dire que la réalité tribale est un facteur de division des peuples et de tension sociales. Pour le Dr TaMfeu du Centre de Santé Baptiste de Ndiki, finalement, le combat doit être généralisé puisque le tribalisme touche tous les secteurs de la vie nationale et l’octroi de faveurs en est l'une des clés de voûte.

b) Table ronde du vendredi 26 mai sur « tribalisme : conséquences et esquisses de solutions ».

En parlant du tribalisme, le Rév. Pierre NDECKE y voit surtout la jalousie, la volonté de plaire à son groupe social, le favoritisme, le rejet de l'autre, les privilèges accordés lors des recrutements, le népotisme, la négligence des valeurs et l’insubordination entraînant le laxisme. De ce fait, il pense que pour lutter contre le tribalisme, il convient d'abord d'admettre qu'il existe. Il existe en tant que fléau. En plus, chacun doit vivre dans le respect de l'autre en composant avec lui. Savoir pardonner l'autre. Le Professeur Appolinaire MVONDO, surveillant général du Lycée de Ndiki, quant à lui, présente le tribalisme comme une mode sociale où la tribu fait l’objet de manipulations pour accéder à une fonction sociale en vue de conquérir les biens ou le pouvoir. C’est pourquoi les responsables politiques et religieux doivent sensibiliser toutes les populations sur ce fléau. Au niveau des écoles, il faut mettre l'accent sur la nation plutôt que la tribu. Il faut démocratiser véritablement la scène politique. Les rapports de société doivent se régler sur la base de convention nationale et non tribales. Il faut créer des espaces pour discuter et débattre. Il faut développer la nation, développer la pastorale de l'espoir en annonçant Christ à travers tous les peuples du monde comme modèle de combat ; et cultiver en fin de compte la méritocratie.

c)   Séminaire de formation du samedi 27 mai

10 participants ont été formés à l’animation, à la lutte contre le tribalisme, afin qu’ils puissent former d’autres personnes dans le même sens.

Paroisse de la Cathédrale, Bafoussam

Afin d’offrir aux chrétiens et chrétiennes une répercussion des activités de la Campagne Semaines Pascales, les autorités de la Paroisse de la Cathédrale de Bafoussam ont désiré organiser deux conférences dans leurs locaux. Une première soirée en français avec les thèmes « Politique et tribalisme » et « Eglise et tribalisme » a été animée par Sœur Marie-Philomène NGUEUGAM et le Pasteur Reto GMÜNDER, tout deux du CIPCRE. Une soirée en langue nationale est prévue en août.    

13. Résultats et perspectives

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Il est bien sûr difficile de parler de résultats dans le cadre d’une campagne de sensibilisation face à un fléau social. Les changements sociaux ne se mesurent qu’à long terme et il est alors difficile de chiffrer l’impact de telle ou telle action menée. Cependant il reste évidemment important, à la fin d’une entreprise comme celle de la Campagne Semaines Pascales 2000 de s’interroger sur ses effets, ses implications et les éventuelles perspectives ouvertes à sa suite.

Les quelques considérations qui suivent ne constituent pourtant pas une évaluation. Celle-ci devra se faire dans un autre cadre, déjà fixé par ailleurs. Le présent rapport précède ainsi l’évaluation proprement dite de la campagne.  

Oecuménisme

Une dimension importante de la Campagne Semaines Pascales est son caractère oecuménique. Dans le foisonnement de confessions chrétiennes au Cameroun les occasions sont en fait bien rare pour vivre des expériences oecuméniques porteuses. En beaucoup de lieu les contacts inter-confessionnels se limitent finalement à une ou deux activités pendant la semaine de prière universelle pour l’unité des Chrétiens (en janvier). Les préjugés et les appréhensions vis-à-vis des autres confessions, mais surtout vis-à-vis de l’entreprise oecuménique en tant que telle, restent de fait encore bien réels (peur de dilution de la foi, peur d’une porte ouverte à « l’Ennemi », etc.).

