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Campagne Semaines Pascales 2000 Vaincre le tribalisme pour créer une Église Famille et un Cameroun réconcilié et uni |
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CE TRIBALISME QUI EST EN NOUS. En regardant bien et en sondant au plus profond de nous-mêmes, nous devons nous rendre à l'évidence : Il existe en chaque personne des prédispositions et des tendances à être tribaliste. Le tribalisme n'est donc pas une réalité " tombée du ciel ". Ce n'est pas le fruit du hasard ou de forces mystérieuses, contre lesquelles nous ne pourrions rien faire. Les racines du tribalisme sont en nous. C'est là qu'il nous faut les comprendre et les combattre en premier lieu. A vrai dire, le tribalisme est lié à des réflexes psychologiques que nous connaissons bien : peurs de l'autre, jalousies, méfiances, égoïsmes, etc. Mais nous allons dans la suite de ce texte nous pencher surtout sur quatre phénomènes qui nous semblent particulièrement importants : les stéréotypes et préjugés, la tendance à généraliser, le besoins de trouver des boucs émissaires et le sentiment d'être persécuté. Stéréotypes
et
préjugés Ce sont là quelques traits de caractère dont nos esprits et notre imagination sont encombrés. Ils nous servent à qualifier différents groupes ethniques du triangle national. Ces affirmations rigides, que nous croyons exactes sans jamais pouvoir les vérifier, sont des préjugés. Elles deviennent des stéréotypes du moment qu'elles sont immuables, définitives, irrévocables. Les préjugés et les stéréotypes sont très souvent à l'origine du rejet de l'autre et du tribalisme. Ils font d'abord partie d'une stratégie d'évitement de l'autre. Comme des étiquettes que l'on colle, comme des boites où l'on enferme les personnes, les préjugés et stéréotypes nous permettent de passer à côté de l'autre sans le rencontrer en tant que personne. Il n'y a ainsi pas d'incertitude à avoir, pas de confusions ou d'embarras. On sait qui il est, parce que l'on sait d'où il vient. " Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? " demandait Nathanaël à Philippe (Jean 1,46). Et la Samaritaine de dire à Jésus " Comment toi qui es juif, peux-tu me demander à boire à moi qui suis Samaritaine ? " (Jean 4, 9). Dans les deux cas une vrai rencontre a failli ne pas avoir lieu. Parce qu'ils nous servent à ne pas rencontrer l'autre, les préjugés et stéréotypes nous permettent aussi de le rejeter, de l'exclure, de le traiter comme une chose et non comme une personne. Les résultats en sont le mépris, la menace et les discriminations de toutes sortes : politiques, sociales, culturelles, économiques, religieuses. Pourtant si nous observons attentivement les groupes ethniques au Cameroun ou ailleurs, il nous faudra bien nous rendre à l'évidence que partout on rencontre des suivistes, des mégalomanes, des distraits, des dupeurs, des indolents, des psychopathes, des pervers, des détourneurs de fonds publics, des avares... C'est-à-dire que tous, nous appartenons à la même humanité, à la même société des frères et des sœurs avec des qualités et des défauts. Juger l'autre par avance, sans fondement suffisant, est donc bel et bien dangereux. Pourtant il n'est pas bien difficile d'éviter de le faire : il suffit d'un peu de lucidité, mais aussi de courage. Comment pourrions-nous connaître quelqu'un avant de le rencontrer. Il s'agit donc d'approcher l'autre sans peur ni préjugés. Avoir le courage de le rencontrer tel qu'il est (et non comme nous pensons qu'il est ou qu'il devrait être), afin de combattre la méfiance et la méconnaissance de l'autre qui souvent fondent les réflexes tribalistes dont nous souffrons tant aujourd'hui. La
généralisation Très
souvent
lorsque
une
phrase
commence
par
"
les
"
(les
Bamilékés
ont
fait
ceci,
les
Dualas
ont
fait
cela,
les
Bétis
sont
responsables
de
cela,
etc.)
il
faudrait,
pour
être
honnête,
remplacer
l'article
par
"
des
"
(ce
sont
quelques
Bamilékés
qui
ont
fait
ceci,
c'est
un
petit
nombre
de
Dualas
qui
a
fait
cela,
et
on
ne
peut
pas
rendre
responsables
tous
les
Bétis
de
cela,
mais
seulement
quelques-uns). Les
boucs
émissaires Mais contrairement à ce rite ancien de sacrifice expiatoire, le phénomène social de bouc-émissaire, tête-de-turc ou souffre-douleur consiste aujourd'hui à rendre responsable, non pas un animal, mais une personne ou un groupe social pour tous les maux qui touchent l'ensemble de la société. Au fond tout le monde est susceptible de devenir un jour victime de ce processus d'exclusion. Mais de fait ce sont toujours les plus faibles, les minorités et les étrangers qui sont les plus exposés : immigrés, minorités raciales, minorités religieuses, nomades, homosexuels, handicapés, etc. Le phénomène est tellement répandu, dans le monde entier et à travers toute l'histoire, qu'il semble faire appel à des réflexes intimes et complexes de la psychologie humaine. En fait ce qui se montre là est sans doute la difficulté profonde que nous avons, en tant qu'êtres humains, à faire face au malheur et notre besoin irrésistible d'y trouver une explication. Mais comme toujours il faut se méfier des explications et des solutions trop simplistes... Pourtant le phénomène de bouc émissaire n'est pas seulement lié à des espaces profonds et troubles de notre psychologie humaine. Il s'agit souvent aussi d'une stratégie consciente et voulue de la part des dirigeants pour se décharger de toute responsabilité ou, plus sournoisement encore, pour diviser le peuple que l'on désire assujettir. On se souvient du vieux principe romain " diviser pour mieux régner ". On reconnaîtra là le procédé bien connu de certains potentats africains accusant quelques minorités nationales ou étrangères de tous leurs problèmes et des résultats de leur mauvaise gestion. De manière semblable les pouvoirs coloniaux ou néo-coloniaux ont toujours su induire toutes sortes de divisions et de suspicions pour justifier leur présence et leur mainmise. Le
sentiment
de
persécution Or ce qu'il y a de particulier dans ce phénomène, c'est qu'il n'y a souvent pas besoin d'un fondement réel à ces méfiances et appréhensions. L'impression d'être désavantagé peut être simplement créer par des présomptions, des perceptions trompeuses, des rumeurs ou des malentendus. Certaines situations peuvent favoriser cela. Il s'agit surtout de crises économiques, sociales et morales, qui font que nos tendances naturelles à nous méfier les uns des autres, deviennent des peurs irrationnelles ou des affrontements passionnés pour la défense des intérêts, voire même la lutte pour la survie. Du coup les prédispositions et tendances personnelles, les stéréotypes et préjugés, les généralisation ou le phénomène de boucs émissaires, se trouvent exacerbés, encouragés et aggravés. |