|
Accueil - Présentation - Forum - Documents - Contact - Liens - English |
Campagne Semaines Pascales 2000 Vaincre le tribalisme pour créer une Église Famille et un Cameroun réconcilié et uni |
|
|
Contributions |
||
|
LE TRIBALISME DANS LE PEUPLE D'ISRAËL Par le Pasteur Reto GMÜNDER Tout
en
rendant
témoignage
à
la
révélation
divine,
la
Bible,
en
tant
qu'écrit
historiquement
situé,
offre
également
un
reflet
des
réalités
d'un
monde
imparfait.
Elle
porte
ainsi
les
empreintes
des
peines,
des
tribulations,
des
réussites
et
des
échecs
du
peuple
au
sein
duquel
elle
est
née.
Il
n'est
donc
pas
étonnant
si
la
Bible
contient
aussi
les
traces
des
tensions
et
déchirements
tribaux
qui
ont
traversé
l'histoire
du
peuple
d'Israël. Si la Genèse est ainsi marquée par la formation et la cohabitation conflictuelle de tribus, il est remarquable (et caractéristique) que pendant la période de l'esclavage en Egypte et durant le long processus de libération dans l'Exode, les affirmations tribales restent en retrait. On retrouve là sans doute les effets unificateurs que peuvent avoir les conflits et l'oppression extérieure. Mais
voici
que
dans
le
désert
du
Sinaï,
s'affirment
à
nouveau
les
identités
tribales.
En
début
du
livre
des
Nombres
intervient
le
premier
recensement
selon
les
tribus
(Nb
1,
18).
On
organisera
alors
la
répartition
du
camp
(Nb
1,
48
ss),
puis
la
sortie
du
désert
(Nb
10),
en
fonction
de
ses
identités
tribales.
Une
fois
de
plus
le
dispositif
administratif
s'avère
déterminant
dans
l'établissement
de
contours
et
de
limites
aux
identités
tribales. Ce furent alors les ennemis communs qui permirent aux tribus d'Israël de retrouver de temps à autres un semblant d'unité. Ainsi quand les Philistins opprimèrent à la fois Juda et Benjamin, les rapports entre tribus du sud et tribus du nord devinrent plus étroits pour aboutir finalement à une nouvelle structure politique : le Royaume. Il est probable que le choix de Saül, un benjamite, comme premier souverain, fasse partie d'une stratégie pour contenter à la fois les tribus du nord et celles du sud. Mais avec l'apparition de David sur la scène politique, l'unité fut à nouveau compromise : à la mort de Saül, David devint roi de Juda alors que Ichebaal, fils de Saül régna sur les tribus du nord. Cette division durera sept ans. Et même lorsque David sera couronné roi sur les tribus du nord, la double royauté perdurera : " il régna trente-trois ans sur tout Israël et Juda " (2 Samuel 5, 5). La plus grande réussite stratégique du règne de David fut sans doute le choix de Jérusalem, ville jébusite, située entre Juda et Benjamin (n'appartenant ni au nord ni au sud), comme capitale de tout Israël et comme centre religieux. Pourtant, après une période économiquement faste sous Salomon, les tensions inter-tribales finirent par mettre à mal l'unité du pays. Le schisme, intervenu sous le règne de Roboam, fut sans doute une affaire de tribalisme, dirigée, semble-t-il, contre Juda en même temps que contre le roi impopulaire (1Rois 12, 20-21). Juda et une partie de Benjamin demeurèrent fidèles à la dynastie davidique et constituèrent les principaux éléments du royaume de Juda, qui dura jusqu'à la chute de Jérusalem en 586 av. J.-C. Les tribus du nord constituèrent le royaume d'Israël jusqu'à la chute de Samarie en 721 av. J.-C. Il y eut des guerres par intermittence entre Juda et Israël, pendant les 60 premières années de leur schisme. Après quoi, sous Achab et Josaphat, les deux maisons régnantes ne se bornèrent pas à conclure la paix, mais firent une alliance politique et familiale. A partir de ce moment-là la division du peuple ne fut plus essentiellement tribale, mais religieuse. Deux grands partis se formèrent: l'un, fidèle au culte de l'Eternel, l'autre adorant Baal et des divinités étrangères. Après
leurs
chutes
successives,
les
deux
royaumes
endurèrent
des
sorts
différents.
Le
nord
subit
une
manipulation
ethnique
avec
déportations
et
implantations
d'étrangers,
alors
que
Juda,
140
ans
plus
tard,
fut
simplement
décapitée
de
son
élite
déportée
à
Babylone. Mais en opposition à cette tendance ethnocentrique de repli tribaliste, il faut bien sûr mentionner aussi la grande tradition apocalyptique qui trouve ses racines dans cette période de l'exil et de l'après-exil. Pour le prophète Ezéchiel, l'espérance d'un rétablissement du peuple d'Israël inclut la répartition harmonieuse et idéale du territoire entre les douze tribus d'Israël et la construction de douze portes à Jérusalem (Ezéchiel 48). Cette espérance d'une harmonie inter-tribale pour la fin des temps se retrouve également dans le Nouveau Testament où le chiffre 12 prend une place importante dans sa signification symbolique : 12 disciples ; 12 paniers restant après le partage des cinq pains et deux poissons ; 12 trônes sur lesquels seront assis les disciples pour juger les 12 tribus d'Israël, 12 portes de la ville en Apocalypse 21,12. Ainsi la réconciliation tribale du peuple d'Israël devient dans le Nouveau Testament comme le symbole de la réconciliation globale intervenue en Jésus-Christ. Cette réconciliation s'avère pourtant difficile, se heurtant à des croyances et des intolérances profondément ancrées, comme le démontrent les préjugés contre Nazareth, ville du nord (Jean 1,46) ou la rencontre avec la Samaritaine (Jn. 4). Mais Jésus lutte contre ces partis pris à travers ses actes et ses paroles (le bon Samaritain Luc 10, 29-37). N'oublions pas pourtant que la réconciliation en Jésus-Christ est beaucoup plus vaste. Le livre de l'Apocalypse, dans sa grande fresque de réconciliation finale en Ap. 7, 1-17, mentionne non seulement les douze tribus d'Israël mais également " toutes nations, tribus, peuples et langues ". Alors que Paul annonçait déjà qu'en Christ, " il n'y a ni juif, ni grec " (Gal 3, 28). Des premières aux dernières lignes de la Bible, on est donc étonné de retrouver la question tribale. L'histoire d'Israël est traversée et travaillée par des forces tantôt centrifuges tantôt centripètes, divisant, réconciliant, déchirant ou unifiant les différentes tribus de ce peuple. Au-delà des compromis boiteux et des repliements sur soi, Israël en a conçu l'espérance d'une réconciliation générale respectueuse des différences. En Jésus-Christ cette espérance est aussi devenue la nôtre. Saurons-nous en relever le défi ? |