On peut donc déjà considérer comme une grande réussite d’avoir pu regrouper autour d’une même préoccupation des responsables et des fidèles de confessions catholique et protestantes, dans une ouverture et une simplicité tout à fait remarquables. Un message important a ainsi été adressé à la nation toute entière : Face aux grands fléaux qui minent la société, les Eglises camerounaises sont unies et parlent d’une seule et même voix.      

Mais plus que cela, la Campagne Semaines Pascales a permis d’aller plus loin encore en organisant des célébrations oecuméniques et une rencontre entre Pasteurs et Prêtres. L’impact de ces événements est sans aucun doute considérable. Pour bien des fidèles ce fut en effet la première expérience de prière dans une église d’une confession différente de la leur. Ce fut ainsi l’occasion de bien des découverte et de remise en question de préjugés et parti pris.

Pour les Pasteurs et Prêtres aussi, nous l’avons dit, ce fut la première fois qu’ensemble ils se penchaient sur un même texte biblique, dans un partage riche et fécond. La dynamique qui s’est amorcée ainsi n’a certainement pas fini de porter des fruits.

Collaborations

Cette première expérience de campagne oecuménique nationale a été, nous l’avons dit, l’occasion de nombreuses collaborations. Il y a eu bien sûr la collaboration des deux organismes initiateurs de la campagne, CIPCRE et CDJPB. Il y a eu la collaborations avec les partenaires de l’organisation sur le terrain : Commission diocésaine Justice et Paix de Douala, Département de la Jeunesse de l’Eglise Evangélique du Cameroun, Bamenda Ecumenical Council of Ministers of the Gospel et Commission diocésaine Justice et Paix de Yaoundé. Mais il y a aussi eu bien d’autres collaborations, avec les paroisses et leurs ministres, les journaux, les aumôneries, les chorales, les écoles, les associations, etc.

Il est certains que toutes ces expériences auront des répercussions à l’avenir ; une première collaboration ouvrant souvent à de nouvelles occasions de collaborations. La campagne Semaines Pascales 2000 aura ainsi contribué à favoriser des coopérations et des synergies au sein de la société civile camerounaise.

En général, les collaborations vécues dans le cadre de la campagne ont été bonnes et enrichissantes. Mais il est vrai aussi que parfois elles n’ont pas été sans difficultés. Il s’agira ainsi pour l’avenir de clarifier mieux encore les différentes responsabilités, les compétences et les moyens à mettre en œuvre pour éviter des malentendus et les frustrations de toute part.


Participation

La participation aux différentes conférences, aux soirées inter-culturelles et aux célébrations oecuméniques n’ont pas toujours été à la hauteurs des espérances des organisateurs. Les efforts de médiatisations et de mobilisations ont pourtant été considérables. Mais une analyse plus poussée sur leur efficacité s’impose sans doute. Il faut dire aussi que ce fut là la première expérience d’une campagne nationale oecuménique. Il faudra encore que le public prenne  l’habitude des Campagnes Semaines Pascales.

L’un des intervenants principaux, M. Moukoko Priso, fait pourtant une autre lecture de l’absence de grandes foules aux conférences de la campagne. Pour lui, les gens (c’est-à-dire les élites intellectuelles) ne veulent pas parler du tribalisme en public, parce qu’il sont trop fortement impliqués eux-mêmes. Même les pasteurs et les prêtres ont brillé par leur absence (à l’exception peut-être de Bafoussam). Ce qui est tout de même inquiétant, si l’on suit l’analyse du Professeur Moukoko.

Mais à l’instar du verre à moitié vide ou à moitié plein, il ne faut pas non plus exagérer dans la déception. On peut se réjouir du résultat atteint, en particulier à Bafoussam où il y avait 1000 personnes à la célébration oecuménique d’ouverture et entre 250 et 300 personnes aux conférences.

Genre

En l’absence d’une analyse plus approfondie, on peut néanmoins remarquer que les efforts en vue d’une participation équitable des femmes aux différentes activités de la campagne sont restés bien timides : Une conférencière à Yaoundé (Mme Solange BESSOM), deux intervenantes lors des tables rondes à Bamenda (Mlle. Maxiline DOW et Mme Caroline MBINKAR) et une prédicatrice à la célébration oecuménique de Bamenda (Rév. Margareth AZANGE). Il est vrai par contre qu’en chaque occasion, les modérateurs ont essayé tant que possible de donner la parole aux femmes en priorité au moment des questions-débats.

Pour ce qui est des séminaires de formation à l’animation, la participation à été de 20 femmes sur un total de 67 participants (ce qui est un rapport de 1/3 environ). A Bafoussam le rapport était de 7/26, à Bamenda de 11/24 (près de la moitié) et à Douala de 2/17.

Les seuls occasions où les femmes ont brillé par leur présence active furent les soirées inter-culturelles. Ce qui constitue bien sûr une consolation bien maigre.  

Analyses du problème

Il n’est pas aisé de synthétisé l’analyse du problème du tribalisme tel qu’il transparaît à travers les différentes contributions. On peut toute fois remarquer la variété des domaines où le problème apparaît en dégageant quelques points importants.

·      Avec la plupart des intervenants, il faut tout d’abord faire la différence entre « tribalité » et « tribalisme ». L’appartenance à une tribu (même si le terme est problématique) est un donné qui ne peut être changé. La tribu est voulue par Dieu, elle est bonne. L’amour de sa tribu est donc aussi bon.

·      Mais l’appartenance à une tribu et l’amour pour sa tribu comportent des dangers. L’amour peut être excessif et alors aller au détriment du respect et de l’ouverture à l’autre. L’appartenance peut être manipulée à des fins démagogique d’accès au pouvoir et aux biens matériels

·      Il existe en chaque personne des prédisposition et des tendances à être tribaliste, des réflexes psychologiques de rejet de l’autre, des peurs, des stéréotypes et préjugés, des tendances à généraliser et des besoins de trouver des boucs émissaires.

·      Ces prédispositions et tendances peuvent être exacerbés dans des contextes particuliers de crises économiques, sociales et morales.

·      Dans un contexte de crise de l’emploi, l’appartenance à une même tribu peut devenir un critère d’engagement ou non.

·      Dans un contexte de désorganisation administrative, l’appartenance à une même tribu peut devenir un critère d’avancement ou non d’un dossier.

·      Dans un contexte de manque de perspectives sociales et politique, l’appartenance à une même tribu peut devenir un critère de choix électoral.

·      Dans un contexte de gestion irrationnel de la propriété foncière, l’appartenance à une même tribu peut devenir un critère d’accès ou non à la terre.

·      Le tribalisme fonctionne comme un cercle vicieux : une personne victime d’attitudes tribalistes aura tendance à devenir elle-même actrice de comportements tribalistes.

·      Il est possible que l’administration coloniale aie favorisé un climat généralement tribaliste en  établissant des inégalités formelles et informelles et que la lutte anti-coloniale aie eu par contre un effet unifiant face à un adversaire commun.

·      L’appartenance tribale est aujourd’hui manipulée à des fins hégémonique par ceux qui veulent se maintenir (ou accéder) à des positions favorisées. Il s’agit à la fois de diviser pour mieux régner et de créer une soi-disant solidarité tribale entre le peuple et la bourgeoisie (évitant toute contestation sociale).

·      L’Eglise n’est pas épargné par ce phénomène

·      La constitution entérine le tribalisme par l’introduction de termes tels qu’autochtones et  allogènes.

·      La question des quotas est un lieu sensible sur lequel les opinions divergent au sein même des personnes désireuses de combattre le tribalisme.

Pistes d’action

Quelques pistes d’actions de lutte contre le tribalisme ont été dégagés par les différents intervenants. Il est bon de les résumer encore ici.

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